J’ai boutonné ma veste, le menton bien baissé, tu as répété je ne sais pas comment faire, autrement et moi ça m’a désertée, j’ai hoché la tête comme une gamine qui fait semblant de comprendre, j’ai hoché et je suis sortie.
J’avançais d’un pas pointu. C’était violent, efficace, ça m’arrangeait ouais.
Hier j’ai eu la même conversation, avec un autre, il a dit un truc similaire l’amour en moins. Et j’ai senti juste entre mon coeur et tout le reste en-dessous un courant glacé, traduction non simultanée
de ce que tu voulais me dire
de ce que tu avais dit.
Donc superposition de violences
chaos enclenché.
Je t’aime ouais.
Catégorie / Delphine Arras
POUR celles et ceux qui voulaient venir
POUR celles et ceux qui ont réuni tout l’argent qu’elles et ils n’avaient pas
POUR celles et ceux qui en ont rêvé et pas seulement la nuit
POUR celles et ceux qui y ont cru
POUR celles et ceux qui y croient toujours le corps inerte traversé de tonnes d’eau salée et d’oublis
POUR celles et ceux qui ont promis qu’ils reviendraient
POUR celles et ceux qui ont voulu osé tenté essayé bravé sacrifié tout
POUR celles et ceux qui ne sont arrivé.e.s ni à bon port ni à aucun port
POUR celles et ceux qui ne sont pas venu.e.s, qui n’ont rien vu, qui ont vaincu leur peur du désastre.
Quand la nuit tombe, nous tremblons, pareil
Quand l’enfant paraît, nous exultons, pareil
Quand notre mère expire, notre cœur brise, pareil.
Les archives de la mer ont une mémoire insondable
Mieux vaut laisser de beaux souvenirs derrière soi.
Je me dis souvent
si je meurs demain
mes regrets me feront la haie d’honneur.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
une fille j’aurais bien aimé une fille.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
si c’était à refaire
je ne demanderais pas mon chemin.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
le bébé qui ne vient pas
il doit avoir ses raisons.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
il y en a qui s’aiment.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
si
alors.
Et ça change quoi ?
tes bras
le sein de ma mère
le sein de toutes les mères
le soleil au zénith et où il voudra
la vodka dans ma gorge
mon sexe autour du tien
mon corps d’après le thermomètre
le café dans le creux de ma main
la tête de mon enfant qui dort
la pierre brûlante de Matera
le frottement des corps des cœurs dans des espaces clos sombres qui n’attendaient que cela
la carte postale d’un ami perdu de vue et du reste
la buée coupable dans la salle de bain dans ta fuego
le degré celsius de nos débats inférieur à celui de nos ébats
toi ici et vous aussi
la nuit
toutes les nuits
de toute la vie
Elle dort
dehors.
Je range
Personne ne le voit
Je range
Ce désordre là
Ce n’est pas le mien
J’ai décidé de tirer au sort les jours de la semaine
Marre des impositions directes
Au réveil
Je pioche
Voilà on est mercredi
Dans le métro
Les gens s’écartent
Surtout ceux des lundis
Le mercredi je ne suis pas malade
Le mercredi je fais des choses qu’on ne peut pas mesurer
Je le fais exprès
Avant de me coucher
Je fais un vœu pour le lendemain
Dimanche j’aime pas
Y a du monde
Suffit pas de le penser
J’ouvre la fenêtre
Je gueule
On m’a fait des propositions en lettres minuscules
J’ai refusé signé là en bas de la page merci
Extension de décharge
De quoi
De tout
Pour la vie
J’ai coché oui.
Reprendre ici.
Dévisager à la dérobée.
Considérer.
Reprendre. Nuit hurlante. Fermer, la parenthèse.
Dérouter les yeux. Ausculter la main, les deux.
Inexorable, partout. Seulement.
Redresser le regard, engager vite.
Engager sans conséquence. Insister, repousser, reculer. Dépeupler.
Dérisoire.
