Revue Miroir

Je sais bien que vous ne pensez jamais à moi. Pourtant si je disparaissais tout à coup, ou encore pire, graduellement, je vous obséderais.
Vous seriez tout d’abord surpris, amusés, perturbés sans doute, vous vous étonneriez “ Ah quelle étrangeté ! Regardez ceci qui se met à flotter ! Regardez ceci qui tourne sans fin ! Regardez ce nuage aplati ! “
Vous vous moqueriez sans doute, comme vous le faites lorsque quelque chose échappe à l’ordre du monde.
Et peu à peu vous vous inquiéteriez. “ Enfin, quand ceci va-t-il se terminer ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Pourquoi ne nous a-t-on pas prévenus ? “
Vous auriez désormais la nausée, vous perdriez pied, vous vous accrocheriez à la moindre pantoufle. 
Enfin vous vous lamenteriez “ Oh nous aurions dû lui témoigner notre gratitude ! Force implacable tu nous manques tellement ! Nous ne savons pas vivre sans toi ! “
Et il n’y aurait plus de couleurs, et il ferait nuit tout le temps, et le Soleil deviendrait une énorme étoile, et la Lune s’éloignerait encore plus rapidement, et toutes vos inventions deviendraient obsolètes. 
Je suis la garante de votre normalité. Jamais vous n’osez même y penser.

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