Alimentés par l’envie constante d’apprendre, l’esprit et les yeux s’éveillent enfin, avides de nouvelles perspectives. Les mains caressent sans cesse de nouveaux supports, saisissent de nouvelles matières, neuves ou inventées, ridées ou florissantes, et s’agrippent de plus en plus fort à l’essentiel, tandis que s’approche une mort certaine, un lâcher-prise impose alors son évidence.
Rien ne dure. Toujours se réinventer. Le cerveau se réveille neuf chaque matin, prêt à enterrer les cellules mortes de la veille, dans une joie d’observer ce qui vient après. Les changements deviennent sources d’un bonheur que la curiosité appelle et nos sens profonds dans l’âme et le corps, découvrent à chaque seconde l’instant merveilleux qui se renouvelle sans cesse.
Tag / Ne dissocie pas ton cœur de ta langue
A la New Tate Gallery
Devant un écran
Fascinée
Des airs de vieux tableau
Des teintes Flamandes
Un mur sombre, une nappe claire
L’ivoire d’une coupe
A la base à peine ébréchée
Une pyramide de pêches duveteuses gorgées de soleil
Rondes et pleines
Le grenat intense des prunes
Le tombé d’une grappe de raisin
Une corne d’abondance
Silencieusement
Le grain pourpre du raisin se couvre de gris,
La peau de pêche se flétrit, se plisse
Les fruits se fondent l’un dans l’autre
Les couleurs se ternissent, se verdissent
Les mousses grisâtres se dressent peu à peu
Gonflent de jus, s’épanouissent de moisissures
Apogée de festin intérieur
Puis le repli,
La nécrose des courbes
Jusqu’à blanchir,
Devenir suie
L’ivoire se couvre
Un nouveau Pompéi
L’irruption terminée
Après la pluie de cendres
L’empreinte en creux
Des formes sur un compotier
Silence
Tombe le rideau noir de l’écran
5-4-3-2-1
Apparaît à nouveau
Sur le mur sombre et la nappe blanche
La corne d’abondance
A la New Tate Gallery
Pixels de Nature Morte
Le Fixe devient Mouvement
Il commence à pleuvoir et c’est le ciel qui trébuche,
c’est un toit de mousses grises qui se fissure
et tombe ses rayures dans l’oblique du vent.
Il commence à pleuvoir et c’est le dos qu’ils cambrent
C’est le corps qui exulte à revers
Et se faufile sous l’arcade tendre des nuques.
Il pleut des perles, des cordes ou des hallebardes
Et c’est un monde qui court, oppresse, entraine
dans sa hâte les pas trop gourds pour une danse
Il pleut à verse, à flots, à grandes marées
Ce sont les yeux qui font rivage, les paupières qu’il faut taire
Dans le ressac acéré des larmes
Il tombe des cendres, des étoiles filantes
C’est ton ombre dans les flaques
Ton corps sous mes bottes
Il commence à pleuvoir et le ciel sourd et sévère vacille
Il disperse
Tes éclaboussures