Le chemin m’a égaré
Mes pieds ont pali
Ma langue a rosi
Mes cheveux blondis
Mes ancêtres ont vu
Ma salive a coulé
Mes oreilles ont rétréci
Mes mains ont dansé, aussi
Le chemin m’a

(je t’aime comme l’eau douce)

Je t’aime avec mes amulettes
Mes robes et mes fresques
Je t’aime avec mes couleurs
Mes traits mes feuilles
Je t’aime avec mes assiettes
Mes serviettes
Mes couteaux
Je t’aime avec mon sol
Mes tapis
Mes murs
Je t’aime avec mes draps
Mes oreillers nos armures
Je t’aime avec ma salopette
Mes chaussures crantées
Mon vernis à ongles écaillé
Je t’aime avec mon après-shampoing
Ma serviette de piscine mes palmes
Je t’aime avec mon disque dur externe ma clé usb
Ma colle en stick

As-tu reçu mes baisers ?
Où te trouves-tu ?
Où ranges-tu tes slips ?
Comment vont tes ancêtres ?
Quel(s) âge(s) ont-ils ?
Où est le monde ?
Comment s’appelle ton chat ?
Quelle langue aime-t-il ?
Que faut-il faire
Pour danser ?

Si je t’aime encore

L’interdit m’a poussé si loin
Le ciel m’a secouée
dans tous mes sens giratoires
Le sort m’a secourue
L’issue m’a défendu de descendre
jusqu’à toi
C’est la rivière qui m’y a autorisé
dans ses flots tout est devenu possible
l’eau m’a charriée jusqu’à toi
elle m’a soulevée et portée
elle s’est infiltrée en nous a fait son lit
nous a creusés de rides caillouteuses
Les pierres m’ont basculée la première
elles m’ont suivi de si près que j’ai dormi avec elles (et cela voulait dire s’endormir avec toi)
elles m’ont remué m’ont fait vaciller
elles m’ont déroutée déviée de ma vie
elles ont déroulée toute la longueur de mon corps
elles m’ont chahuté m’ont chuchoté ton amour


Je t’aime avec mes os pointus mes dents mes griffes (où est ta peau)
je t’aime d’une force animale qui refuse de s’éteindre (où se trouve l’autel que je t’ai élevé)
une force qui s’éternise je t’aime à te dévorer (quand est-ce l’heure du déjeuner)
j’ai aiguisé ma faim ta finalité je t’aime avec ta propre force avec ton insatisfaction ton instabilité (quand
revient ton nom)
je t’aime avec les séismes les dessins à main levée de nos désirs (où gardes-tu tes couleurs)
je t’aime avec mes vagues mes densités douces mes éruptions (veux-tu seulement que je te submerge)
je t’aime avec ma bouche d’incendie et mes voies d’eau à inonder tes voeux à envahir tes chastetés (veux-
tu que j’ouvre mes cris que je disperse mes crues)
je t’aime avec tant et tant que je t’épuise peut-être (préfères-tu que je range mes armes)
je t’aime avec un reste d’indécision un reste d’indécence (dois-je vendre mes dernières volontés, si je dois
en tirer profit)
si je t’aime encore c’est avec ce que je n’ai plus, c’est avec ce que je ne suis plus

Homme-Oiseau

Le chemin m’a déroutée
La route m’a désorientée
L’Orient m’a enchanté
Les chants m’ont transporté
Les transports m’ont rattrapé

D’où venez-vous ?
Où vont les oiseaux à l’automne ?
Où vont les hommes migrateurs ?
Où sont les routes ?
Aiment-ils les pays qu’elles traversent ?
Où bien voyagent-ils dans leur tête ?
Et dans les rêves qu’ils construisent ?
Où sont leurs espoirs ?
Sur leurs ailes ?
Les camouflent-ils dans leurs bagages ?
Ou les abandonnent-ils dans leur exuvie ?

Oiseau,
Homme,
Homme-Oiseau,

Je t’aime avec
mes mots,
mes hiatus,
mes apostrophes.

Je t’aime avec
mes yeux,
ma peau,
ma bouche.

