Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire un moment avec Radu Vancu

  • En ce premier Instant
    L’ Aube, le Couchant
    N’existent plus.

    À l’ heure où tu t’Endors
    En ton cœur Ralenti…

    Au mien qui bât Plus Fort ;
    Inversement Proportionnel !

    En cet Instant de Fer
    Où mes vers malhabiles
    Se mêlent, Psalmodiés,
    À ceux que tu m’avais laissé.

    En cet Instant de Feu
    – Étrange, mes mains ne 
    Tremblent pas –
    J’y parsème
    – Incertaine –
    Mes expirations.

    Elles ravivent
    La Matière
    Qui s’était Embrasée…
    Elles nous Embrasseront.

    Mais je sais bien
    Pourtant
    – Que lâche ou Prisonnière-
    Je garderai secrets
    Ces Amoncellements!

    En cet Instant Perché
    Au bord de l’Iréel,
    Nos pulsations Liées
    Frôlent jusqu’à tes lèvres;
    Tes yeux Abandonnés;

    De Gainsbourg à Cendrars;
    De Cendrars à Ferré…

    En cet instant Précis,
    Je me sens Expulsée,
    Par-delà les fenêtres,
    Aux Cimes des Marronniers…

    En ce premier Instant
    Nos veines en Kilomètres
    – Imprudentes-
    Se souviennent.

    Comment les honorer?

  • ce matin là
    très tôt
    le vent s’est levé
    dans ma nuit
    comme un souffle
    il m’a traversé
    la lumière du dehors
    m’a sortie d’un rêve d’eau
    *
    le vent violent
    de ce matin de novembre
    ensoleillé
    me rappelle le mistral
    me rappelle le pays
    mon cœur
    divisé en deux
    c’est douloureux
    et doux
    comme l’exil
    *
    la passé coule sur mes joues
    le vent balaie des larmes pleines
    comme des ballons gonflés
    elles rejoignent l’autre rive
    *
    je pense au temps d’après
    je suis toujours à la recherche
    de ce qui n’existe pas
    je ramasse des bribes
    je les assemble
    tant bien que mal

    pour que ça forme un tout
    bien propre
    une existence
    *
    le temps je le poursuis
    mais ne le trouve
    qu’en dedans
    *
    novembre à presque 30 degrés
    c’est l’été
    ou bien l’hiver?
    l’automne ne finira donc pas
    cette année?
    pire été meilleur automne
    ça compense
    pour les jours de pluie
    en juin juillet
    *
    oserai-je penser
    qu’il n’y aura pas d’hiver alors?
    *
    je me cherche
    à tous les coins de rue
    je me suis trop souvent
    perdue dans mon propre corps
    *
    l’hiver est à deux pas
    il peut survenir
    n’importe quand
    en novembre
    ou en décembre
    tout faire basculer
    en un jour

    tout recouvrir
    *
    je veux seulement vivre
    les premières neiges
    de décembre
    peut-être une tempête
    mais pas plus
    trop d’hivers ont passés
    comme des années
    *
    le froid
    toujours aussi
    je l’espère je l’attend
    comme un cadeau
    *
    c’est au beau milieu de l’hiver
    que j’ai maintes fois
    rencontré mon été invincible


  • Ce sont les poignards aiguisés qui attendent l’heure promise

    C’est ce jour de deuil où l’appel est tombé comme une interrogation suspendue

    Fracturée

    Le parcours de cette attente arrimée d’une tristesse figeante ouvre ses bras à son corps étendu.

    L’heure de la perte n’existe plus, elle écrit son histoire au passé mais le présent y ajoute ses mains.

    Elles sont poreuses, elles n’écoulent plus

    Tout y passe

    Et le jour par sa clarté merveilleuse l’accompagne le long des remparts.

  • Sous les heures vides
    de l’ennui à l’aiguille
    l’encre glissée
    dedans la peau
    leurs idées bleues
    en pointillé
    un pentacle raté

    Métal aigu
    ou rappe sa mère
    les mains courent le jeu-garçon
    écran vert – gris et
    mèches roses pour rideau mental
    de mauvais poèmes grondent
    sur nos cils moites

    Descente de quatre-quart
    comme l’heure du goûter brûle l’encens, cacher les clopes
    entre le temps du repos ; puisqu’au lieu de sombrer l’esprit tricote des idées,
    juste avant la fin du jour dont on a survécu, soulagé
    face au sommeil de l’enfance
    choisir d’écrire aux mûres
    l’instant soufflé de l’adolescence.

