L’invisible

Ma peau

Tu l’effleures de tes doigts

Et tu penses me toucher

Mes sons

Tu les verses dans tes oreilles

Et tu penses m’entendre

Mon image

Tu la couches sur tes yeux

Et tu penses me voir

Tu ne peux pas

Me toucher

Ni m’entendre

Ni me voir

Je suis celle

Qui se cache dans l’ombre

Qui ne s’habille pas comme toi

Qui ne parle pas ta langue

Qui ne cherche pas ton regard

Ni tes larmes

Surtout pas tes larmes

Alors s’il te plaît

N’essaie pas de me deviner

Dans les vents qui me frôlent

Les odeurs qui m’entourent

Les voiles qui me troublent

N’affute pas ton regard

Ne tranche pas la nuit

Laisse la femme que j’étais

M’accompagner sans bruit

Sans reflet, sans empreinte

Ne tente pas de la surprendre

Dans les jeux de lumière

Surtout, ne la fais pas fuir

J’ai besoin

Qu’elle reste près de moi

Qu’elle murmure les fantômes

Qu’elle chante le Muezzin

Qu’elle me rappelle qui je suis

Moi de la terre amputée

Moi de la fierté arabe

Moi de la grande histoire

J’ai besoin d’elle 

Mon invisible

Qui me laisse sa place

Pour que j’existe ici

Sans mourir là-bas