Pendant des années j’ai cru que
le silence recouvrait la peau de ses squames
Pendant des années j’ai vu que
le non-dit lamine les gorges de ses crevasses arides
et même les gorges claires sont touchées
Pendant des années j’ai senti que
ça clochait au niveau des cœurs au niveau des échanges vrais au niveau des passages de relais
pendant des années j’ai goûté l’amer des crues
le sel des larmes le sel qui ronge et qui libère
pendant des années j’ai visité l’ineffable le silence le trop tôt le trop tard
à la façon d’une roquette oubliée dans les couches de la terre prête à
exploser prête pour le voyage interstellaire
pendant des années c’était toujours pas le moment
ce n’était jamais le bon moment
par-dessus les silences les grosses gênes cousaient des tombes de corps voûtés des oreilles hagardes dégringolaient de leur fonction des oreilles sans fond des oreilles sans parois sur lesquelles les mots, les questions ne ricochaient plus
pendant des années c’était
j’ai cru que ça finirait ce
rien ce
blanc du vide de la neige qui fait tout taire autour d’elle
j’ai cru que ça finirait ce
jamais
mais des décennies après je ne suis plus une enfant plus une fillette à qui l’on dérobe les réponses à demi-mot
mais des décennies après il n’y a plus de neige en hiver et tout se tait pourtant
tout continue à ne rien
tout est tu
mais où suis-je où êtes-vous d’où vous taisez-vous
le puits d’où vous noyez la parole n’a pas de fond cela fait trop longtemps qu’il est bouché
s’il avait un cadenas il serait fermé à quintuple tour il y aurait un maître de la forge un vulcain qui soudoierait ses elfes bienfaiteurs pour conserver cela secret, tu, mort
l’arc-en-ciel met du temps à se frayer un chemin
même s’il a été là depuis ma nuit du temps
le voir fut difficile
le voir fut un reniement du silence
du silence et c’est dur de le pousser quand il a été le seul dialogue
un ballon de baudruche un lot de consolation un gros paquet cadeau
finalement toi tu tries les ficelles de l’existence
tu fais bien car
ce qui importe c’est que cela devienne le
carrousel des délices
pendant des années j’ai pas su que la vie avait un goût, une saveur exquise, un avenir et pas qu’un passé
puis j’ai touché du doigt les mots sur mon clavier.

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