Je n’aurais pas dû t’écrire.

Je n’aurais pas dû revenir, des années après, écrire sur toi.

Je t’ai changée.

Avant, tu étais le sentiment de l’été.

Tu étais orangée, jaune,

soleil sans cesse devant derrière et contre tous.

Tu étais les glaces les jeux dans le sable la paella,

le sable doré les immeubles vagues,

tu étais les incroyables douches en béton sculpté.

Avant, tu étais les allées de pins chauffées, les vacances sans fin, tu étais l’enfance.

Tu étais un mirage, un conte, avant que je t’écrive.

Si je n’avais partagé avec mes frères les souvenirs confus de ton existence,

j’aurais sûrement cru t’avoir inventée.

Tu étais une image flottant à côté de la petite rivière au centre du pré, des carreaux cassés du carrelage de grand-père et des pieds nus au petit déjeuner.

Tu étais mes 4, tu étais mes 6, mes 8 ans.

Et puis j’ai voulu te retrouver, te recréer, t’inventer.

Je me suis dit pourquoi te laisser à l’état d’infans alors que je pourrais faire de toi une créature à moi, un livre !

Tes immeubles pyramides coulant dans des couchers de soleil artificiels.

Tes bancs de béton aux motifs aztèques sculptés à explorer.

Tes pins méditerranéens exhalant la chaleur paresseuse d’un jour sans fin.

J’ai voulu t’écrire.

Inventer un personnage pour t’arpenter, lui donner des baskets usées et un regard moqueur sur tes airs de station-balnéaire du peuple.

Oubliant l’enfant qui t’arpentait sans honte, avec au cœur la joie pure et la certitude que la vie serait ainsi.

Je t’ai figée sous les traits d’une ville nouvelle inventée pour des vacanciers sans imagination.

Je n’aurais pas dû t’écrire.

Je n’aurais pas dû revenir tâter ton béton pour vérifier que ce que j’écrivais correspondait à mes souvenirs correspondait à la réalité.

Mais je ne t’ai pas complètement gâchée, tu existes encore un peu, à côté de la rivière au milieu du pré, il y a une vaste plage dorée.

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