Au premier instant de la première nuit
Elle avait veillé le nourrisson. Le nourrisson tout juste né en silence…
En silence il lui avait sourit et tout s’était éclairé.
Éclairé d’une lumière forte qui suspendait le temps. Le temps contre lequel il lui avait toujours semblé lutter;
Lutter, douce, fébrile, désespérée ;
Désespérée dans son enfance inversée…
Inversée à veiller sur les autres, comme mue par une contagion! Contagion à laquelle elle cédait ; Dont il faudrait bien se délester…
Se délester pour que l’enfant quitte la fusion; Quitte la fusion pour devenir une et plusieurs !
Une et plusieurs au grée de la terre en mouvement ; Mouvement qui toujours l’avait effrayée : orage assourdissant !
Assourdissant en ses nuits fondatrices où elle avait vogué au bord du gouffre !
Gouffre dont l’esprit et le coeur ne se défont qu’au prix d’un lent voyage !
Voyage intérieur, discret, qui cette première nuit s’ était clos.
S’était clos alors qu’elle avait pensé.
Pensé et crier comme une nouvelle certitude; Certitude subite : » Je suis quelqu’un de bien ! »
Quelqu’un de bien et la honte s’était éloignée : vaincue enfin.
Vaincue alors qu’elle lui donnait son nom auquel le nouveau né lui répondit dans un souffle d’instinct!
Un souffle d’instinct qui scella le plus secret serment; Serment d’amour muet; Muet. Muet et évident.