Il faut 150 000 à 200 000 fleurs pour 1 kg d’or rouge
chaque fleur doit être cueillie avant l’aube et à la main
la fleur trop fragile ne permet toujours pas à ce jour la mécanisation de sa récolte
champ violet qu’on arpente agenouillé sous le ciel d’octobre
crocus sativus ouvre six pétales mauves au lever du jour
trois stigmates rouges trois seulement par fleur
extrémités distales des carpelles
cueillies triées émondées
séchées passent du jaune d’or
au rouge du sang séché
la floraison ne dure que deux à trois semaines
le travail est intense
les stigmates détachés à la main un par un sont mis à sécher à l’air libre
12 à 48h
température comprise entre 35 et 40°C
l’humidité éliminée permet la concentration des huiles essentielles
de crocine et de picrocrocine
pour la couleur et l’amertume
à la fleur le stigmate
à l’épice le filament
mémoire comestible
du travail
dans les casseroles du monde
les fleurs sont mortes
et les stigmates cuisent dans le biryani
les filaments saignent un jus d’or dans l’eau de la bouillabaisse tajine paella
chelow et sholeh zard sucre soleil qui parle à dieu dans les cuisines
jusque dans le feu de la neige
du sud au nord
brioches suédoises plaquées or
90% du safran est produit en Iran
dos de femmes têtes d’enfant
dans des champs d’or
à perte de vue
sous le ciel rouge
chaque fleur cueillie avant l’aube
chaque fleur à la main
des centaines de milliers de fleurs
un ratio inconnu de mains
doigts rouges au bout des corps
doigts-stigmates
doigts arrachées pour garder
la couleur riche du sang neuf
avant que l’aube ne l’abîme
fleurs et peaux séchées
dans les cuisines
palpitent
bouches narines mains lavées
un parfum d’or
un goût de sang
un nouveau jour comme un couperet
pour une partie du monde