Il faisait nuit. Il faisait chaud.
La nuit était chaude.

L’humidité de l’île faisait friser mes cheveux.
Son ardent soleil faisait dorer ma peau.

C’était à l’autre bout de mon pays.
Des buildings éclairaient le ciel.
Une paire d’yeux bleus me regardait.

La musique retentissait longuement.
Le bruit du liquide versé résonnait.
Une lourde expiration me réveilla.
Le son d’un souffle bestial.
Mon cri fut muet.

Je ne.
Pouvais.
Je ne pouvais plus.
Bouger.

La torpeur m’avait saisie.
La terreur me pressait.

J’étais seule face à un souffle.
Des mains. Un corps.
Seule. Sale. Silencieuse.
Coincée dans la nuit chaude.

Je suis née dans l’attente. J’ai creusé des trous dans la pierre en quête d’une vérité. J’ai tricoté des pulls et des écharpes pour demander pardon. J’ai vu des oiseaux peureux, ils l’étaient à peine moins que moi. J’ai hurlé Gare aux loups ! ça n’était pas vrai. Ça n’était pas les loups le danger. J’ai respiré plus fort et plus vite en pensant à des fermes désertes, aux creux de vallées spéciales.


Liste de ce que j’ai désiré
o Un essoufflement
o Une main dans le ciel
o Un plus petit nez
o Quelques espacements
o Des bouches tendres


Liste de mes paysages :
o Un ruisseau dans les Pyrénées
o De l’herbe séchée par l’été
o Des baskets blanches et un jean rose
o Une couverture à carreaux couleurs chaudes
o Une messe le 24 au soir avec de la neige dehors

J’ai absorbé couleurs et chants en tout genre. J’ai prié différentes fleurs dans différentes langues. J’ai soupiré au soleil et beaucoup attendu que les questions cessent. Désormais j’attends moins, et je ris plus.

Envol de la chute

Quand le cœur me fit comprendre
ce qu’aucun ne put mieux faire,
j’ai laissé la douleur se faire maître
et passé le relais du combat.
Dans un nuage de tempête,
est tombée une pluie de fer,
les éclairs d’argile, 
répandus en miettes,
ont dessiné mon trépas.
La maladie en moi s’est fait rivière,
l’égo fût emporté par les flots,
nous avons creusé au stylo à bille
les sillons d’un avenir apaisé 
pour repartir tranquille
les organes rouillés
mais encore loin du tombeau prophétisé.

Elle a passé son temps à chercher sa place
Et à douter de tout.
Elle a tourné à droite, à gauche.
Elle a fait demi-tour,
Elle s’est perdue.
Elle a couru dans tous les sens
Avide de rencontres, de sensations.
Elle s’est cramé les ailes,
Cramé le cœur.
Elle a voulu qu’on l’aime
Par tous les moyens.
Elle a cherché à plaire à tout le monde,
À remplir le vide.
Elle a embrassé, caressé, aimé,
Serré dans ses bras.
Elle a perdu pied.
Elle a cherché à comprendre.
Elle a senti la colère monter.
Elle a laissé les émotions l’envahir.
Elle s’est cherchée partout,
Elle ne s’est pas trouvée.
Elle a essayé de tout son être.

Et puis un jour elle a donné la vie.
Elle a nourri, lavé, habillé, endormi.
Elle a bercé, consolé, cajolé,
Serré dans ses bras.
Elle a porté sur ses genoux.
Elle a respiré leur odeur,
Caressé leurs cheveux.
Elle les a couverts de baisers.
Elle s’est fâchée de temps en temps.
Pas beaucoup.
Elle s’est inquiétée.
Elle a mis la main sur leurs fronts pour mesurer la fièvre.
Elle les a regardé dormir.
Elle a chanté des comptines.
Elle a lu des histoires.
Elle a noté les mots d’enfant dans un cahier.
Elle a fait des lessives.
Elle a préparé les repas.
Elle a organisé des anniversaires.
Elle a écouté, souri, regardé tendrement.
Elle a aimé de tout son être.

Elle me prévient 

les relations préexistent, 

elles révèlent la matière et le vivant.

Le réel s’incarne.

Et puis quoi encore ?

Elle me chuchote que l’isolement tue.

Sans liens, l’enfermement devient angoissant. Notre réel est fait de fils de relations, d’entraide, de solidarité.

Et puis quoi encore ?

Elle me crie plus fort

attention au besoin de confort !

il asservie nos relations ; celles-ci sont remplacées par des interactions. Des interactions-ressources qui nous éloignent des autres et de la nature, mettent des barrières.

Nos relations s’appauvrissent en devenant interactions.

