Ce qu’on a traversé et ce qu’on traverse encore, le souffle et le saisissement. L’inverse de l’oubli se trouve dans ce recoin, là précisément où nous étions hier, le jour d’avant, il y a dix jours, il y a dix ans. J’arpente la campagne ou je ne l’arpente pas, qu’est-ce que ça change, je l’ai tellement arpentée. Je me fuyais dans l’arpentage et pourtant je me trouvais. Est-ce que j’ai encore besoin de ça, de me trouver ? Je préfère me perdre aujourd’hui, dans des voies moins claires, dans des noms moins étroits, des noms qui laissent la place au hasard. A moins que ce ne soit l’absence. Je me perdrai encore demain, sans me chercher, seule ou avec un, une autre, un regard me poussera dans le dos sans que je m’en aperçoive et je me verrai hier, le jour d’avant, il y a dix jours, il y a dix ans, je me verrai et pourtant invisible. Je me saurai sans vraiment me reconnaître. Je forcerai le pas pour me distancer. Comme j’ai toujours fait.