Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Christine Lavant

  • La pile de vaisselle me regarde avec insistance
    Et son ombre plane sur mon corps fatigué.
    Mes os répondent à l’appel de cette danse mécanique,
    Mes mains s’exécutent pensivement.
    L’éponge absorbe un à un les maux de la journée
    Et un flot continu de mots se déverse dans le liquide savonneux.
    Combien sommes-nous à cette heure du soir ?
    A frotter le petit venin des langues râpeuses.
    Je glisse entre ces dents acérées
    Comme l’anguille traverse les mailles du filet.
    Laisse couler le bruit du monde dans ce ruisseau
    Accroche-toi au silence des oiseaux.
    Dans les gestes répétitifs, naissent parfois
    Des lueurs de révolte, comme un bruit sourd
    Qui grandit à mesure que la nuit avance.
    Courage.
    Nous sommes tous des oiseaux de passage.

  • Les mois me toisent du regard,
    Ils sont les indécents d’un temps ambivalent,
    Ou les graines d’une pelouse décérébrée.
    Je me sens enchainée d’un instant hagard,
    voilé par la certitude de vos vies.
    Pourrais-je enfiler vos ailes, toiser le rapace d’une vitesse infinie,
    Survolez le chêne de mon esprit,
    Jusqu’à tournoyer de créance.
    Nous étions les passagers d’une utopie vagabonde,
    Je veux être conteuse de paysages,
    Poser les verres ronds de beauté,
    Pour admirer le hublot sur un monde qui se défile.
    Au présent,
    Je suis pressée par le fruit de l’errance,
    Dans un panier qui ne m’inspire sagesse,
    Que la vitesse d’un temps qui ne touche jamais terre. 

  • J’expire une fumée trouble
    un air de dire ce que personne n’entend
    ni toi ni moi n’osons
    nous disposons de tant de toitures que les vents renversent
    nos visages repeint d’une suie folle
    nos têtes coiffées d’espérance et au fond des yeux
    des miroirs pour mieux refléter le monde
    la vue diverge comme une mauvaise loupe
    grossissante et cette image que je vois n’est pas réelle
    dans nos veines des ia se sont glissées
    elles nous caressent dans le sens du poil
    et j’en appelle à notre sauvagerie
    pour nous sauver

  • Ma colère s’est assise
    Ma tristesse s’est levée
    elle m’a conduite jusqu’à la cuisine, à l’évier
    et elle m’a tendu les assiettes

    J’ai noué mes mains à celles des assiettes
    des poêles, des casseroles
    Nous nous accrochions les unes aux autres
    dans les nuages de mousse
    L’éponge pleurait à mes côtés
    Le robinet réchauffait l’eau pour me détendre

    J’ai reposé ma vie sur le plan de travail
    Elle sèche sans se flétrir
    gorgée d’espoir

  • Quatre yeux à se murmurer des promesses,

    Sous un ciel parsemé.

    Soupirs gravés sur les troncs des forêts,

    Pour toujours, à tout jamais.

    Mains sérrées, bouches acérées.

    Deux yeux qui cherchent dans la foule,

    La couleur de l’être aimé.

    Forêts de ciment,

    Vague de béton laminant les airs,

    Élans de boue et papiers gras.

    Le vent a fait place nette, plus une trace,

    du passé commun, des mots échangés.

    Espoirs endormis par mégarde.

    Poignée de sable jetée aux yeux,

    Retourne-toi et fuis.

  • tan lontan
    la mousse té i dérape su ban gravier

    tonère té i cogne, té i bat su la tête

    com loraze
    com loizo
    ki la pou fuir, fuir lo silence

    sat i coze derrière pied dbois, derriere tonère la pou lache ses nerfs

    éventré mèm zisko keur mèm, sat i met ensemb na poin meilleur sens
    le ban mot la, ki glisse sous ban doigts rêvés de nout tet
    nout tet brulant, ki lache pa prise
    coco ki durci
    coco ki la pou fuir

    zordi set mot lé seulment pensé pou ou
    demain li sera di pou ou


    L’oiseau s’enfuit

    Il y a longtemps
    La mousse glissait sur les pierres

    Le tonnerre cognait, il battait sur la tête

    Comme l’orage
    Comme l’oiseau
    Qui est en train de fuir, fuir le silence

    Ceux qui parlent derrière le pied de bois, derrière le tonnerre, ils évacuent leurs nerfs

    Comme éventrés, jusqu’au coeur même, il n’y a pas meilleur sens que ceux qui se
    rejoignent
    Les mots, ceux qui glissent sous les doigts imagés de notre tête
    Notre tête, brûlante, qui ne lâche pas prise
    Notre tête qui durcit
    Notre tête qui s’enfuit

    Aujourd’hui, ces mots sont seulement pensés pour toi
    Demain, ils seront dits pour toi