Et puis quoi encore ?

Elle prétend qu’à trop les appauvrir, elles deviennent virtuelles. Le virtuel est la fin de l’humanité des hommes et de la nature de l’humanité.

Et puis quoi encore ?

Elle affirme que la mondialisation de nos échanges – accélére et démultiplie nos interactions ressources – l’être tombe dans un coma relationnel – envahit du vide de ses journées bien remplie.

Et puis quoi encore ?

Elle propose d’expérimenter une pause – faire le point – le trie – d’introduire une petite pincé de poésie, de solidarité, dans ses journées et de le partager…

Et puis quoi encore ?

Je me répète -tous les jours-
Le monde est long
Mes bras sont courts.
Je ferme mon cahier,
j’éteins le son.
Et puis, alors ?

Je me répète -toutes les heures-
Le vent est fort
Mon âme est souple.
Je frappe ma tête,
je coupe le son.
Et puis, alors ?

Je me répète -de chaque instant-
Les étoiles ne sont pas des étoiles
Mon corps n’est pas mon corps.
Je vide mon cœur vide,
j’éteins à nouveau le son.
Silence. Silence.
Et puis,
alors ?

Ce qu’on a traversé et ce qu’on traverse encore, le souffle et le saisissement. L’inverse de l’oubli se trouve dans ce recoin, là précisément où nous étions hier, le jour d’avant, il y a dix jours, il y a dix ans. J’arpente la campagne ou je ne l’arpente pas, qu’est-ce que ça change, je l’ai tellement arpentée. Je me fuyais dans l’arpentage et pourtant je me trouvais. Est-ce que j’ai encore besoin de ça, de me trouver ? Je préfère me perdre aujourd’hui, dans des voies moins claires, dans des noms moins étroits, des noms qui laissent la place au hasard. A moins que ce ne soit l’absence. Je me perdrai encore demain, sans me chercher, seule ou avec un, une autre, un regard me poussera dans le dos sans que je m’en aperçoive et je me verrai hier, le jour d’avant, il y a dix jours, il y a dix ans, je me verrai et pourtant invisible. Je me saurai sans vraiment me reconnaître. Je forcerai le pas pour me distancer. Comme j’ai toujours fait.

Libres

Je pense souvent : le temps –
cette invention stupide
ronge tout,
soi et
les autres avec

Et ?

Je pense souvent : il s’en fout
le temps
il file
il s’en fout
des traces
des êtres
des hiatus
de ses affres

Et alors ?

J’en viens alors à penser : les signes,
les mots scandalisés
c’est çà
qu’ils lui jettent
en pleine figure
sur les pages
leur pouvoir :
l’arrêter
le stopper
le ligoter sans démesure

Et alors ?

Je pense encore : il faut écrire
tout
absolument
tout
pour figer le soi
disant
le soi dit
en passant

Et alors ?

J’en viens même jusqu’à penser : c’est la seule façon
de se battre – les mots
ils finiront bien
par réduire
éphémère et éternité
à néant
ils finiront bien par le tuer

Et alors?

Resteront les grains de sable éparpillés
Libres

Et alors ?

Quoi ne rien dire

J’ai l’âge de porter un enfant
Un morceau de gigote tiède qui serre mon doigt
On me l’a posé dans les bras
Trimballe ses yeux de girouette

Je n’avais jamais osé avoir l’âge de porter un enfant
Je décidai maintenant de le faire
J’eus délicatement l’intime conviction que c’était là
Qu’il fallait que je le fasse

J’en avais enfin 
Comme ça, comme une nécessité
L’envie de

Laissez-moi porter ce petit truc
Cette espèce de machin apeurant

Je saurai quoi dire
Ou quoi ne rien dire
Je pris ces petits pieds
Il prit mon petit doigt
Je …
Il …

Parcelle

Mon dos a mal depuis des siècles 
Ce n’est pas moi qui souffre, c’est mon dos
Mon dos est tourné vers le passé endolori 
et c’est ainsi

Ma bouche ma bouche ne connaît que la tienne
Elle ne connaît que la tienne et elle rêve de baisers
qui durent
toute la vie

Comme tout le monde mon cou craque
cric croc
il me croque 
jour et nuit
craque avec les fissures du plafond au dessus du lit

Mes pieds ah mes pieds
sont des racines je suis un arbre parfois

Le vent dans mes cheveux
a comme un air de souvenir

Mon ventre toujours en feu
pour toi pour lui pour elle
pour une pelletée de terre arrachée
là bas

Et mes mains
ne sont pas les miennes, mes mains…
Je les regarde et je ne sais
pas 
quoi
en faire.