Entre-deux

Vous vous êtes égarée
L’épreuve était trop grande
Vous vous êtes retirée
Sans la moindre demande

Pas même des voyants rouges
Ni de l’alarme sans fin
Pas une seul membre ne bouge
Vous n’aviez peur de rien

L’espace de quelques heures
Vous vous êtes détachée
Du Bonheur, du malheur
Vers une île enchantée

Pour reprendre votre souffle
Respirer hors du temps
Là où personne ne souffre
Ni passé, ni présent

Pour vous sentir légère
Dans ces voiles incertains
A vous-même étrangère
Spectre dans le lointain

Mais percevant l’appel
Tout au fond de votre âme
D’un petit être frêle
Qui, sans cesse, vous réclame

Soudain, vous revenez
De l’extrême solitude
Vers cette vie humaine
Vierge de certitude

De vous-même n’êtes plus l’ombre
Comme vous le croyiez
Car sur ce moment sombre
Le soleil a brillé

Matin. Réveil. Câlin. Réveil-câlin. Réveil. Café. Course. Vie. Vite. Plus vite. Trop vite. Réveil-café. Course. Boulot. Manger. Boulot. Rentrer. Course contre la montre. Course. Air. Courant d’air. Vie-courant d’air.

Aimer ? Haïr ? Plaire ? Se plaire ? S’aimer ? S’haïr ? Alors ? Donc ? Et alors ? Et puis quoi ? Et puis maintenant.

Et puis aujourd’hui. Et puis les hommes. Les femmes. Les enfants. Et puis les enfants. Que les enfants jouent. Qu’ils s’aiment. Qu’ils grandissent. Ils se haïront.

Et les jeux.

Et les jouets.

Et les cris. Et les larmes.

Et la vie. Et la mort. Et la vie-morte. La maladie.

Et puis moi. Et puis toi. Et puis nous. Et puis plus rien. La vie-morte. Le mort-né. Le mort-vivant. Le vivant-mort. La vie-morte. La ville morte.

Et ensuite tomber. Et ensuite se relever. Puis retomber. Et encore se relever. Infini. Chute.

Sommeil. Nuit. Matin. Réveil. Câlin. Réveil-câlin.