Raisons vernaculaires

Un cyclone
Des parois dévastées
Dans le cerveau ombilical
Le bruit sourd du tumulte
En dedans
Ici tout est calme
Le château flotte dans le coton
Molletonné
Il faudra s’y blottir
Véhicule lunaire
Rompre la pesanteur
Elle dit
J’étais accrochée par la racine et j’ai mangé de la terre
Pour que pousse dans la tête
Des fleurs non venimeuses
Le corps est lourd
Je n’ai pas d’inquiétude
Regarde l’absence de plis sur mon front
Je souris légèrement
Les lèvres remontent vers le ciel et le visage s’anime
Elle dit
Je veux rester dans la vie (que se passe-t-il à coté ?)
Le visage est une surface
Une façade poreuse
Il cache la plateforme
L’intérieur
Cossu et sombre
Des rats grignotent les fils de la raison
Une fée passe régulièrement les recoudre
Elle dit
Regarde, je t’apprend à faire tes lacets
De jolis nœuds
Que les rats ne voudront plus ronger
Le silence est profond
Il fait bon ici

Mon homme, mon amour,
Qui pille et qui viole,
Qui crache et qui gronde,
Tes mains serrent le cou des brebis apeurées,
Tes dents dévorent la chair innocente,
Jamais tout à fait innocente.

Mon homme, mon amour,
Qui donne et qui aime,
Qui nettoie et qui chante,
Tes mains caressent l’amour docile,
Ta langue purifie les plaies accidentelles,
Jamais tout à fait accidentelles.

Mon homme, mon amour,
Tes mots, un poison ancien et impie.
Ton corps, une arme létale si fière de ses douleurs.
Tes muscles me broient contre le lit,
Ta queue me défigure de l’intérieur,
Et tu fais mine d’être aveugle aux larmes qui noient notre refuge.

Mon homme, mon amour,
Tes mots, la mélodie des rêves.
Ton corps, le territoire de mes désirs.
Tes muscles m’enveloppent et me réchauffent,
Ta queue me réconforte au milieu des nuits,

Et tu ouvres tes yeux larmoyants quand tu jouis.

Pendant que moi,
Mon homme, mon amour,
Moi entre deux feux,
Je tremble dans ma peau rongée par tes attentions,
Je hurle dans les caveaux putrides de mon identité,
Et je te dis que je t’aime, je t’aime, je t’aime, putain que je t’aime,
Tandis que l’horreur nous adore que les dieux détournent leur silence,
De ce refuge blanc et rouge,
Cendres et plumes de phénix,
Mort, mort, mort, mort,
Pour toujours et à jamais,
Mort.

Rester chez soi, rien de pire par temps clair.
Assignée à résidence, tourneboulis.
Vagues à l’âme de mon corps malade.
Les autres, dehors, existent-ils encore?

Rester chez soi, délice sans faille, surtout par temps clair.
Exil volontaire, manège enchanté.
Randonnée silencieuse dans les plis de mon corps en vie.
Les autres? Quels autres?

Cataclysme intérieur de l’en-moi,
mes pas ne me portent plus,
ma tête fait des loopings,
y-a-t-il quelqu’un dans le coin?

Rester chez soi, liberté suprême, ciel étoilé,
Etre, rêver, vagabonder,
à l’unisson du corps et de l’esprit,
l’autre en moi ne fait plus qu’un.

Rester en soi, s’imaginer cabanon au coeur d’une merveilleuse
calanque, solitude des jours heureux, brouhaha des gens passant devant,
levons nos verres à la santé de nos maisons de chair et de sang!

Fatigue

la fatigue est une mauvaise herbe
elle pousse partout sur le corps
on l’épile à la cire
pour détruire les racines

la fatigue est une fleur de nuit
elle est fermée le jour
et s’ouvre à l’orée des rêves
pour les laisser dire

la fatigue est un tsunami
elle se répand toute en nous
remplit les poumons d’eau
immobilise les sens d’eau

la fatigue est une eau fraîche en été
elle régénère
elle hydrate les pensées
et alors on revient

réveille-toi le matin et endors-toi le soir
veille la nuit si les mots te l’ordonnent
couche-toi le jour si ton corps t’en supplie
écoute les
écoute toi
écoute la

Les senti(ment)s

Les sentiments sont beaux
Les sentiments sont doux
Les sentiments tiennent chaud
Les sentiments nous raccrochent

Les sentiments sont univoques
Les sentiments sont déroutants
Les sentiments ont la vie dure
Les sentiments sont envahissants

Les sentiments sont cordiaux
Les sentiments nous rassurent
Les bons sentiments sont bons
Les mauvais sentiments sont mauvais

Les sentiments mentent
Les sentiments avalent
Les sentiments desservent
Les sentiments tiennent en laisse

Les sentiments se forment doucement
Les sentiments nous enlacent
Les sentiments jouent gaiement en nous
Les sentiments sont des guirlandes qui éclairent

