poeSIe 14

J’entends le souffle des démons 

Ils nous asphyxient

Nous tétanisent 

De leurs annonces sépulcrales

Je me dis qu’il reste le bahut et la boge

Je me dis la puberté 

Et alors ?

Sous leurs capuches

Des forces beaucoup plus vives que tous leurs octets

Je me dis la nouvelle matière grise

Et encore ?

Ils textotent en boucle

Ils se débattent aussi dans le fake

Mais leur conscience est au cordeau 

Et donc ?

Je me dis qu’ils ont des esprits mordants

Que le chaud engourdit leurs frayeurs

Qu’ils retourneront les systèmes 

Et demain ?

Je me dis que dans leurs mondes

Les zébrures sont fleuries

Les digues cèdent 

Les ponts filent

Et aussi ?

Je me dis qu’avec eux on trouera tous les mépris 

On percutera le cupide

Les fabricants de la surchauffe générale

Le burn-out terrestre 

Je me dis

Que la rage de vie aussi se dégaine 

En prise de terre des forces tendres

Les jeunes torpillent le tout silicon

Les vieux replantent les vergers 

Retournement de la vallée 

Du côté face 

Côté vivant

Je me dis 

Remise en jeu 

J’utopise

Mais ils vigoureusent tant

Les chapeaux blancs des hackers

Allez 

Reset ?!

Mes fleurs en papier s’épanouissent 
Elles prennent toute la place 
Elles attendent le grand jour
*
Les fleurs du jardin sont rose fluo
Et les rares roses d’un rouge lumineux 
La pelouse est verte 
Mes rêves et mes regrets y courent dans l’ombre 
*
Il y a des affaires mal rangées dans l’appartement déjà trop petit pour nous deux
pour nos espoirs et nos ambitions
Nous sommes matérialistes 
Parce que nous plaçons trop d’espoir dans les objets 
Comme des pièces de puzzles pour compléter un vide intérieur 
*
Il faudrait plus de murs pour nos tableaux et nos fresques et les sculptures que nous ne possédons pas

Pour l’instant les baies vitrées et le canapé que tu n’aimes pas restent là 
Et j’arrive certains matins à trouver une chambre à moi pour écrire
*
Tu as peur de tomber de ton piedestal
Mais ça ne risque pas d’arriver 
J’en fabrique régulièrement 

Tu dors dans notre chambre et j’écris que j’ai envie de venir prendre ta main
*
Cette nuit tu as embrassé mon tibia, j’en suis presque sure
C’était bon de se sentir adulée
*
Comment nous confectionner des cérémonies où tu ne t’absenterais pas 
Pour rejoindre le gouffre des angoisses
*
Je cherche des vêtements qui te fassent oublier tes vieux fantômes, 
Il faut que je prenne garde à ne pas me couvrir d’un drap blanc
*
J’aime mieux l’appartement quand j’y tisse des textes 
*
J’habiterai là où tu m’emmèneras 

Ma seule façon d’être indépendante c’est avec toi 
*
J’ai peur des autres filles et je suis possessive 
*
Je voudrais que nous nous passions de la science
*
Je ne sais pas si notre amour est conjoncturel ou structurel 

J’aime quand nous jouons aux devinettes

Je ne saurais pas écrire tes rêves 

Pourtant je connais bien les histoires que tu te racontes, tes petits contes de fées
*
Je t’ai choisi car nous rions des mêmes choses 
*
Et parfois non et c’est très bien ainsi 

Nous sommes deux narcisses qui ont fleuri dans Paris avec des pétales vaniteux
*
Je t’entends soupirer dans la chambre et je me demande comment rendre ton réveil le plus joli possible 
*
Je me demande si toi aussi, tu prends parfois le temps de créer et si tu me comprends

