Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Revenez à ces forces primitives instinctives dont parle Wittgenstein

  • ce matin là
    très tôt
    le vent s’est levé
    dans ma nuit
    comme un souffle
    il m’a traversé
    la lumière du dehors
    m’a sortie d’un rêve d’eau
    *
    le vent violent
    de ce matin de novembre
    ensoleillé
    me rappelle le mistral
    me rappelle le pays
    mon cœur
    divisé en deux
    c’est douloureux
    et doux
    comme l’exil
    *
    la passé coule sur mes joues
    le vent balaie des larmes pleines
    comme des ballons gonflés
    elles rejoignent l’autre rive
    *
    je pense au temps d’après
    je suis toujours à la recherche
    de ce qui n’existe pas
    je ramasse des bribes
    je les assemble
    tant bien que mal

    pour que ça forme un tout
    bien propre
    une existence
    *
    le temps je le poursuis
    mais ne le trouve
    qu’en dedans
    *
    novembre à presque 30 degrés
    c’est l’été
    ou bien l’hiver?
    l’automne ne finira donc pas
    cette année?
    pire été meilleur automne
    ça compense
    pour les jours de pluie
    en juin juillet
    *
    oserai-je penser
    qu’il n’y aura pas d’hiver alors?
    *
    je me cherche
    à tous les coins de rue
    je me suis trop souvent
    perdue dans mon propre corps
    *
    l’hiver est à deux pas
    il peut survenir
    n’importe quand
    en novembre
    ou en décembre
    tout faire basculer
    en un jour

    tout recouvrir
    *
    je veux seulement vivre
    les premières neiges
    de décembre
    peut-être une tempête
    mais pas plus
    trop d’hivers ont passés
    comme des années
    *
    le froid
    toujours aussi
    je l’espère je l’attend
    comme un cadeau
    *
    c’est au beau milieu de l’hiver
    que j’ai maintes fois
    rencontré mon été invincible


  • Ce sont les poignards aiguisés qui attendent l’heure promise

    C’est ce jour de deuil où l’appel est tombé comme une interrogation suspendue

    Fracturée

    Le parcours de cette attente arrimée d’une tristesse figeante ouvre ses bras à son corps étendu.

    L’heure de la perte n’existe plus, elle écrit son histoire au passé mais le présent y ajoute ses mains.

    Elles sont poreuses, elles n’écoulent plus

    Tout y passe

    Et le jour par sa clarté merveilleuse l’accompagne le long des remparts.

  • Sous les heures vides
    de l’ennui à l’aiguille
    l’encre glissée
    dedans la peau
    leurs idées bleues
    en pointillé
    un pentacle raté

    Métal aigu
    ou rappe sa mère
    les mains courent le jeu-garçon
    écran vert – gris et
    mèches roses pour rideau mental
    de mauvais poèmes grondent
    sur nos cils moites

    Descente de quatre-quart
    comme l’heure du goûter brûle l’encens, cacher les clopes
    entre le temps du repos ; puisqu’au lieu de sombrer l’esprit tricote des idées,
    juste avant la fin du jour dont on a survécu, soulagé
    face au sommeil de l’enfance
    choisir d’écrire aux mûres
    l’instant soufflé de l’adolescence.

  • Le temps d’une éclaircie, l’heure des ombres, la lumière filtre.
    Je pose l’écume, goutte, distillation. Douceur, le jour se teinte
    Rasante lumière, rester pour elle, un peu plus tôt chaque jour. J’écris dans – la rasante lumière.
    Particule d’encre, constitutive présence, échappent à nos mailles trop serrées.
    Défaire la déglutition, dénouer le biais, sentir le relâchement du corps – brisure palpable,
    copeaux soyeux.
    Tintement de roche, la paume ouverte, j’écorsette les mots au jour qui penche.
    Calfeutrer mes larmes, douces salaisons.
    Équille
    Cajole
    Épanchette
    Sous la table, les pieds à plat.
    Mouvantes saisons pour l’écriture, carnets d’écorchures, papiers châtaignes.
    Extinction du soleil : je ferme la porte du bureau.

  • Dans un automne qui tire à sa fin, l’été indien s’épuise. Il entretient encore un rayon de sourire sur ses feuilles déteintes. Elles, elles s’accrochent aux branches et dansent jusqu’au bout du vent sur les notes de l’avent d’hiver.
    Et l’hiver me ramène à avant, avant quand je vivais dans des pays sans saison, ni printemps, ni été, rien que les pluie ou la chaleur, parfois les deux.
    J’ai senti l’hiver au milieu de montagnes de sable en plein désert de Libye, inventant des histoires de voyages extraordinaires au cours desquels s’imaginait l’incroyable, derrière une dernière dune.
    Toujours la dernière. Encore une. Pour voir.
    L’hiver m’a évité parce qu’il s’était offert un safari pendant qu’en Ouganda, je parcourais les lacs du
    Queen Elisabeth National Park au coeur d’une réserve à qui personne n’a retiré son nom de colonisé.
    Moi j’étais invité à mettre les couleurs du vrai sur les Polaroïds de mon enfance.
    Au milieu des vagues du lagon de Saint-Gilles, l’hiver était réunionnais. Il ne m’a pas empêché de courir après des demoiselles agitant leurs nageoires entre les coraux. La première année. Juste la première année. Après, il était trop froid.
    L’hiver arrive. Encore. Et dans cet hiver de Provence, je prépare l’allumette qui enflammera la première bûche.