  • Dans un automne qui tire à sa fin, l’été indien s’épuise. Il entretient encore un rayon de sourire sur ses feuilles déteintes. Elles, elles s’accrochent aux branches et dansent jusqu’au bout du vent sur les notes de l’avent d’hiver.
    Et l’hiver me ramène à avant, avant quand je vivais dans des pays sans saison, ni printemps, ni été, rien que les pluie ou la chaleur, parfois les deux.
    J’ai senti l’hiver au milieu de montagnes de sable en plein désert de Libye, inventant des histoires de voyages extraordinaires au cours desquels s’imaginait l’incroyable, derrière une dernière dune.
    Toujours la dernière. Encore une. Pour voir.
    L’hiver m’a évité parce qu’il s’était offert un safari pendant qu’en Ouganda, je parcourais les lacs du
    Queen Elisabeth National Park au coeur d’une réserve à qui personne n’a retiré son nom de colonisé.
    Moi j’étais invité à mettre les couleurs du vrai sur les Polaroïds de mon enfance.
    Au milieu des vagues du lagon de Saint-Gilles, l’hiver était réunionnais. Il ne m’a pas empêché de courir après des demoiselles agitant leurs nageoires entre les coraux. La première année. Juste la première année. Après, il était trop froid.
    L’hiver arrive. Encore. Et dans cet hiver de Provence, je prépare l’allumette qui enflammera la première bûche.

  • I

    silence.

    vague profonde

    qui déchire l’âme.

    II

    et tes questions

    ont dansé

    comme des amants

    suspicieux.

    III

    la chaleur frissonne

    ta chemise

    est un drapeau

    sans patrie

    ton chapeau

    un nuage sans ciel

    ta tendresse tombe sur moi

    comme un rêveur perdu.

  • Le temps d’une éclaircie, l’heure des ombres, la lumière filtre.
    Je pose l’écume, goutte, distillation. Douceur, le jour se teinte
    Rasante lumière, rester pour elle, un peu plus tôt chaque jour. J’écris dans – la rasante lumière.
    Particule d’encre, constitutive présence, échappent à nos mailles trop serrées.
    Défaire la déglutition, dénouer le biais, sentir le relâchement du corps – brisure palpable,
    copeaux soyeux.
    Tintement de roche, la paume ouverte, j’écorsette les mots au jour qui penche.
    Calfeutrer mes larmes, douces salaisons.
    Équille
    Cajole
    Épanchette
    Sous la table, les pieds à plat.
    Mouvantes saisons pour l’écriture, carnets d’écorchures, papiers châtaignes.
    Extinction du soleil : je ferme la porte du bureau.

  • 8h16.
    Le goudron pleure ses dernières larmes de chaleur.
    Des carcasses humaines fleurissent le bord de la route.
    Enfin, ce qu’il en reste …
    Le ciel n’existe plus, seul le soleil est maître de l’univers.


    …

    Le règne minéral a fermé ses yeux
    Pour laisser place au désert.
    Les herbes folles sont mortes, sans rien dire.
    Les arbres dégénérés dans un coin, un peu plus loin.

    …

    8h19, c’est la fin.
    Plus de goudron, d’herbe folle, ni d’arbre.
    Les carcasses font les beaux jours, à la seule vie humaine,
    Les vautours …

  • Dans la pénombre
    toutes les nuits
    à la même heure
    quatre heures –
    dans la chambre
    rodaient des loups.

    Tournée vers le néant
    ne pouvant ni toucher
    ni atteindre personne
    puisqu’il en est ainsi
    de la distance qui se creuse
    jour après jour
    et agrandit les ombres
    puisqu’il en est ainsi
    des multiples écrans
    qui s’élèvent entre les hommes
    des murs si hauts
    si hauts qu’ils deviennent
    infranchissables.


    Je vous tenais pourtant
    dans mon regard encore
    fidèle dans mon regard seulement
    dans mon regard attentif toujours
    à vos couleurs, à vos formes
    à vos gestes, à vos tremblements
    pour mémoire, je vous tenais
    frissonnant sous les draps
    jusqu’à l’aube.


