Cent hivers sans hiver

Dans un automne qui tire à sa fin, l’été indien s’épuise. Il entretient encore un rayon de sourire sur ses feuilles déteintes. Elles, elles s’accrochent aux branches et dansent jusqu’au bout du vent sur les notes de l’avent d’hiver.
Et l’hiver me ramène à avant, avant quand je vivais dans des pays sans saison, ni printemps, ni été, rien que les pluie ou la chaleur, parfois les deux.
J’ai senti l’hiver au milieu de montagnes de sable en plein désert de Libye, inventant des histoires de voyages extraordinaires au cours desquels s’imaginait l’incroyable, derrière une dernière dune.
Toujours la dernière. Encore une. Pour voir.
L’hiver m’a évité parce qu’il s’était offert un safari pendant qu’en Ouganda, je parcourais les lacs du
Queen Elisabeth National Park au coeur d’une réserve à qui personne n’a retiré son nom de colonisé.
Moi j’étais invité à mettre les couleurs du vrai sur les Polaroïds de mon enfance.
Au milieu des vagues du lagon de Saint-Gilles, l’hiver était réunionnais. Il ne m’a pas empêché de courir après des demoiselles agitant leurs nageoires entre les coraux. La première année. Juste la première année. Après, il était trop froid.
L’hiver arrive. Encore. Et dans cet hiver de Provence, je prépare l’allumette qui enflammera la première bûche.

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