Merci de me donner la main, me donner l’élan, m’ouvrir la porte, me permettre, m’autoriser d’y aller, d’oser, de jouer, de me défier, de plus me voiler, me cacher, m’étouffer, d’ôter, d’enlever, d’extraire, de dépressuriser et de presser en même temps, de laisser s’écouler, se déverser, enlever le voile, la pudeur, le puanteur, la putréfaction.

En effet personne ne m’avait dit que la densité étouffait 
Je ne savais pas la rudesse la non caresse le manque la perte
Pendant des années j’y ai cru à cette blague de mauvais goût
Il me semblait que je jouais parfaitement mon rôle
Je croyais au semblant, qu’un nouveau jour arriverait
Le silence recouvrait tout telle une chape de plomb 
Je ne pouvais pas savoir que c’était possible, que cela m’était destiné

Dans le silence avaler la peur
Dans le silence ignorer la douleur
Dans le silence sourire et faire bonne figure
Dans le silence goûter l’impuissance 
Dans le silence crier à l’intérieur
Dans le silence danser à l’infini

Chuchoter une prière

Taire une colère
Murmurer « je t’aime »
Muette, ne rien en dire

Ce n’est pas un mensonge, un songe qui me ment
C’est une réalité insoutenable que l’on soutient
Qui devient irréelle une fois passée
Qui remonte en méandre de mémoire 
Demandant libération

Je t’ai vu je te vois dans l’invisible

Les mots n’ont plus rien à y voir
Et pourtant ils sont là
Les petits les grands les beaux les laids
Serpentant comme des vers de terre
dans une structure inexistante 

Pas de déception, pas de bonne surprise, pas de nouveauté, pas de cruauté, pas de clarté, pas de compréhension…

Un battement de coeur qui rassemble il ne reste que cela.

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