J’espère

murmure moi
que notre histoire est possible


une fois revenue à la maison, lieu sûr de ton absence
je me gorge
de pastèque
en pensant à      toi

mes dents strient le fruit rouge et croquent les pépins noirs
le jus dévale mes mains, mes bras et trace un sillon
jusqu’aux coudes
je pense à      toi

murmure moi
que notre histoire est possible
qu’elle n’est pas impossible


cela faisait combien de temps que je ne t’avais pas vu ?
tu apparais toujours au moment où nous allions disparaître
Léonor et moi

ton visage _____ton visage dans l’habitacle de ta voiture,
tes cheveux bruns dans lesquels je rêve de plonger mes doigts,
le toit panoramique ouvert et ton coude sur le rebord de la fenêtre
bouillant

en te reconnaissant
mes pensées trébuchent sur le trottoir

tes yeux _____tes yeux qui sondent l’espace
le béton mou, les maisons bleues
arbres au vent et fleurs assoiffées
à quoi penses-tu ?

murmure moi
que notre histoire est possible
qu’elle n’est pas impossible
même si ce n’est pas dieu possible

je pose ma main sur le dos de Léonor,
et lui souris pour masquer mon embarras
ta voiture nous dépasse mais tu t’arrêtes au feu
et je me trouve dans ton rétroviseur,
tu as posé ton regard sur le miroir

et je ne sais pas quoi faire de
mon reflet
dans tes yeux

murmure _____moi
que notre histoire est possible
qu’elle n’est pas impossible
même si ce n’est pas dieu possible
je hais les dogmes mais porte Marie à mon cou

je sais où tu te gares, dans ce même petit parking
en bas des escaliers je te vois, tu places ton enfant dans tes bras,
fermes ta voiture que tu as mis en vente sur un site hier

murmure      moi

murmure      moi

je pourrais te contacter, accès direct à toi par écrans interposés
je pourrais être intéressée, vouloir venir la voir en vrai
entrer      chez      toi

ta maison que j’imagine grande, le jardin aussi
le prétexte d’une voiture à acheter, dernière chose qui m’intéresse

pour fouler ton portail
sentir le poids de tes graviers
frôler les pierres chaudes de ta maison
respirer l’odeur du lierre
fraîchement       arraché

murmure      moi murmure      moi

nous allons nous croiser dans quelques pas,
je ralentis pour ne pas te rater
mais je détourne le regard, je n’ose pas
dès que je sais que c’est toi, je      m’estompe
je m’ignore à moi même alors

murmure moi murmure moi
que notre histoire

que notre histoire
n’a pas encore commencé

Une tasse de café 
percute le matin

*

partir ne disait 
pas encore
ton nom

*

on ouvrira 
les volets
on plongera 
dans l’étang 
le lierre était froid 

*

une masse
une main
un sac de pierre
le mur tient

*

les oiseaux disent
se taire rend
plus mort

*

sortir

*

les poubelles
le verre
plier les mots
les rêves
les sons pilés

*

écrire

*

dans les draps 
un bruit un
battement d’aile 

*

presque rien

*

un coup d’été 
dans l’aube

fragments de voix dans le regard

le café est tiède ce matin
je le bois quand même
avec la seule conviction
que c’est moi qui l’ai abandonné

*

un geai sur la branche
me regarde
comme s’il savait quelque chose
que je ne sais pas
je me dis que je ne sais pas grand-chose
*
la plante sur l’étagère penche légèrement
elle se sent observée
je vais aller voir ailleurs
dehors les lumières valsent entre les
branches
tout finira par verdir

*

dans la rue quelqu’un a crié
j’ai cru qu’on m’appelait
j’ai répondu en silence
ma voix n’est pas mon regard
rien n’a changé

*

le téléphone vibre pour rien
quelqu’un que je ne connais pas
effleure l’écran
ma peau n’a pas envie de frôler ce vide
*

mon oreiller garde la forme de ma
tête
preuve que je suis encore en
forme

*

j’ouvre la fenêtre
une poussière entre
elle ne pose pas de questions
elle répond à ma profondeur

*

je me dis que je devrais écrire
mais je n’ai pas le courage de me

d/lire

*

dans le miroir mes cheveux hésitent
ils ne savent plus quoi faire de moi
et je rêvasse
je vois les tiens s’y emmêler