  • Le ciel de gravats ne parle pas
    fait la gueule faut croire
    fait la grève
    se déglingue sans rien dire
    se désagrège tout doucement
    sonnerait son propre glas
    tombe bas d’épaule sur mon dos
    des aigreurs de bile
    un ton grave un air morne
    aucune récolte à la clé
    aucun éclair blanc
    aucun cri porté par le vent
    dans la voûte haute
    aucun orage à déclarer
    à ses frontières ni en dehors
    calme plat dans ses entrées
    triste à pleurer qu’il ne pleure pas

    Le ciel a choisi la saison muette
    a rangé ses miettes sous la nappe
    a balayé devant sa porte
    a traversé sans regarder
    sans m’adresser la parole
    aucune prière n’a été prononcée
    à l’heure des promesses
    aucun petit profit
    aucun premier baiser
    aucune prison ouverte
    il garde toutes ses fenêtres
    fermées son noir de grimace
    tout ce gris d’avance la poussière
    parsemée sur ma tête brûlée
    rien ne passe d’encre de fuite
    entre mes bras ma faute se lit
    dans le plus sombre des lits
    de rivière morte

    Toi tu le sais,
    le ciel fait silence

  • Je vois ces balles jaunes
    Liberty
    Ping-pong, Ping-pong 
    Liberty
    D’un jour où 
    La poésie a ricoché
    Liberty
    Dans les ruelles perdues
    Liberty
    De l’âme humaine
    Au carré,
    Ping-pong 
    Liberty
    À Damas
    Au Caire
    Au cube
    Liberty
    Mais ici
    Osef
    Émile
    Même si
    Au cube lui-aussi
    J’entends au loin 
    Ping-pong, Ping-pong 
    Dans les ruelles pentues 
    Je vois des armes et des hyènes 
    À l’affût comme perdues 
    En haut des 
    Ping-pong, Ping-pong 
    Et la poésie sauvera le monde
    Liberty.

  • Nous marchons librement
    Nous chantons en marchant
    Nous marchons en riant
    Nous sommes le liant

    Ils veulent défaire le liant
    Faire taire nos chants
    Faire de nous et de notre pensée des délinquants
    Ils criminalisent nos mouvements

    Indistinctement
    Ils ont transformé notre marche
    Ils veulent en faire un match
    Dans une nasse ils ont enfermé notre marche

    Nous décidons de poursuivre la marche
    C’est notre marche à nous et comme on veut on marche
    Au rythme de nos pas librement marchés
    Nous marchons nous marchons

    Ils forment en face un mur bleu humain
    Notre marche est une marée humaine
    C’est ce qu’ils veulent
    De l’humain contre de l’humain
    De bons humains autoritaires
    De mauvais humains contestataires

    Leur mur veut disloquer nos belles vagues gaies poussées par le vent
    De quand nous marchons librement
    Nous y sommes bien dans notre marche nos chansons à l’unissons
    Ils se mettent aussi dans un unissons, bien soudés
    De tous côtés
    Leur mur est devenu carré
    Ils nous est maintenant impossible de librement marcher
    Notre marée stagne
    Il y a un peu d’écume au dessus de leur mur devenu carré
    C’est l’écume grise des gaz
    Leurs gaz font sur notre marche un orage
    Notre marée se fait grosse et mouvementée
    L’écume devient rosâtre parfois 
    À cause des coups portés et qui font comme comme des éclairs
    Le tonnerre commence
    Notre marée filtre dans le mur carré

    Le carré est plus petit
    Le gros de la marée est comprimé
    Derrière le mur des chars à eau se mettent en mouvement
    Nous ne marchons plus librement

    Nous ne marchons plus du tout
    Nous devenons la proie de leurs coups
    Nous répondons par des coups
    Ils nous agrippent par le cou et nous plaquent sur le bitume
    Ils appuient leurs genoux sur notre marche stoppée

    Ils savent qu’ils nous font mal
    Le mur était leur auxiliaire
    Ils justifient leur fonction
    Ils sont à toutes les jonctions
    Ils nous lancent des injonctions

    Ils triomphent sur abandon

    ILS SAVENT DÉJÀ QUE NOUS REVIENDRONS

    Un jour vraiment nous marcherons librement
    Et notre marche stimulera nos pensées LIBÉRÉES
    Et nous serons sans pitié. 

  • je lave
    ta peau amère
    l’orange sanguine singe mes veines
    tes yeux n’ont pas de trêves
    tes yeux sont des prières
    je courre à travers la plaine
    d’un coup je dors
    et je me baigne
    la rivière est mon festin
    je lis dans les lignes de la main
    que tu as faim
    tu grattes à la porte
    comme l’érosion du silence
    tu avances avec le printemps dans le ventre
    tu aiguises ton sang tâché de cendre
    il faut attendre
    allongé dans les herbes trop lentes
    le ciel a le goût du lait maternelle
    la lumière est une tendresse éternelle
    je plie les joues
    et je souris
    accrochée à ton cou