Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire un moment avec Radu Vancu

  • Extinction des feux

    et le brasier intérieur s’allume.

    Rejouer sa vie les yeux fermés

    le cerveau grand ouvert.

    Cette phrase que j’aurais dû répondre

    ce rendez-vous qu’il ne faut pas que je manque

    cette personne qui me manque

    et qui n’est plus là.

    Les ribambelles de pensées

    attendaient patiemment

    se déplient

    font les chauve-souris

    dans la cave de mon intimité.

    C’est comme une douche

    mais ici l’eau est tiède

    et collante.

    Elle coule

    s’immisce dans chaque interstice de mon corps-fourmilière.

    Et le corps

    qui s’efforce d’obéir à la tête qui fait

    pars – mmm non reviens – va t’en – non, reste.

    Le corps

    qui ne sait plus où donner de la tête qui lui dit

    muscle par muscle

    abandonne-toi

    relaxe

    malaxe

    Mais elle n’en fait qu’à sa tête, la tête

    tactiquement

    insaisissable

    elle le ghoste.

    Et le portable

    veilleuse comme un flash dans la tronche

    désactive le mode avion

    et la cohue du métro débarque dans mon lit.

    Se plonger dans un autre bassin

    couvrira peut-être

    les voix de ma vie imparfaite.

    Et les moutons

    qui au début sautaient docilement la barrière

    de fils en aiguilles se dérobent

    disparaissent

    échappent à l’attention de mon berger distrait.

    Parfois, je lui tends la main

    je le prends comme il est

    on se disperse ensemble

    on saute de pensée en pensée sans s’attacher

    on goûte l’air et on repart

    là où nous menons le vent

    là où

    le soleil couchant.

  • Je crois
    que je n’ai jamais aimé
    L’été…

    Enfant,
    Il m’était
    Solitaire.

    Il m’engourdissait le corps et  l’esprit.

    Juin, Juillet, Août
    me volaient
    le langage
    Et j’arrivais muette aux amis retrouvés !

    Je n’oublierai
    Jamais
    Cette
    violence saisonnière
    Et le souvenir
    D’une naissance estivale
    Prometteuse
    De peurs intimes.

    Je ne pourrais affirmer
    Que l’automne
    Me portait
    En félicité
    Mais il me délivrait
    d’une écrasante retraite
    Et me promettait

    L’hiver
    Réconfortant !

    Je reste
    un être
    Des saisons
    Rudes :

    J’y retrouve le goût de marcher ;
    De lire ;
    D’écrire ;
    De parler au matin
    Et d’observer une nature en contrastes!

    L’été me vole
    Mes rythmes
    Rituels :


    Les longues soirées de discussions
    Ne m’égaient pas !

    Je préfère
    Me coucher
    À l’heure de l’astre d’or
    où je peux
    Guetter
    les rumeurs de la maison
    Qui me bercent jusqu’au sommeil…

    Au réveil d’été,
    Le soleil me précède
    Et dévore mon plus pur plaisir :
    Mes insomnies,
    A moi seule
    Dédiées…
    les heures lentes de pénombre
    où le mystère
    Et le danger
    Sont moins des craintes que des alliés !

    Le délire sur lequel je vogue sans m’inquiéter !
    Il me permet
    souvent
    De remplir
    Mes carnets !

    Peut-être un jour
    Aimerais-je l’été ;
    Comme certains créent
    Leur premier  noël !
    Pour être heureux faut-il d’abord l’imaginer ?
    Encore faut-il vraiment
    Le désirer.

  • Les feuilles chuchotent,
    la rumeur court,
    qu’à l’aurore pourpre demain matin,
    l’automne éclaboussera mes tristes jours de teinte vermeille et ocre et carmin.

    L’été termine sa course folle. Soleil ardent, nuits passionnées…
    Et moi, si belle, si forte et si frivole, je ne veux pas le voir faner.

    Mais c’est trop tard, tout flambe autour de moi, tout brûle,
    jeunesse, amours et espoirs vains,
    le monde vacille, le temps s’écoule,
    s’enfuie, se dilapide et glisse lâchement entre mes mains.

    Je cours et me débats sans cesse de cette cruelle fatalité.
    Pour échapper à mon destin, je danserai toute la nuit jusqu’à voir l’aube s’embraser.

    Cramer mes jours, flamber mon corps,
    brûler d’ardeur d’ivresse et de bonheur,
    se consumer jusqu’à redevenir cendre et poussière,
    courir toujours, printemps, été, automne, hiver.