*

une lumière traverse le rideau
elle n’explique rien
et je ne sais pas pourquoi
elle insiste doucement

*

un souvenir m’a frôlée
puis s’est perdu
je n’ai pas couru après
peut-être que je ne saurai jamais ce que j’ai
oublié

*

le silence fait un bruit trop net
aujourd’hui
je l’écoute il est là
je suis une animale qui attend
tombée dans un presque
sorte d’endroit flou
ce presque
où je tiens debout

*

Beaucoup question de cristal cette semaine. Il fallait que je retrouve.
C’était dans quel Breton déjà ? Je n’aurais pas dit. L’Amour fou. Pourtant
Brassaï dedans, les cubes de sel gemme.

*

Et après rien avoir. Vigny, son diamant pur. Le cristal.

*

Crevée de chaud j’espère que des glaçons me tombent sur le sommet
du crâne quand j’ouvrirai la porte du congélateur. Manger boire un du
sorbet. Je ne sais plus.

*

Apercevoir les titres.
Pourquoi les hommes ne fondent-ils pas pendant les épisodes
de fortes chaleur et leur violence. Pourquoi tout ne s’écoule pas d’eux
Quelle réaction physique chimique ? je ne sais pas, les solidifie
encore plus sans les rendre forts. Sans rien cristalliser.
Et mettre la tête dans le solidaire non.

O.K

ouvrir la bouche sans s’écouter parler, pour une fois
dire ce qu’on a dire, être ce qu’on est
en sachant très bien pourquoi, lui en coller une.
*
ok il n’y avait rien à faire
ok dans cette ville étrangère
ok tu étais solitaire.
*
cette immensité de personnes
où l’amour pulse, sans faiblir
le rythme des mots diffère
des discours harcelants, aplatis.
*
été 2025. stratégies pour se voir
tu le sais, ça tourne à l’amour,
des champs de blé trempés à l’eau, au vent de nos histoires irréelles.
*
au-dessus de la nuit, ma main sur ton muscle
le chemin de ma pensée qui s’agrandit et qui imagine
à ta droite, ta meuf.
*
au matin, me sourire, m’embrasser, préparer le thé
le visage incolore sans aucune attente de retour, je suis très calme
sur les vitres une humidité qui débute, qui s’installe.
*
au-dessus des vies passées, des persistantes insomnies
des sécheresses à venir, des tempêtes communes
là-dessus des montagnes russes, des fins de phrases qui s’échappent
des corps chauds qui grimpent, prient en otages,
ce sont les légers souffles de mer
bourdons, hirondelles, pierres chaudes
et pluies d’automne
ce sont les prières qui parfois reviennent dans nos rêves
et l’espoir, et l’espoir
c’est le corps derrière la vitre qui regarde et qui dit : autrefois avait été mon pays.
*
ok j’avais le cœur à l’envers
ok tout ça n’était qu’un jeu
ok on jouait avec le feu
ok on s’est pris au sérieux (…)