Les sentiments nous obstruent
Les sentiments nous aveuglent
Les sentiments nous embarrassent
Les sentiments ne tiennent pas la longueur

Les sentiments se partagent
Les sentiment font le lien
Les sentiments nous tiennent ensemble
Les sentiments se prolongent dans le temps

Les sentiments sont longs
Les sentiments sont creux
Les sentiments sont apparents
Les sentiments nous consomment

Si tu donnes des sentiments
Il se peut que tu en reçoives
Dans cet échange de sentiments
Nous pouvons être forts et grands

Les sentiments ne durent pas
Les sentiments s’étiolent
Les sentiments sont encombrants
Les sentiments se font la malle avec le temps

Les sentiment sont informes
Les sentiments sont vides
Les sentiments sont impuissants
Les sentiments sont obsolètes

Parfois, il y a encore un sentiment qui pousse
Qui voudrait se déployer
Prendre racine
Juste là
Histoire de te dire qu’il est là

On a vite fait le tour des sentiments
On les connaît par coeur
Avec leurs truanderies
Les sentiments nous tuent

Les sentiments se muent
Ils graissent et transgressent
Les sentiments font les malins
Les sentiments prennent des allures de mutins

Mais les sentiments on les a trop vu
On les a trop senti avec leurs gueules et leurs odeurs
Les sentiments sont superflus
Les sentiments ne servent à rien

Les sentiments ont la vie dure
Ils s’accrochent pour te tenir chaud
Les sentiments murmurent
Les sentiments cajolent 

LES SENTIMENTS SONT USÉS
LES SENTIMENTS SE DÉLITENT
LES SENTIMENTS NE SERVENT À RIEN
LES SENTIMENTS SONT DES ENTRAVES

Les mots

Les mots, réservoirs vides, fleuve ininterrompu
Les mots,  rengaine insipide, on ne sait plus
Les mots privés de leur sens, de leur essence
Les mots décharnés, cherchant leur sens, à contresens

Les mots, l’incroyable magie de l’enfance
Les mots, tous les accents de l’innocence
Les mots, le doux creuset des connaissances
Les mots, de la pensée la quintessence

Les mots, lames tranchantes des colères
Les mots, bouteilles jetées comme ça à l’amer
Les mots, véhicules vils des mensonges
Les mots, affres de la manipulation et des songes

Les mots, en dose homéopathique, juste à demi
Les mots, remèdes aux maux et aux ennuis
Les mots, du poète, les vers, la musique, les quatrains
Les mots, miel sirupeux de l’écrivain

Les mots, des résonances à l’unisson,
Les mots, décrire le monde, une illusion
Les mots, les émotions en toutes lettres
Des mots, la voix parfois étouffe la part secrète

L’alchimie

L’alchimie, paradis sur terre
Ou toucherais-je l’enfer ?
L’alchimie, la fusion de nos corps
Rien d’autre au dehors, prisonnière.

L’alchimie, rencontre cosmique de nos âmes
L’ombre et la lumière,
Bouleverse le court du temps, l’arrête
Et fait gronder l’orage, un mirage.

L’alchimie, s’assouvir sans lutter
Désarmés, déchirés, tiraillés
Ouvrir nos bras
Les refermer d’éternité.

L’alchimie, un point de non-retour
Sans promesse d’amour
Faiblesse des corps qui disent encore
Fusion magique sans toujours.

L’alchimie, essence des sens
Absinthe de vie ou poison
L’incandescente vraisemblance
La folie de l’absence.

L’alchimie, le sublime de la perfection
La douleur et la punition
De ne pouvoir aimer
Qu’un seul être à jamais.

Mon cœur est un aquarium.

Comme les lieux-aquarium que viennent visiter des gens. Ils marchent dessus, autour, posent les mains contre, ouvrent de grands yeux.

Mal à l’aise et fascinés sont toujours les yeux.

En baissant les yeux, j’aperçois mes eaux transparentes, les fils gorgés de soleil de ma peau, rivière de mes sens sous le cuir du tambour.

J’ai peur de mon cœur, alors je le traite parfois comme un enfant malade, je l’étouffe sous un pull en laine qui gratte. Quand j’ai froid dans mon corps je sais que mon cœur s’éveille et me parle.

Voix ami(e) qui gémit

Hirondelle de joie

Albatros de dépit.

Il me vit mieux que ce que j’en sais

Je respire que mes mots face à lui s’assoient et écoutent.

À l’orée de la nuit j’entends le vent frôler les sillons de mon cœur,

astre douloureux souvent en avance,

qui nullifie les guerres,

qui met tous les bouquets sur la table,

et chérit sans choisir.

Bruit de fond, artisan des chuchotements sourds, grâce à lui je traverse la porte des songes, mon fardeau de peine luisante un temps adossé à la fenêtre.

Quand la maison fume, je ne sais pas si c’est le début du feu ou la terre qui se repose. La pluie d’été réchauffe, et fait tomber les murs.