Ils sont le tonnerre, la fumée, les hurlements, la fureur et le sang
Ils secouent l’immense firmament
Par-dessus les humains tendrement grandissent
Les livres
Tandis que nous mourons
Continuent à vivre
Ceux que j’ai déjà lus
Ceux que je ne lirai jamais
Ces chaleurs infernales
Se lèvent, s’ébattent sous le soleil
Comme la fleur ou la feuille
Sont tout ce que j’ai
Ce qui vit
Ce qui vit infiniment
Comme les forêts
Comme un fleuve qui sort de sa ceinture dorée
Sont mes racines serrées à travers les rochers massifs
Où je rampe comme un insecte
Sont mes troncs
je m’y glisse salamandre écailleuse
ils surgissent de la vase durcie
et de ma crevasse me chassent
moi chauve-souris, araignée
les livres coulent sur le sable
je les bois, les contemple
ils parlent à l’enfant
à la fourmi, à la sauterelle, au ver
d’où viennent-ils
les livres
des troupeaux de montagnes
de l’apparition de la mousse
d’Homère, d’Horace, d’Ovide, d’Aristote
de la souffrance qu’on éprouve lorsque le corps tout entier se dissout
le livre se pose la question