quand elle s’endort Alejandra tombe directement dans un fossé noir lisse noir glisse contre les parois dont la température est parfaite. elle est une pâte de dentifrice dans un tube noir et elle aime ça. elle descend elle se dissout Alejandra en même temps que les médicaments dans l’estomac de Flora se trouve assise en un battement de cils à une table de fête. il fait très jour. sur le plateau recouvert d’une nappe sucré salé du thé du vin du monde et l’on bavarde gaiement. Flora rayonne.
– Excusez-moi, pouvez-vous me passer le sel ? la voix vient de derrière mais lorsqu’elle se retourne, Flora ne voit personne. devant le monde et derrière des tables nues. Au loin une ombre passe. Flora se penche et fronce les sourcils pour y voir plus clair mais c’est toujours la même brume qui entoure la même ombre
qui passe et repasse dans un sens puis dans l’autre. Flora s’en désintéresse. elle se retourne face à la table et le monde a disparu. l’ombre n’est plus qu’une épingle dans son dos. elle avance la main pour prendre le sel malgré tout – pourquoi ? pour qui ? – et s’aperçoit que sa main n’est plus la sienne. elle est trop blanche et les veines sont trop bleu outremer. il faut dire que le soleil tape particulièrement fort sur cette plage et Flora s’évente frénétiquement avec un éventail trouvé dans le sable.
– Vous avez raison. L’eau est trop salée, dit la petite femme potelée aux cheveux courts à ses côtés. quel âge a-t-elle ? elle pourrait avoir tous les âges.
– Voyez-vous, je suis peintre. C’est encore de loin que je préfère la mer. Flora ne répond rien. sa bouche est un gros chou collant duquel sort une crème épaisse inaudible. Flora n’a aucun mot. c’est embêtant, se dit-elle. elle ne voulait pas vraiment répondre à sa voisine mais soudain, ça l’angoisse ne pas pouvoir le faire et une voix dans sa tête, plusieurs, répètent, tu es un gros chou tu es un gros chou.
– Ne parlez pas si fort, s’il vous plaît, vous n’êtes pas seule ici. le dédain de la petite bonne femme est pire que le soleil.
– Allez donc vous baigner : vous êtes en train de fondre ! Flora se lève comme une automate. elle obéit. que faire d’autre ? je suis un gros chou en boucle dans sa tête et les membres collants sur le sable, tout se mélange l’eau le sel la pâte la peau l’eau est fraîche après tant d’heures sous un soleil de mort. il semble à Flora que la journée fut bonne et douce malgré tout. elle est une bonne pâte sucrée au fond. elle a une bonne consistance liquide. elle dérive à présent, Flora, au large elle est seule et ce n’est pas si mal après tous ces bavardages, après toute cette chaleur. la peintre était drôle. elle ressemblait à un jouet pour enfant. elle ressemblait à un petit garçon sadique. elle laisse l’épingle diffuser son arôme comme un sachet de thé dans l’eau, Flora, tandis qu’elle ferme les yeux. Alejandra les rouvre. il fait encore noir elle n’a dormi que trois heures. elle allume une cigarette.

Je ressasse la douleur de ma lymphe 
emprisonnée dans l’épaisseur de mon bas-ventre
juste à droite

Elle a déjà traversé la moitié de mon corps haut 
par instants elle erre
s’attarde sur le vide
tente de remplir un flacon en se vidant

Je repense à la distraction de la douleur
ces jours d’avril où l’on a rien à raconter 
où l’on force le muscle de la parole
et que l’on se soumet au langage
déchiré

Penser aux muscles à la chair à la douleur 
pour ne pas dire l’insoutenable
la bouillie insipide du quotidien 
surmastiquée 
au moins on avale

Ne pas dire l’ambiant le plein l’épluchage du bruit
ne pas dire

Cesser de rire pour rire plus fort 

Se couper les doigts 
s’empêcher de compter les déceptions 
saigner sur les paliers 
saigner sur les cartons 
saigner sur les amis 
saigner sur les couteaux 
maintenant je compte mes déceptions sur mes couteaux 
sur les lames de mes couteaux 
responsables de ce qu’elles tranchent
des plaies superposées 

Difficulté à rencontrer des corps intactes 
non imprégnés de secrets très rouges 
qui une fois confiés déteignent sur les poèmes 
figés dans les croûtes

Je me suis égarée dans la douleur 
je n’avais pourtant rien à prouver 
rien à éprouver 

Je vieillis et je sombre 
je revis les contractions de ma mère lorsque je naissais 
cinq heures de contractions 
cinq heure et la douleur 
Je n’avais pas de doute 
pas de honte
pas d’insomnie 
Juste cette sensation affreuse d’être forcée hors du monde 

où est-ce que je me tenais avant d’entrer dans celui-ci 

Juste la sensation que quelqu’un s’est énervé 
que quelqu’un m’a rejetée 
j’étais grise 

Je voulais vieillir plus vite 
je veux dire 
je voulais grandir plus vite 
prouver plus vite 
et m’excuser