  • I

    silence.

    vague profonde

    qui déchire l’âme.

    II

    et tes questions

    ont dansé

    comme des amants

    suspicieux.

    III

    la chaleur frissonne

    ta chemise

    est un drapeau

    sans patrie

    ton chapeau

    un nuage sans ciel

    ta tendresse tombe sur moi

    comme un rêveur perdu.

  • L’heure s’est éteinte. Quiétude paisible au travers du corps. Il est quatre heures quarante huit ce matin. Le plus dur est derrière ses yeux qui cherchent encore à transpercer la nuit. Les lumières du village sont encore éteintes. Pour quelques minutes, ou pour quelques siècles d’insomnie.

    Le corps, lui, ne dort pas. Il lutte, avec ses démons insomniaques, qui taraudent l’esprit sain, ou du moins ce qu’il en reste la nuit vers les quatre heures quarante huit. Ni tôt, ni tard, le temps se suspend aux lèvres assoiffées prêtes à tout, à rien, et pourtant enfermées au mitard sans plus rien à boire de décent.


    Doucement le chant de la nature change, il s’éveille et me résonne dans tous les muscles. Tendu, harassé, et en vain se jeter contre ce vide subtil, dans cette plénitude entière, qui me débarrasse enfin d’une nuit de plus passée à écrire, car au fond, c’est la seule véritable forme de lutte possible.

    Il est quatre heures quarante neuf, hagard, je laisse s’en aller le train de nuit démoniaque de mes obscurs tourments. Le prochain départ, prévoit la nuit d’après, une folle cavalcade cérébrale vers des lieux de silence, où résonnent en chœur les corps encore éveillés.

    Mon ami, prends donc ta plume et toi aussi, gratte la nuit afin d’en déchirer sa voûte céleste, pour qu’au travers ta lumière la transperce.

  • Une citrouille égarée dans un poirier
    Grimpée de branche en branche
    Par fils vrilles et tiges
    Festives et funéraires
    Clémentissime thermomètre
    Potimarrons et mandarines
    Accrochées saison des sorcières
    Farandoles et pompons d’araignées en goguette
    Squelettes à castagnettes s’en vont claquant
    Tropiquement des dents
    Dans le charivari camaïeu
    L’automne indien indéfini sur son balai oblique
    Ronde assourdie de l’orange résistant
    S’incruste dans le vert et le brun
    Ourlé du vieil or persistant
    Les vitrines s’habillent de toiles vaporeuses
    Etoiles déterrées de mois remisés
    Divinités chtoniennes convoquées
    Tous : morts vivants et fantômes conviés
    A guincher avec chauves-souris
    Nyctalopes et mygales en plastique.

  • Cinq heures
    s’écoulent dans ma bouche—-
    n’importe laquelle ;
    qu’elles le veuillent ou non
    préservées des chants sourds de la veille.
    Cinq heures
    s’écoulent à travers mon silence—-
    immémoriales ;
    toutes à moi et si lointaines à la fois
    aussi lointaines que le réel.
    Cinq heures
    veulent boire à la fontaine de mes rêves—–
    avant qu’elle soit tarie ;
    jamais ne me seront rendues
    pas plus que les eaux rêveuses
    de cette nuit.
    Cinq heures
    Filent comme un éclair—–
    Hors champs ;
    mais la clé de leur temps
    restera toujours gravée dans ma mémoire

    Quelque part

  • Extinction des feux

    et le brasier intérieur s’allume.

    Rejouer sa vie les yeux fermés

    le cerveau grand ouvert.

    Cette phrase que j’aurais dû répondre

    ce rendez-vous qu’il ne faut pas que je manque

    cette personne qui me manque

    et qui n’est plus là.

    Les ribambelles de pensées

    attendaient patiemment

    se déplient

    font les chauve-souris

    dans la cave de mon intimité.

    C’est comme une douche

    mais ici l’eau est tiède

    et collante.

    Elle coule

    s’immisce dans chaque interstice de mon corps-fourmilière.

    Et le corps

    qui s’efforce d’obéir à la tête qui fait

    pars – mmm non reviens – va t’en – non, reste.

    Le corps

    qui ne sait plus où donner de la tête qui lui dit

    muscle par muscle

    abandonne-toi

    relaxe

    malaxe

    Mais elle n’en fait qu’à sa tête, la tête

    tactiquement

    insaisissable

    elle le ghoste.

    Et le portable

    veilleuse comme un flash dans la tronche

    désactive le mode avion

    et la cohue du métro débarque dans mon lit.

    Se plonger dans un autre bassin

    couvrira peut-être

    les voix de ma vie imparfaite.

    Et les moutons

    qui au début sautaient docilement la barrière

    de fils en aiguilles se dérobent

    disparaissent

    échappent à l’attention de mon berger distrait.

    Parfois, je lui tends la main

    je le prends comme il est

    on se disperse ensemble

    on saute de pensée en pensée sans s’attacher

    on goûte l’air et on repart

    là où nous menons le vent

    là où

    le soleil couchant.