Je suis un être végétal. Autour de moi, je croise des regards qui ne savent rien d’une âme en couverture végétale peut-être simplement parce qu’ils sont trop accolés à l’adjectif humain. Aucun ne me voit tel que je suis, arbre, plan ou excroissance végétale. Mes pieds sont la partie émergée de racines que le sol abrite dans sa chaleur. Seulement, personne ne le sait parce que personne ne les voit. Mon torse est tronc, mes bras sont branches, ma ramure chevelure. Ou l’inverse. Tout petit, je me plantais dans les jupes de ma terre pour saisir en son sein la chaleur d’une maman attentive. Pacha Mama m’allaitait de sa sève sucrée comme l’énergie de la vie. L’énergie végétale ! L’adolescence se passa en légume habitué aux poussées sauvages des jours de pluie ensoleillés le lendemain. Des délires me poétisaient la tête alors que les fumées des herbes montaient seulement jusqu’au plafond que j’avais bas comme un ciel d’hiver. Délires végétaux des parfums de zamal ! Plus tard, mes rejetons, belles fleurs parmi d’autres, colorés de croisement divers se plaisaient dans un jardin au sein duquel j’étais à la fois plus vieux et moins animal. Plus végétal. Mais enfin ! Comment peut-on être à la fois humain et végétal ? me crient des gens qui ignorent l’inhumain. C’est pourtant simple, c’est un long poème de Claude Nougaro, une plume d’ange aux étincelles magiques depuis les branches d’un noyer pour transformer l’homme en nouvel arbre aux feuilles couvertes de vers. Je suis végétal, je me sens végétal, merveilleusement végétal.
Et vous ?