Être concis, con, si. Assumer, assurer.
Et reprendre.
Aimer vite, bien, proprement.
Aimé proprement.
Hurler, de loin en loin.
Sourire aux portes fermées. Soulever la jupe. Glisser, imposer, retirer, oublier.
Désir. Atavique.
Point. Au bout de la ligne.
Reprendre, inverser, serrer mal, serrer tendrement mais mal.
Secouer, déranger, arranger l’eau. L’eau et la vie.
Secouer l’amant, autrement.
Cracher le rictus, laver, laver, décaper la gorge.
Reprendre ici.
Caresser sans attention, retirer l’intention. Retirer, caresser, mordre le jour et l’amant.
Séparer les yeux et le regard.
Séparer l’amant, reprendre l’amant, glisser l’amant, imposer l’amant.
Électrochoquer.
Aimer.
Reprendre. Ici.
De moi
Vous êtes loin
De savoir
Vous êtes loin
Je ne retiens rien
Les prénoms
Les hommes
Vos paroles en l’air
Et déborder me hante
Les fantômes
Déconnent la nuit
Je vous laisse, je vais me faire un café.
La joie a applaudi avec les dents
Je lui ai dit que ce n’était pas l’heure
Mon lit a monté les charges
Il est susceptible en ce moment
J’ai lavé les vitres à la hâte et à la vodka
Je n’ai pas fini ma thèse sur la cafetière
Et le soleil a encore ses règles
Mon voisin de palier refuse que les marches augmentent
Tic tac tic tac mon réveil va bientôt exploser
J’ai toujours rêvé d’être un palmier
Les déclarations d’impôt se font à la flûte stricto sensu
L’amour a mal aux pieds
Me recoucher est au-dessus de mes forces
J’aime ce que tu aimes parce que je t’aime.
Je suis l’orgasme
La vie
La fête en somme
A commencé sans moi
J’essaie de te joindre de te rejoindre
Je n’y arrive pas
Je m’en fous
J’ai le temps moi
Je suis l’orgasme
Si je débarque dans ta vie
Tu peux annuler tes projets
Remercier Éric et les autres
Te combler je sais faire
Je suis là
Ça va froisser
Les draps
La nuit
Tous les draps
Toutes tes nuits
Je suis l’orgasme
Je suis ce que l’on ne prouve pas
Je suis ce que l’on trouve
Ou pas.
« Je suis tout à vous, Charlotte », la phrase dite P.
L’auteur dit A.
P : Pourquoi je suis faite comme ça ?
A : Comme ça ?
P : Oui, je suis courte, nerveuse, inconséquente.
A : Moi je t’aime, bien.
P : J’ai l’impression que je suis ton excuse, ta dernière cartouche, ton prétexte. Et puis cet abandon à
l’autre, c’est d’une impudeur.
A : Peut-être mais j’ai besoin de toi. Tu existes parce que je rêve, j’espère, j’attends qu’un homme, un seul, celui-là, pas un autre, te prenne dans sa bouche.
P : Et ?
A : Et si ce jour arrive, ma belle, tu vas dégringoler, je vais te détester autant que je t’aime, tu ne
seras même pas une vieille relique, j’ai horreur des souvenirs.
P : Bon. En attendant, tu me fous toujours dans des endroits où j’ai froid, où il n’y a personne.
J’aimerais que tu me glisses sur un sofa, devant un feu de cheminée, j’aimerais que tu me scandes à
tue-tête sur de la musique brésilienne, j’aimerais que tu te frottes nue sur mes lettres, j’aimerais que
tu lèches chaque mot jusqu’à ce que tu comprennes ce que tu me fais dire, malgré moi.
A : Tu vois, tu te prends au jeu. J’ai eu raison de t’inventer, derrière ton petit minois et ta fièvre
romantique, il y a les mains expertes, la fougue contenue de l’amant qui vient de loin, de très loin.
P : Si j’existais, vraiment, je ressemblerais à qui ?
A : A moi. Si j’étais un homme.