méfiez-vous
on est ce qu’il y a de pire
méfiez-vous
on offre à l’ego l’os qu’il se ronge
méfiez-vous
on compose le tableau de nos scènes internes
on se peint ventre sur toile
on se mire dedans on se vomit on se flagelle d’avoir vomi on reproche à l’autre d’enfanter par la bouche sa propre toile d’enfanter ses couleurs d’enfanter ses formes d’enfanter ses chairs d’enfanter ses fluides
méfiez-vous
on ravale nos couleuvres et elles s’agitent dans nos tripes
alors on avale les rats qui les nourriront et les panses se gonflent comme après la mort
méfiez-vous
à se peindre sans cesse on oublie d’exister
Catégorie / Ananda Brizzi
Fatigue
la fatigue est une mauvaise herbe
elle pousse partout sur le corps
on l’épile à la cire
pour détruire les racines
la fatigue est une fleur de nuit
elle est fermée le jour
et s’ouvre à l’orée des rêves
pour les laisser dire
la fatigue est un tsunami
elle se répand toute en nous
remplit les poumons d’eau
immobilise les sens d’eau
la fatigue est une eau fraîche en été
elle régénère
elle hydrate les pensées
et alors on revient
réveille-toi le matin et endors-toi le soir
veille la nuit si les mots te l’ordonnent
couche-toi le jour si ton corps t’en supplie
écoute les
écoute toi
écoute la
L’endroit de la colère
La colère n’a pas besoin d’un endroit
elle est l’endroit
c’est l’endroit de la colère
on parle parfois de son envers
mais peu de l’endroit
l’endroit de la colère est épineux
c’est une maison remplie de cactus
c’est une chambre remplie d’aiguilles
on s’allonge sur un lit d’aiguilles
on repose sa tête sur un oreiller d’aiguilles
l’endroit de la colère est rouge
ce sont des murs couverts de rouille
c’est une carafe pleine de sang
on remplit son verre de sang
on boit le verre de sang
L’endroit de la colère est froid
c’est un sous-bois humide
c’est un abri de taule
on s’assoit dans l’eau gelée
on respire la moisissure
l’endroit de la colère est infini
ce sont les canalisations d’une ville
c’est un tourniquet incessant
on construit nos vies sur ce tourniquet
on élève nos enfants sur ce tourniquet
l’envers de la colère n’est ni plus
ni moins non plus
que son endroit
L’endroit de la colère est étroit
c’est un ascenseur bondé
c’est un placard fermé
on est enfermé dans le placard
on respire notre colère