On a le temps posé
sur l’étagère de la cuisine
tu attends
dans la langueur de l’été
on s’égare on t’oublie


à la lumière crue du matin
tu attends tremblant

affaibli à l’agonie
tu attends


et puis on se souvient
deux mains désolées t’emportent
il est grand temps
deux mains creusent ta place
dans la croûte de terre
tout près du thym


il suffit pourtant de presque rien
un peu d’eau de paille chaque jour
pour que ton pouls batte à nouveau
dans ce petit bout de jardin


deux mains t’espèrent attendent
l’élancement vers la lumière


il suffit pourtant de presque rien


caresser tes joues prendre soin
pour que ton corps se relève
courageux vaillant
basilic

38

Pendant que les veines se marquent, les muscles du bras disparaissent. Et pendant que les genoux se cognent, les cuisses se creusent. Quand les yeux s’agrandissent, les joues disparaissent. Et quand la pointe du coccyx blesse, l’abdomen se creuse.
La chair devient malade, le corps cris et crampes, ne demeure que la chute.
Le squelette prend vie, les seins le cul meurent, ne demeure que la chute.
La chute qui s’imprime à ma tête. Qui l’imprime à mon corps. Qui intrigue et effraie, qui repousse les regards.
Le jour où j’ai arrêté de manger, même le mien de regard je n’ai plus supporter.

On l’appelait la voyageuse immobile.
On évoquait le voyage de Proust dans sa chambre lorsqu’on parlait d’elle.
On lui disait que c’était malsain de rester assise sur son canapé le regard en dedans.
On se demandait ce qui passait dans ses yeux opaques.

Elle répondait.
Rien.
Il ne se passe rien.
Je suis un vase.
Plein de larmes.
Si je bouge,  les larmes vont couler.
Se déverser.
Sur le canapé.
Dans la pièce.
Dans le couloir.
Sur le trottoir.
Et noyer la ville.

Je ne veux pas bouger. 
Me déverser.
Tourner la tête.
Et puis.

Il est entré.
Il n’est pas resté sur le seuil.
Il a ouvert la porte.
Il a apporté.
Son odeur de mer.
De vent.
De ciel.
De sable.
Il a dit.
Je vais vider le vase.
Assécher les marais salants.
Tisser des passerelles.
Tu n’auras rien à faire.
Juste danser sur le bout de tes pieds.
Et partir.

Seule.
Là où le vide se remplit.
Là où la nuit s’éclaircit.
Là où le seuil devient passage.
Là où le charbon devient diamant.