Il faut partir du corps, ses lignes de crête, ses abandons.
La crasse s’empile en couche qu’il faut gratter pour déterrer peau humaine, l’extraire, l’étirer comme sauvageries à vendre, ces traces de saletés, ces vomissures il faut bien les laver, le corps le récurer, jusqu’à la transparence.
Alors seulement, laisser place à la caresse, pas celle qui fait ronronner son échine de chat, non, celle intérieure qui touche même au-delà des organes, ample plénitude, une façon de renfoncer ses faiblesses
loin, de se renforcer la sensibilité à coup de douceur. Caresse-moi ainsi de l’intérieur s’il te plaît.
A la blessure le corps lâche, il s’ouvre en ses jointures et se répand, articulations rompues. Je me vois mal opérer à cœur ouvert mais ramasser mes morceaux, recomposer un semblant de puzzle. Peut-être manquera-t-il des pièces. Peut-être des pièces invisibles éparses dans un ailleurs qui n’existe plus. On fera semblant que l’ensemble tient. On recollera, on colmatera, on n’est pas maçon mais on maçonnera. On n’est pas faïencier mais on faïencera.
Je ne poserai pas d’adhésif noté fragile, à quoi bon ? Personne ne sait lire les lignes de mon corps.
A l’emplacement précis du corps il y a un vide, ou un trou. Quelque chose qui s’espace, qui disparaît. C’est le manque qui fait ça. Ou l’absence de manque. C’est une désertion. Corps-bon-petit-soldat qui transporte et respire, que deviens-tu ? Où sont passés les bras et les jambes, digérés par le ventre, ce typhon qui affame sans rassasier.