Je t’aime avec
mon cœur,
ma tête
et mon souffle comme une tempête.

Je t’aime avec
mes nuages d’or et d’argent
et mes étoiles au firmament.

I.

Les voix m’ont parlé
Les filles m’ont souri
Les hommes m’ont touché
La mer s’est retirée
Les souris m’ont grignoté
La parole m’est revenue
Le bâillon m’a enlacé
L’écorce m’a endurcie
Les backrooms m’ont attrapée
Le videur m’a embrassé
Les errances me sont revenues
La lumière m’a grattouillée
Les croûtes me sont tombées
Les lèvres m’ont saignée
Les yeux m’ont accusé
Le rêve m’a nuancée
Le réveil m’a assommé
Et la pucelle m’a câlinée

II.

Je t’aime avec tes collants, mon manque de slip
évident et mes pensées qui grésillent
Je t’aime avec mes doutes, mes catalogues de la
Redoute et mes premiers émois
Je t’aime avec mon ventre, gros, mes vergetures et
mes flasques d’alcools douteux.
Je t’aime avec mes cicatrices, mes combats perdus et
mes victoires.
Je t’aime avec mes doigts d’enfants, mes bonbecs
acidulés, et mon cœur parfois pur
Je t’aime avec mon corps, ses blessures, ses
tatouages, et mes regrets.
Je t’aime avec mes gueules de bois, mes flûtes
molles, et mes vers incrédules.
Je t’aime avec mon sexe adulte, mes épines pointues
et dures, mes lèvres saliveuses.
Je t’aime avec ma haine parfois, qui nous enivre et
malgré tout nous préserve.
Je t’aime avec mes mots, mes phrases incongrues, et
ma langue houleuse.

III.

As-tu les yeux ouverts ?
Les yeux bleus, verts ou noirs ?
Aimes-tu les cafards ?
Que portes-tu sous ta blouse blanche entrouverte ?
Portes-tu de la lingerie bleue ?
Ou verte ? Ou noire ?
Puis-je regarder sous ta blouse à demi ouverte ?
Manges-tu de dodus cafards au dîner ?
Bois-tu dans ce verre blanc une mélancolie bleue les soirs
de douces folies noires ?
Es-tu douce ? Seras-tu douce avec moi ?
Aimes-tu les douceurs ?
Quel calvaire bois-tu donc dans ce verre si bleu ?
Les idées noires te font-elles de beaux dessous bleus sous
ta blouse blanche à présent ouverte ?
Manges-tu des petits cafards au petit-déjeuner ?
Mangeras-tu mon cafard tandis que j’ausculterai tes si
délicieuses dentelles ?
Ta dentelle est-elle si fine que cela ?
D’où vient cette lingerie si fine ?
Est-elle noire, verte, ou bleue, ou bien encore moite et
blanche ?
Où voudrais-tu que je te la mange ?

Avec ou sans

Le flambeau m’a fui
Le feu m’a fondue quand le bois m’a brûlée
L’oiseau m’a piqué de son bec avec de la cruauté dans le regard
Le renard a mordu mon ombre
La peau m’a trompée m’a tordue au bord du gouffre

Que veux tu me dire que tu n’oses pas ?

Je t’aime avec l’enfant qui flotte en moi
Je t’aime avec ma fureur et tous ses tremblements
Je t’aime avec les mains lourdes de sens
et de senteurs
avec ma peur de mal faire de ne plus savoir comment effleurer

Comment doit-on s’y prendre pour se défier ?
Où flotte le peu l’insuffisant l’insalubre ?
Où puis-je trouver l’insupportable vérité ?
Sur quel bouton reset où reloader ?

Je t’aime avec mon téléphone qui clignote et s’éteint qui ne dit rien de plus qui ne géo-localise aucune
logique ni aucune réponse
Je t’aime avec tous mes écrans fluides et non genrés
je t’aime queer quidam d’un amour maquisard qui l’eût cru
Je t’aime comme je te parle avec une langue insuffisante qui ne fouille pas assez qui rechigne à entrer dans les trous du monde

Où ai-je mis mes caresses où mes traces désertées ?

Je t’aime avec et je t’aime plus encore sans