La pile de vaisselle me regarde avec insistance
Et son ombre plane sur mon corps fatigué.
Mes os répondent à l’appel de cette danse mécanique,
Mes mains s’exécutent pensivement.
L’éponge absorbe un à un les maux de la journée
Et un flot continu de mots se déverse dans le liquide savonneux.
Combien sommes-nous à cette heure du soir ?
A frotter le petit venin des langues râpeuses.
Je glisse entre ces dents acérées
Comme l’anguille traverse les mailles du filet.
Laisse couler le bruit du monde dans ce ruisseau
Accroche-toi au silence des oiseaux.
Dans les gestes répétitifs, naissent parfois
Des lueurs de révolte, comme un bruit sourd
Qui grandit à mesure que la nuit avance.
Courage.
Nous sommes tous des oiseaux de passage.
Tag / Écrire avec Christine Lavant
Errance d’esprit
Les mois me toisent du regard,
Ils sont les indécents d’un temps ambivalent,
Ou les graines d’une pelouse décérébrée.
Je me sens enchainée d’un instant hagard,
voilé par la certitude de vos vies.
Pourrais-je enfiler vos ailes, toiser le rapace d’une vitesse infinie,
Survolez le chêne de mon esprit,
Jusqu’à tournoyer de créance.
Nous étions les passagers d’une utopie vagabonde,
Je veux être conteuse de paysages,
Poser les verres ronds de beauté,
Pour admirer le hublot sur un monde qui se défile.
Au présent,
Je suis pressée par le fruit de l’errance,
Dans un panier qui ne m’inspire sagesse,
Que la vitesse d’un temps qui ne touche jamais terre.
J’expire une fumée trouble
un air de dire ce que personne n’entend
ni toi ni moi n’osons
nous disposons de tant de toitures que les vents renversent
nos visages repeint d’une suie folle
nos têtes coiffées d’espérance et au fond des yeux
des miroirs pour mieux refléter le monde
la vue diverge comme une mauvaise loupe
grossissante et cette image que je vois n’est pas réelle
dans nos veines des ia se sont glissées
elles nous caressent dans le sens du poil
et j’en appelle à notre sauvagerie
pour nous sauver
De vaisselle et de vie
Ma colère s’est assise
Ma tristesse s’est levée
elle m’a conduite jusqu’à la cuisine, à l’évier
et elle m’a tendu les assiettes
J’ai noué mes mains à celles des assiettes
des poêles, des casseroles
Nous nous accrochions les unes aux autres
dans les nuages de mousse
L’éponge pleurait à mes côtés
Le robinet réchauffait l’eau pour me détendre
J’ai reposé ma vie sur le plan de travail
Elle sèche sans se flétrir
gorgée d’espoir
Quatre yeux à se murmurer des promesses,
Sous un ciel parsemé.
Soupirs gravés sur les troncs des forêts,
Pour toujours, à tout jamais.
Mains sérrées, bouches acérées.
Deux yeux qui cherchent dans la foule,
La couleur de l’être aimé.
Forêts de ciment,
Vague de béton laminant les airs,
Élans de boue et papiers gras.
Le vent a fait place nette, plus une trace,
du passé commun, des mots échangés.
Espoirs endormis par mégarde.
Poignée de sable jetée aux yeux,
Retourne-toi et fuis.
Loizo la pou fuir
tan lontan
la mousse té i dérape su ban gravier
tonère té i cogne, té i bat su la tête
com loraze
com loizo
ki la pou fuir, fuir lo silence
sat i coze derrière pied dbois, derriere tonère la pou lache ses nerfs
éventré mèm zisko keur mèm, sat i met ensemb na poin meilleur sens
le ban mot la, ki glisse sous ban doigts rêvés de nout tet
nout tet brulant, ki lache pa prise
coco ki durci
coco ki la pou fuir
zordi set mot lé seulment pensé pou ou
demain li sera di pou ou
L’oiseau s’enfuit
Il y a longtemps
La mousse glissait sur les pierres
Le tonnerre cognait, il battait sur la tête
Comme l’orage
Comme l’oiseau
Qui est en train de fuir, fuir le silence
Ceux qui parlent derrière le pied de bois, derrière le tonnerre, ils évacuent leurs nerfs
Comme éventrés, jusqu’au coeur même, il n’y a pas meilleur sens que ceux qui se
rejoignent
Les mots, ceux qui glissent sous les doigts imagés de notre tête
Notre tête, brûlante, qui ne lâche pas prise
Notre tête qui durcit
Notre tête qui s’enfuit
Aujourd’hui, ces mots sont seulement pensés pour toi
Demain, ils seront dits pour toi
Le ciel fait silence
Le ciel de gravats ne parle pas
fait la gueule faut croire
fait la grève
se déglingue sans rien dire
se désagrège tout doucement
sonnerait son propre glas
tombe bas d’épaule sur mon dos
des aigreurs de bile
un ton grave un air morne
aucune récolte à la clé
aucun éclair blanc
aucun cri porté par le vent
dans la voûte haute
aucun orage à déclarer
à ses frontières ni en dehors
calme plat dans ses entrées
triste à pleurer qu’il ne pleure pas
