Ce matin-là elle s’est réveillée, 

Ses cheveux avaient été coupés

Elle n’a jamais su par qui.

Quand elle s’est croisée, la pauvre

Ils se sont dressés sur sa tête 

Ça a fait des courants d’air

Et d’électricité.

Son mari, qui était chauve

Lui a dit m’enfin

De quoi tu te plains

Ils repousseront, tes cheveux,

Et sûrement même bien mieux.

—Faut dire qu’elle n’était pas très bien coiffée

Sa coupe était plutôt ratée—

Mais la malheureuse a répondu 

Belle ou moche, n’empêche

Personne n’a envie

De se réveiller un mardi 

Avec une tête pas choisie

Ça fait des pellicules

Et des ch’veux gris.

Un lac et un torrent
Parlementent sous la pluie
De qui prendrez-vous le parti ?

—Moi, je suis calme et avisé,
dit le lac
L’été je clapote
Et l’hiver je me glace
Mes ridules de sagesses
Sont souples et douces 
comme la peau du lait.
Quant à toi le torrent 
Tu ne vis que dans l’instant
Ton flot vif-argent
N’est que babillages
Il discourt dans son lit 
Sans jamais s’apaiser

Et le torrent contrarié,
Ne manque pas de rétorquer
—Pour moi, pétard,
Tu n’es qu’une flaque d’ennui
Un vrai puit à potage 
Un coup de chaud 
et tu t’assèches,
Vieux crapaud
Dans ton fauteuil bourbeux

— Je boue pas, j’érode
Fripon insolent
Retourne donc chez ta mère
Dans les tréfonds de la terre
Ça nous f’ra des vacances
Tes enfantillages nous épuisent
Nous les vieux 
Les gardiens de ces lieux.

— Comme tu voudras,
Se rengorge le torrent
Mais je gage que sans ma course
Jusqu’à ta vase
Tu désemplisses à grands pas.

Aujourd’hui
Ou peut-être Hier
Elle prépare ses affaires
Elle inventorie
minutieusement
Pour ne rien oublier
C’est impératif
Les médicaments
La trousse de toilettes
Deux pyjamas
L’étui à couture
Un jeu de cartes
Le vernis pour les pieds

Il viennent la chercher 
Aujourd’hui 
Ou peut-être demain
Elle ne sait pas où elle va
Ni quand elle reviendra
Peut-être est-elle revenue hier
Mais parce qu’elle ne sait plus
Elle emballe
Ses breloques
Ses reliques 
Et tout le toutim.

Elle voudrait emporter 
Rien 
Elle voudrait juste s’endormir
Et se réveiller
Jamais
Mais parce qu’elle ne sait plus 
si c’est déjà fait
Elle emballe
Tout le nécessaire
C’est son grand qui vient 
Non pas le grand
Il est mort
L’autre, le cadet
Sa fille elle ne sait pas, si loin
À quelle heure déjà ?

Dehors les arbres 
se balancent
Ils agitent leurs gros doigts
Allons donc, disent-ils, prépare-toi
Elle ne sait plus trop pour quoi
Elle ne sait plus grand chose
Tout ce qu’elle espère
C’est que son mari est mort
Et qu’elle était là.

On n’en sait
ni la source
ni la nature
honte d’être là
honte d’être soi
honte d’être
honte d’avoir honte d’

Est ce qu’un nouveau-né
a honte d’être né ?
Est ce que ça s’apprend ?
Est ce qu’un embryon
la connaît ?

#
Elle flâne
comme une haleine fétide
arrière-goût de terre
blêmes subterfuges

#
Tenace
elle
frelate les sentiments
joie et douleur se fondent

le rire prend
le teint salé des larmes

La fierté, le masque
de la vengeance

la victoire se tord
En ricanement