Cette nuit j’ai rêvé dans le corps d’un bateau

Cette nuit j’ai rêvé dans le corps d’un bateau.
je me suis sentie vide jusqu’à midi,
le poids de mon propre corps insupportable avant qu’il
ne soit rejoint par celui des autres.

louée j’ai fait trois fois la même boucle idiote,
j’ai semé le circuit du plantage son moulin
et les longue girafes du zoo
j’ai rêvé d’être coupée en deux à chaque traversée de l’Amstel,
le fleuve comme un couteau.
j’ai buté contre la même péniche et sa propriétaire,
peinte et lustrée comme un dictionnaire,
a hurlé.
dans le PVC-miroir j’ai eu l’impression de m’abîmer moi-même

j’ai porté des vieux des jeunes des cravates des baskets.
j’ai senti les bulles du mauvais champagne s’écraser
sur le mauvais cuir,
le mien ma peau leur fête.
par leurs bouches j’ai parlé français allemand et russe.
au creux de moi il y avait l’eau du canal
et celle des larmes et les bulles
et l’urine qui n’avait pas été projetée en dehors des hommes fontaines.

j’étais la ligne dure qui sépare les liquides,
celle qui donne l’illusion du haut et du bas.
mais au réveil, j’étais sèche de transports.

Toi, tu n’es qu’un module de réservation
qui affiche complet pour les mois à venir
Tu es la pâle page web
qui joue la blanche indisponible
Tu es la boîte de réception vide
qui attend les invités de la fête
Tu es l’auto-reply bilingue
qui traduit ton absence dans toutes les langues

Tu es le signal électrique
qui éloigne ta réalité de la mienne
Tu es le corps dépossédé
qui physiquement n’est qu’une main
Tu es ce bureau de bois pâle
qui t’étreint davantage que je ne le ferai jamais

Il est serré contre tes genoux
là où se lovent les amants
Il n’y a plus de place pour nous
dans ton monde tout est plus grand

Liquide

Premièrement,
Le ciel qui se lève,
Une heure après moi.
Le volet dévoile le blanc des nuages,
Comme une jupe qui glisserait sur ta jambe
Nue.

Deuxièmement,
Le velours du canapé
Comme une mer étale :
Je me noie volontairement.
S’allonger à peine levée c’est un peu
Déjà accepter de mourir.
J’ai soif, l’air est salé.

Troisièmement,
Le café coule sur la table
Quand la main tremble, bête,
Parce qu’elle n’a pas assez écrit.
Le tsunami brun des matins gâchés
Je nettoie et je pars :
L’éponge c’est moi.

Quatrièmement,
Les pas automatiques, silhouette téléguidée
Comme les bateaux du Luxembourg.
Neuf-cents mètres jusqu’au canal.
Les bouteilles de bière sur le quai
Me rappellent qu’avant le matin il y a la nuit.

Cinquièmement,
Le fantôme de ma mère, liquide
Cinq appels manqués dans l’eau :
Spectral spectacle cellulaire.
Le téléphone a-t-il sonné hier
Ou bien était-ce le réveil ?
Dans le doute, je ne rappelle pas.

Sixièmement,
La cannelle dans la bouche,
Roulée comme du mauvais tabac :
Je vais à la boulangerie pour avaler
Autre chose que mes regrets
Au petit-déjeuner.