Le ciel a choisi la saison muette
a rangé ses miettes sous la nappe
a balayé devant sa porte
a traversé sans regarder
sans m’adresser la parole
aucune prière n’a été prononcée
à l’heure des promesses
aucun petit profit
aucun premier baiser
aucune prison ouverte
il garde toutes ses fenêtres
fermées son noir de grimace
tout ce gris d’avance la poussière
parsemée sur ma tête brûlée
rien ne passe d’encre de fuite
entre mes bras ma faute se lit
dans le plus sombre des lits
de rivière morte
Toi tu le sais,
le ciel fait silence
Nous marchons librement
Nous chantons en marchant
Nous marchons en riant
Nous sommes le liant
Ils veulent défaire le liant
Faire taire nos chants
Faire de nous et de notre pensée des délinquants
Ils criminalisent nos mouvements
Indistinctement
Ils ont transformé notre marche
Ils veulent en faire un match
Dans une nasse ils ont enfermé notre marche
Nous décidons de poursuivre la marche
C’est notre marche à nous et comme on veut on marche
Au rythme de nos pas librement marchés
Nous marchons nous marchons
Ils forment en face un mur bleu humain
Notre marche est une marée humaine
C’est ce qu’ils veulent
De l’humain contre de l’humain
De bons humains autoritaires
De mauvais humains contestataires
Leur mur veut disloquer nos belles vagues gaies poussées par le vent
De quand nous marchons librement
Nous y sommes bien dans notre marche nos chansons à l’unissons
Ils se mettent aussi dans un unissons, bien soudés
De tous côtés
Leur mur est devenu carré
Ils nous est maintenant impossible de librement marcher
Notre marée stagne
Il y a un peu d’écume au dessus de leur mur devenu carré
C’est l’écume grise des gaz
Leurs gaz font sur notre marche un orage
Notre marée se fait grosse et mouvementée
L’écume devient rosâtre parfois
À cause des coups portés et qui font comme comme des éclairs
Le tonnerre commence
Notre marée filtre dans le mur carré
Le carré est plus petit
Le gros de la marée est comprimé
Derrière le mur des chars à eau se mettent en mouvement
Nous ne marchons plus librement
Nous ne marchons plus du tout
Nous devenons la proie de leurs coups
Nous répondons par des coups
Ils nous agrippent par le cou et nous plaquent sur le bitume
Ils appuient leurs genoux sur notre marche stoppée
Ils savent qu’ils nous font mal
Le mur était leur auxiliaire
Ils justifient leur fonction
Ils sont à toutes les jonctions
Ils nous lancent des injonctions
Ils triomphent sur abandon
ILS SAVENT DÉJÀ QUE NOUS REVIENDRONS
Un jour vraiment nous marcherons librement
Et notre marche stimulera nos pensées LIBÉRÉES
Et nous serons sans pitié.
je lave
ta peau amère
l’orange sanguine singe mes veines
tes yeux n’ont pas de trêves
tes yeux sont des prières
je courre à travers la plaine
d’un coup je dors
et je me baigne
la rivière est mon festin
je lis dans les lignes de la main
que tu as faim
tu grattes à la porte
comme l’érosion du silence
tu avances avec le printemps dans le ventre
tu aiguises ton sang tâché de cendre
il faut attendre
allongé dans les herbes trop lentes
le ciel a le goût du lait maternelle
la lumière est une tendresse éternelle
je plie les joues
et je souris
accrochée à ton cou
Le chemin
Je vais dans la vie d’un pas fracturé, d’un pieds bot, la jambe boiteuse de ne savoir où se poser.
Je croise des âmes blessées, des lambeaux de vent qui me percutent de leurs mouvements trop amples, de leurs gestes arrachés à la terre.
Avec mon corps crashé par tant de collisions je continue de marcher.
Nous continuons tous d’avancer sur le chemin.
Tous en apnée devant et derrière ce qui nous sert de boussole.
Nous allons à l’aveugle nos yeux bridés de solitaires, nos yeux couturés d’erreurs d’aiguillage, de coups ciseaux si anciens qu’ils ont rouillés, nos yeux de fer rongé par le temps.
Nous avons tous des mains trop grandes d’ogres faméliques, nos dents déchaussées dansant seules dans nos bouches.
Nous ouvrons encore nos gueules vides bêtes affamées en quête d’un loup, d’une meute, c’est à qui trouvera la couverture chaude de l’humanité pour s’en couvrir. A qui les draps propres de l’amour pour se vautrer.
Il se dit qu’à défaut d’un agneau, nous pourrions nous nourrir de rivières, nous pourrions nous vêtir de forêts.
Et parsemer de nos os les routes pour montrer la voie empruntée à l’avenir, celle à suivre des yeux avant de la nommer.
Nous poursuivons tous, c’est le parcours imposé de l’escape game jusqu’à son terme (joueur ne joue pas encore), jusqu’à dernier souffle, la respiration courte de l’oiseau.