ce sera un soir
mes ongles crisseront
sur le bois ou le gravier
les oiseaux dormiront
au creux de haies drues
qu’on aura enfin décider
de laisser fleurir
sauvages
vous ne m’attendrez pas
car vous aurez cessé
de m’attendre
j’ouvrirai la porte
les mains tordues
séchées par l’oubli
et je vous regarderai
droit dans
la langue

ce sera l’heure du café
vos dents marrons ou trouées
ouvriront des mondes
enterrés sous la surface
vous n’aurez rien à crier
et tout à pardonner
de vos bras pendus
au ciel d’acier trempé
vous me montrerez
nos terres englouties
par l’aigreur des nuages
et le long de nos trachées
le silence sortira brut
de son nid
gangrené

ce sera un matin
mes jambes écorcées
aux racines arrachées
longeront fiévreuses
vos îles-talus
vous me parlerez d’un temps
où je n’étais pas née
quand vos champs
brillants
buvaient encore
la lumière
et vous donnaient
de quoi manger
vous reconnaîtrez
enfin les brulures
et les trous creusés
à même la chaire
argileuse en surface
granitique en profondeur

ce sera l’heure du vin
vos mains de grés
que j’ai tant cherché
à ensevelir
trouveront
dans le vent d’avril
un chemin jusqu’à
la mousse trouble
de mes bajoues
nous ne porterons plus
la honte
d’avoir détruit l’envers
et l’endroit de nos vies
nous existerons
pour de bon
en marécages

Connard boréal

Ce sera l’hiver 

Devant l’âtre d’un feu vidéo 

Ou peut être l’été

Ventilo + âme dans le dos 

Dans la touffeur d’un mardi 

Sous un ciel sapin grillé 

Tu ne voudras pas y croire 

L’autre aura arrêté tout cuit 

De respirer

Tu seras relâchée 

Les cils en barbelés 

Éloignant tes yeux bruns momie

De ce maintenant 

Où tu n’auras plus jamais 

Le temps 

De lui 

D’être 

De dire                          POURQUOI

De pardonner 

Tu colleras tes mains 

Sur le rebord de sa vie

Tu y chercheras

Les oiseaux les traces 

Du printemps 

Toujours absent            CONNARD

Tu as souvent pensé 

Qu’avaler du vert 

Ça t’ouvrirait un peu

Les boyaux le bide à l’air 

Mais les marques

Ont la couleur boréale

Du temps qui passe

Entre le dégel et la glace 

Elles ne se voient pas 

Ça ne se dit pas

Qu’il il il il il                   T’   A(S) FAIT ÇA

Tu seras là plantée 

Larmes cendrées 

Rouge à lèvrée

Du noir de sa suie 

Tu auras 

Six ongles de pieds

Déjà sous terre

En vigies-nature

De sa lente décomposition

Et dans le talkie-walkie

De ta sève éclatante 

Tu entendras 

Il est mort 

Disparu 

Effacé 

Toi tu vivras 

Tu auras une bouche

Pour crier

tout haut et vert 

Que pardonner

= impossible 

Tant qu’ils n’auront 

Pas compris

Que c’est aujourd’hui

Espace-Temps-Ici-Maintenant 

Qu’il faut casser

L’odieux bruit blanc

Le silence assourdissant 

Tu grandiras enfin 

Mains et épines tendues

Vers les nuages carbonneux

Tu seras immense et lourde

Un phare de chaire retrouvée 

Dans la tempête de ton monde 

Tu seras une forteresse

De fleurs d’eau de sang

Il sera loin le temps 

Des années sans printemps 

Où il était là 

Où ils ne comprenaient pas 

Ces ils n’existeront plus 

Avalés par le monde nouveau 

Dont tu seras l’un et l’une 

D’un peuple taïga tropicale 

Fait de briques et de chocs 

De ciels d’aubépines roses

Et d’amours pleines et justes

Garde-espoir ce soir pétard

TA PAROLE EST EN CHEMIN