Elle est dehors. Elle a décidé de sortir à cette heure où la ville dort. Elle ne pouvait plus rester chez elle, suffoquait. Elle a eu l’envie de marcher. Elle a suivi les rues, un peu au hasard. Humé le froid de la nuit. Les lampadaires ont dessiné son chemin sur les pavés, de zones obscures à celles illuminées. Depuis Montmartre, elle voit toute la ville.
Des fenêtres allumées
Des cheminées fumantes
Des solitudes ailleurs
*
Une ville immense
Et pourtant le silence
*
Les autres s’aiment
Les autres sommeillent
Les autres travaillent
Les autres
*
Et la lune
Qui regarde
Qui berce
Qui protège ou juge
*
Combien de temps est-elle restée assise là ? Le vrombissement de la ville éveillée l’a sortie de son rêve. De son hypnose. Sous les pavés, le métro, n’est-ce pas ? L’odeur des croissants sortants du fournil se mêle à l’acidité de l’urine qui tapisse le bas des murs. Rentrer chez elle ? Elle ne sait pas encore. Mais la symphonie des rideaux de fer de cafés lui ouvre une réjouissante perspective. Et déjà, les autres, voisins inconnus, commencent leur journée au comptoir. Elle n’est plus seule. Et la vie reprend une nouvelle fois…