Une vie en lipogramme

   Tout ce qui manque 
      creuse en nous 
         des lits de sédiments

Ne pas s’enivrer de futile
Ne pas étouffer le jour sous nos portes 
Ne pas s’attarder sur nos ombres

   Tout ce qui manque 
      creuse en nous 
         des lits de sédiments

Lavons ces limons 
pour continuer à avancer
Lavons ces limons 
pour nous émouvoir 

Les yeux grand ouverts
Nous attendrir du petit jour

Pourtant pas de chaleurs mêlées pour déplier le sombre
Pas de corps à corps pour prolonger son ciel
Pas de rires pour fissurer les peines
Pas de peau à peau pour diluer ses peurs
Pas de doux sur les mâchoires serrées 

Une seule et unique odeur pour traverser la nuit

Une seule et unique empreinte de corps allongé 

Il n’y a pas d’amour pour déjouer la mort

                   Malgré tout 
Surtout
                              Ne pas en rester là 

Ne pas parler, ne pas se taire
Ne pas flancher
Son eau et son feu en héritage 

Il n’y a pas d’aigreur pour les cœurs isolés
Pas d’euphorie non plus
Mais de la paix
Et les autres tout autour 
Et la vie qui résonne
Qui s’infiltre

Ne percer les vides que pour les écrire 
Malaxer ses creux
Et pétrir ses manques
Y puiser son encre

Ecrire toutes les absences
Les faire exister de mots
Comme un alphabet de palpable 

Toutes nos absences 
Les rendre concrètes, réelles 

Exister par les manques

   Tout ce qui nous manque 
        creuse en nous 
              des lits d’écriture

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