Le jardin luxuriant

Je suis un jardin luxuriant. Aujourd’hui, certains sont admiratifs, ils me comparent à Babylone, l’Eden ou l’Alhambra. D’autres, au contraire, disent que, moi le jardin luxuriant, je suis excessif ou bien exubérant. Ils trouvent que j’en mets plein la vue. Ils jalousent mes couleurs, ma fraîcheur, mes parfums. Ils ne se rendent pas compte des efforts accomplis pour devenir un jardin luxuriant. Déjà, dès tout petit, ce fut une bataille.

On m’avait dit : « Tu seras un jardin luxuriant ! » On n’y croyait pas trop : « Toi, un jardin luxuriant, pauvre lopin de terre, sec comme de l’amadou, tu n’y arriveras jamais ! » Vrai bourreau de travail, j’ai trimé comme un fou. Gagnant sur le désert, quelques acres de terre, j’ai pris soin des semis, des boutures, des plantules que l’homme m’a confiés. Sous le moindre treillage ou le moindre gravier, il me fallait garder chaque goutte de rosée. J’ai chassé les intrus par mes haies d’épineux, désormais moins nombreux dans ce décor fastueux. Et, voyant le sourire de l’homme qui s’affairait, « luxuriant », dans ma tête, sans cesse, je répétais. Les bosquets ont grandi, la closerie a fleuri entre quelques palmiers, et puis quelques figuiers. Alors, oui, abondant, je le suis, moi le jardin luxuriant. Foisonnant, plantureux et luxueux, débordant de verdure, de senteurs et d’ombrage, j’ai réussi l’exploit de l’acclimatation des espèces variées et me suis recouvert d’une ample végétation.

On me trouve serré, dense ou encore pléthorique, je suis le résultat d’un rêve très exotique. A ceux qui ne croyaient pas en moi, à ceux qui me méprisent, aujourd’hui, je peux dire : le mépris nous égare et le rêve nous guide. Je suis la preuve tangible qu’un travail de Titan peut conduire tout droit au jardin luxuriant.

La Cité-Sans-Hiver

Février ne s’Habitue
À n’être plus Février
À en Crever le Bitume
D’Années en Années-Poussières.

Février ne s’Habitue
A voir Sourdre l’Amertume
De l’Asphalte Gris-Endogène
De la Cité-Sans-Hiver.

Février ne s’Habitue
Solitude Accent-Aigüe
Au moderne Crépuscule
Son Île Transperce les Rues.

Elle y thésaurise Les Vies
Des Rescapés d’aujourd’hui.

Rescapés serrés dans l’Étau des Gratte-ciels
L’Étau d’un Temps que nous ne prenons plus
De l’Oubli des Rivières et de la Mer
De l’Oubli du Vent
Et de Nous.

Février Était
Tout ce que Nous avons Oublié.

Février Existait
Vibrait d’Exister.

À Février, qui le souhaitait
Pouvait Broder l’Instant
Comme des Feuilles d’Arbres
Explorer le Recommencement.

Février ne s’Habitue
À n’être plus Février
À en Crever le Bitume
D’Années en Années-Poussières.

Février ne s’Habitue
A voir Sourdre l’Amertume
De l’Asphalte Gris-Endogène
De la Cité-Sans-Hiver.

Février ne s’Habitue
Solitude Accent-Aigüe
Au moderne Crépuscule
Son Île Transperce les Rues.

Elle y thésaurise Les Vies
Des Rescapés d’aujourd’hui.

Rescapés serrés dans l’Étau des Gratte-ciels
L’Étau d’un Temps que nous ne prenons plus
De l’Oubli des Rivières et de la Mer
De l’Oubli du Vent
Et de Nous.

Février Était
Tout ce que Nous avons Oublié.

Février Existait
Vibrait d’Exister.

À Février, qui le souhaitait
Pouvait Broder l’Instant
Comme des Feuilles d’Arbres
Explorer le Recommencement.

Ou Inventer Une Vie.

Février ne s’Habitue
Sous son immense Globe de Verre
L’île qui Transperce la Grand-Rue
Scintille des Beautés Perdues.

Scintille des Beautés Renoncées.

Évaporées par Ceux

Qui avaient Abdiqué.

Ou Inventer Une Vie.

