À la dérive

“Nos lits sont des continents différents”
Nos oreillers ont des sentiments inconscients
Nos vies sont de continuelles dérives
Nos draps ont l’air de vagues sur la rive

Nos vagues à l’âme sont des voyages
Nos émotions enfin ont pris le large 
Nos rêves sont épris d’aventure
Nos livres ont remplacé la couverture

Nos jambes sont entrelacées
Nos bras ont pourtant enlacés
Nos cœurs, et sont liés, heureux :
Nos amours ont fait ce vœu

Nos lits sont des continents différents ;

Le parquet, des mers jointes. 

Maintes mains de pieuvres nous séparent

Le slam d’une sirène nous éloigne

Des visages – dans la marine, on se charge de visages.

Les portes n’ont pas d’autel

On s’arrête jouir dans des hôtels.

J’assume sans hâte les échecs,

Les trahisons, je les paye par chèque.

Je défie des ports trop blindés

Je me défais les lèvres basses

Incapables de retenir les nerfs qui lâchent.

Je jacte sur des flancs

Le flot blanc recouvre presque la coque

La nuit nous apporte son front d’étoiles

La nuit porte à son front des voiles

Tandis que les doigts cerclés continuent d’alanguir

D’épuiser, de guérir

J’ai puisé dans l’eau l’amer et le salé

Je l’ai tamisé dans une salière

Pour sortir, j’ai remis le pull sale d’hier

J’écoutais à l’onde gonflée et déjà lourde

Les calanques se frotter

Nos lits n’ont pas bougé:

Tout près, nos continents.

Rien ne se livre Tout se prend je rends ce qui ne sourit pas le pas sage est étroit ils étaient trois le roi est seul le sol est dur rude est le corps le mort siffle la scie est douce mon pouce sur ta lèvre je me lève le matin les marins ne se couchent pas elle accouche demain les mains pleines de savon les savants nous épatent les pâtes au saumon c’est bon ce rond me fait tourner la tête au fait tu m’aimes je sème un maximum les hommes sont étranges les oranges bavardent dans le panier les orages bavent dans les bananiers le nez gratte la grotte ferme.