    Pour porter votre odeur
    votre goût à mes lèvres
    quelque chose de vous
    quelque chose de doux
    quelque chose d’humain
    pour m’apaiser je soulevais
    mes mains au dessus de mon visage
    les faisant danser
    ainsi comme des pantins
    je remuais l’air statique
    et tout l’éventail d’artifices
    que les premières lueurs
    du jour font danser sur les murs.


    Parliez-vous ?
    Non, vous ne disiez rien.


    Du bout des doigts, je tendais
    des lianes de branche en branche
    des cordes de clocher à clocher
    des guirlandes de fenêtre à fenêtre
    j’inventais des ponts
    suspendus pour sortir de l’ombre.


    Pour conjurer l’angoisse et l’insomnie
    je poursuivais des chemins éreintants
    où j’errais seule pour renouer
    la soie de l’eau filante
    entre deux rêves et recoudre
    au ciel de la chambre un drap
    brodé de milliards d’étoiles.
    C’était loin.
    C’était long.


    Je cousais, je brodais
    j’entrelaçais des rêves de paille
    des fantasmes, des contes de Perse
    usant mes yeux, mes doigts
    allez savoir pourquoi
    à ces enfantillages, ces mirages.


    Seule, dans la nuit des loups
    à quatre heure
    j’avais peur, j’avais froid
    j’étais redevenue petite
    toute petite, si petite.
    J’appelais.
    Pas un mot.
    Pas un murmure.
    Personne.


    M’entendiez-vous ?
    Non, vous n’entendiez pas.
    Je dansais, je pleurais
    je riais, je cousais, je brodais
    des étoiles, des mots, des astres
    mais tout faisait silence
    parfaitement.

  • A l’été
    La faim de revenir
    De revenir au village

    Deux routes, deux verrous
    Le col escarpé
    Le col de la vallée

    Plus jeune, le col escarpé
    Tunnels sombres et humides
    Peur de croiser une voiture
    Coups de klaxon lancés dans la nuit
    Ventre qui se serre du précipice
    Yeux ébahis des falaises en surplomb

    Derniers virages
    Avant l’horizon familier des cimes
    Le rocher en forme de langue de chat
    Et enfin
    « Beau Soleil », le village en contrebas

    L’accueil du chêne blessé par le panneau indicateur
    La haie d’honneur des brins d’herbe du talus
    Le rose de la joubarbe dans le mur de pierre
    La girouette affolée par le vent du retour

    Désormais, le col de la vallée.
    Des kilomètres à porter l’envie, le désir, la soif
    Des kilomètres à entendre en moi le gargouillis régulier de la fontaine
    A anticiper
    Le goût de l’eau
    La poussière chaude du chemin qui mène aux framboises
    L’ombre fraîche du Riou
    La forêt aux airs de contes où pister l’odeur des champignons
    Les portes des maisons grandes ouvertes

    Enfin
    La maison
    La trace de l’aveu d’un grand-père
    « Quand j’arrive ici, je me sens chez moi »

    Comme lui,
    Sans pouvoir m’en empêcher,
    Comme un aimant
    Être aspirée toute entière vers cette terre
    Cette roche, ce pays où deux vaches, une chèvre suffisaient pour vivre
    Une grange
    Du foin qu’il faut rentrer avant la pluie.

    Le reste de ma vie suspendu au porte-manteau
    Je revêtirai la chemise à carreau usée aux coudes et aux poignets
    Je revêtirai la fille du pays, la lointaine cousine, la voisine

    Ici il n’y aura pas d’ailleurs
    Lieu-centre,
    Centre d’un millénaire de chemins

    En germe, déjà, le départ
    Accepter de se laisser contenir
    Pour mieux en repartir

    Repartir au petit matin, avec la brume
    Par la petite gare que l’on menace de fermer
    Seule, ayant prolongé plus loin le séjour,
    Pour gouter jusqu’au bout de l’été la saveur des fruits, les chemins familiers

    Le jour du départ, s’arracher

    Mes yeux pleureront l’effacement des marques du passé
    Mes yeux pleureront tous ceux qui ne sont plus

    Je me laisserai emporter par le mouvement des roues
    Je me laisserai emporter par les paysages que déroulent les fenêtres.

    Et déjà penserai au retour.