Février ne s’Habitue
Sous son immense Globe de Verre
L’île qui Transperce la Grand-Rue
Scintille des Beautés Perdues.

Scintille des Beautés Renoncées.

Évaporées par Ceux

Qui avaient Abdiqué.

Gentil

Je suis gentil
Je suis gentil
Je crois que je suis gentil
Les autres disent de moi – il est gentil
Je crois les autres ils disent que je suis gentil
Je n’ai jamais rien fait pour être gentil c’est comme ça depuis tout petit.
À l’école j’ai prêté ma Cléopâtre – tu es gentil
À l’école j’ai laissé mes voisins copier – tu as intérêt à être gentil
Dans la cité je donnais mon ballon aux petits pour qu’ils jouent – t’es un gentil.
Dans la cité les grands me disaient de faire ceci – t’as sacrément intérêt à être gentil
À la fac je ne parlais pas fort et je souriais quand je rencontrais – t’es un gentil toi aussi
À la fac je rangeais les plateaux repas des copains Oh oui j’ai intérêt à être gentil
Après j’ai lu qu’un vieux Président laisser tomber papier froissé lorsqu’il recevait ses Premiers histoire de voir s’ils étaient assez gentils pour se courber
Sauf ma mère qui m’a dit – ton père lui c’est un vrai gentil.

L’étrange promenade

Après son étrange promenade, il rentra chez lui les yeux remplis des choses mystérieuses qu’il avait vues : des poussières d’étoiles, des créatures fabuleuses, des fontaines magiques et leurs gerbes d’eau gigantesques, des plantes rares.


Un artiste aurait battu des mains devant tant de féerie. Comment créer une telle œuvre : inimaginable, hors du commun, démesurée ? Tous les pouvoirs de la création avaient dû être réunis pour réaliser un spectacle vivant aussi grandiose.


Michel avait les yeux brillants lorsqu’il évoquait cette promenade merveilleuse. Il ne pouvait se détacher de cette expérience atypique si incroyable. Il s’agrippait à ses souvenirs, se rappelant précisément chaque détail. Il les évoquait à voix haute comme pour mieux en imprégner sa mémoire et refaire cette balade, que jamais plus, il ne lui
sera donné de revivre.

La suprise

Au grand étonnement de tous, elle arrivait on ne sait d’où et on ne sait quand. Elle ne prévenait jamais personne.
Parfois, elle se cachait dans une pochette devant laquelle on s’exclamait :
« Quoi ! C’est pour moi !? Vraiment ! Ça alors ! Qu’est-ce que cela peut bien être !? ». Pour les enfants, elle se glissait, par gourmandise, dans des œufs en chocolat. Elle adorait se dissimuler dans des boîtes et s’envelopper de papier aux couleurs brillantes et éclatantes.

A chaque fois, elle s’arrangeait pour que l’on s’extasie et que l’on ait du mal à y croire. Elle montrait des yeux écarquillés, une bouche bée ou bien les deux. Quelquefois, elle éclatait même de rire. Mais, il lui arrivait aussi de
verser des larmes surtout quand elle était mauvaise. Quand il lui venait l’idée de se mettre à table, le chef, lui, devait se mettre en quatre pour la concocter. Comme elle était d’un naturel joyeux, elle aimait également aller au théâtre assister à sa pièce favorite : La surprise de l’amour de Marivaux. Les vaudevilles, où elle figure en bonne place, avaient sa préférence.
Cette demoiselle imprévisible, arrivant toujours l’improviste, n’était aucunement blâmée pour son manque d’éducation. Bien au contraire, on l’accueillait toujours avec beaucoup d’enthousiasme et de prévenance. Il faut dire qu’elle faisait son effet là où elle arrivait particulièrement lorsqu’elle était de taille. Elle s’invitait, avec un plaisir sans cesse renouvelé, aux grandes occasions. Elle avait une prédilection pour les anniversaires et les fêtes de famille en tout genre. Cela dit, elle ne dédaignait pas non plus les soirées spéciales entre amis ou collègues de travail. Ce qu’elle affectionnait au plus haut point, c’était de débarquer, en catimini, sans raison aucune, comme çà, inopinément, pour pimenter et égayer le quotidien. Quand elle arrivait, il fallait bien évidemment la saisir avant qu’elle ne soit partie.