Je
est une bile, crachée
dans le crachoir réfectoire de nos plaintes. 
Je est un immonde crachat épais,
immonde crachin de nos reins.
Cette épaisse œuvre visqueuse, ce vile miasme…
Drache ! 
C’est le projectile de ta bouche que tu n’entrouvres qu’en moue détestée. 
Tu baves du vide, tu rejettes du vide 
que même tes poumons méprisent. 
Tu n’es rien. Tu es sordide. Tu n’est qu’un crachat gluant.
Certains crachoirs sont en argent. 
Érigés en colonnes de bave, vaillantes tours 
aux pourtours pollués de jets élastiques. 
Nos fières muqueuses coulantes 
y sillonnent et dégoulinent en splash répétés:
chaotiques tac dans ce vibrant réceptacle d’argent. 
Et pendant que nos mentons s’huilent de cette bile tenace
que la bave blanchâtre inonde nos lèvres
Recevons ce respectable vide méprisable.
Une pluie fine bruine de toi. 
Détourne le visage, déleste-toi.
Car ta gueule est déjà un rejet d’écumes.

Un fragment de miette est une miette. Le fragment s’émiette en multitude de miettes.
La trace d’un reste hante la miette comme le souvenir d’une trace brisée. Comme le reste
d’une substance qui suppose sustenter.
Persiste


Je me nourris de miettes. Le rien me comble. La mémoire d’un plein désormais vide
m’occupe et me déborde : abondante liqueur creuse…
Elle absorbe et râcle
Elle est la bile qui ronge l’envie alanguie


Elle est l’attente latente qui demeure à ma fureur
Qui m’écrase et m’appesantit
dans un entre temps qu’aucun système n’établit.


Eclate.


Suppurante plaie, rauque abcès s’écoulant d’une lenteur immodérée
Purulente. Dégoulinante. Trou en décomposition – consume.
L’abcès vit dans la plaie.
Alors la moisissure s’enracine. Alors d’invasives tentacules dénudent mes organes, me
possèdent : je moisis.


Et préfère la trace à la présence.
Et préfère rien. quitte à en perdre miette