Observe et respire
La lumière se lève sur la prairie désolée
La lumière ocre irradie de la terre
________soulève la brume
Le jour est là qui verse en toi sa force nouvelle
Tu l’aspires, tu as raison. Goûte la vie qui naît,
________emplis tes poumons
Alors tu sauras
Quand la vapeur d’aube teintée de jaune pénètrera ton corps
Quand elle aura plaqué tes cheveux par mèches sur tes joues
Quand tes alvéoles seront lourdes de plomb
Quand tes narines pleines de l’odeur du sang et de la poudre reconnaitront la mort
Alors tu verras
L’aurore qui t’appelle décillera tes paupières
Tes yeux seront nus et vulnérables
________à la brûlure de la fumée qui monte de la vallée des cadavres
Les images se graveront sur ta cornée à vif
Des uniformes couleur de boue
________déchiquetés
Des membres entremêlés
________à la chair exposée
Des canons vers le ciel dressés
________à la gueule explosée
Et lentement la brume pernicieuse jouant avec les buissons
Traversera charniers et toiles d’araignées
Lentement, le poison de cet Hier que tu n’as jamais rencontré
Lentement ce gaz, arme sans repos, chargé de la bile, vicié des humeurs de ses victimes
Lentement, il va te toucher
________saisir tes pieds
________sceller tes orteils
________palmer tes doigts
Alors tu entendras
La clameur du silence – déjà oubliée
Le crépitement du givre sur l’herbe qui s’écartera devant la nuée de souffre habillée
Alors au fond de ton être s’élèvera un cri étranglé
La révolte du défenseur entravée
L’impuissance du témoin suffoqué
Et ta voix s’éteindra en vague silencieuse
Contenue entre les murs de la désolation
Ton cri sera cet étendard fiché entre les racines d’un arbre calciné
Drap déchiré sur lequel on devine les armes d’un clan décimé
Soulevé par le vent.
Alors viendra la nuit
Alors viendra le jour
________et viendront les siècles
Sens la caresse du temps
Sens
Respire et attends
Attends ce Demain qui sera tien
Quand la nuit engloutira la plaine
Quand la nuit labourera la surface de la terre
________inexorable ressac
________infatigable lavandière purifiant nos maux
Quand elle aura recouvert ton corps gisant de son linceul diapré
Alors tu t’éveilleras
Alors tu rouleras
Sur la masse des cadavres inertes
Tourbillonnant sur le lit des armes rouillées
Désorientée d’avoir été tant brassée
Des profondeurs ta bouche exprimera ce souffle
Telle une sphère venue éclore à la lisière de la pénombre
Ton naufrage sera naissance et déchirure de notre obscurité
Sens la nuit refluer sur ton corps étendu
Son étreinte relâcher la mort disparue
Son baiser libérer tes lèvres, guérir ton regard
Alors la nuit retournera au ciel
________chargée des vapeurs des jours anciens
Et du terreau ainsi baigné s’éveillera le bourdonnement
________de toute vie nouvelle
Alors tu seras
Assis sur le rivage au point où tarit la source
Ton corps immature et souple au contact des galets polis par l’écume
Alors l’aube nouvelle
________éclatante
________victorieuse
Fera briller la poussière de tes cheveux
Entre tes doigts le sable coulera la clepsydre du temps
Ta joue sera sur ton genou posée
Ton visage offert
à la caresse des vents
Alors se lèvera le nuage, se lèvera le jour
Et reviendra la nuit