Je ne sais plus
La vie n’a pas pris la voie rapide
Elle a pris la route buissonnière
Elle s’est posée là – un peu
Là aussi – plus longtemps
Et puis là
Elle a pris ses aises
Pris des habitudes –
Et elle est repartie
Combien de temps passé ?

      Je ne sais plus
Les visages se confondent
Les souvenirs aussi
Son rire, séraphique, reste intact
Avions-nous vingt ans ?
Ou trente –
Nous étions simplement heureux
Et nous avons cheminé 
Ensemble –
Combien de temps passé ?

      Je ne sais plus
Je crois que j’ai toujours aimé la pluie
Celle qui court au creux 
Des chemins creux –
Celle qui s’écoule encore quand le soleil revient
Au printemps – la plus douce
Les saisons ruissellent sur ma vie
Combien de temps encore ?

Amertume

Je me dis
il en faut du courage
pour embrasser l’écume
dans ce monde en nage
et après ?

je me dis
l’amer est un décor
il suffit de souffler
à nous le trésor
et après ?

je me dis
il serait bon – plonger
au fin fond du silence
pour les mots – ranimer
et après ?

je me dis
l’horizon est promesse
malgré le creux – la vague
nous flottons sans bassesse
et après ?

je me dis
sel de vie – précieux
lèche aussi les lisières
de moments gracieux
et après ?

Elle me prévient 

les relations préexistent, 

elles révèlent la matière et le vivant.

Le réel s’incarne.

Et puis quoi encore ?

Elle me chuchote que l’isolement tue.

Sans liens, l’enfermement devient angoissant. Notre réel est fait de fils de relations, d’entraide, de solidarité.

Et puis quoi encore ?

Elle me crie plus fort

attention au besoin de confort !

il asservie nos relations ; celles-ci sont remplacées par des interactions. Des interactions-ressources qui nous éloignent des autres et de la nature, mettent des barrières.

Nos relations s’appauvrissent en devenant interactions.

Et puis quoi encore ?

Elle prétend qu’à trop les appauvrir, elles deviennent virtuelles. Le virtuel est la fin de l’humanité des hommes et de la nature de l’humanité.

Et puis quoi encore ?

Elle affirme que la mondialisation de nos échanges – accélére et démultiplie nos interactions ressources – l’être tombe dans un coma relationnel – envahit du vide de ses journées bien remplie.

Et puis quoi encore ?

Elle propose d’expérimenter une pause – faire le point – le trie – d’introduire une petite pincé de poésie, de solidarité, dans ses journées et de le partager…

Et puis quoi encore ?