Besoin de souffrir sur ce balcon. Pour éradiquer le matin.
Besoin de me blesser, exprès. Pour retrouver ma nuit.
Automutilation
Besoin d’expectorer cette douleur. Pour me vider.
Besoin d’éclater en mille feux. Pour me sauver.

Besoin de ne pas penser, pour ne pas être en peine.
Besoin de ne voir que du noir, pour ne pas être distrait.
Auto-exclusion
Besoin de me renfermer, pour ne pas exister.
Besoin de m’atrophier, pour mieux disparaître.

La blessure est là.
Je sais d’où elle vient.
Depuis je veux être seul.
Je ne veux plus des autres.

La douleur est là.
Je sais où elle va.
Une douleur, ça ne se partage pas.
Je veux personne.

C’en est fini.
Blessez-moi.
Ici sur ce balcon
Avec du contondant.
Que ça coule et rattrape la nuit,
Ma nuit solitaire
Où je m’oublie.

Un belle plaie
Qui appelle des soins
A refermer
Et qui laisse des traces.
Ainsi la souffrance aura servi
A marquer le moment.
Je me souviendrai de ce matin maudit
Qui gomma cette nuit
Dans laquelle je voulais
Je désirais
Je souhaitais
J’étais obligé de

te survivre.

Car on survit en être blessé, seul dans la nuit qui nous appartient.

La révélation

Pendant longtemps, jusqu’à aujourd’hui et c’est la raison de la reprise de ces notes dans mon journal, on m’a tu que j’étais Père.
Silence qui se voulait sans doute bienveillant, mais silence qui me blesse non pas à mort (j’aurais préféré) mais à vif.

Brûlures dans mon crâne
Mon regard ne sera jamais plus le même.
Et ma parole ? Que vais-je pouvoir dire ?
Que vais-je pouvoir vivre.

Honte à avaler, pour ne pas avoir su !
Ne pas pouvoir car ne pas savoir.

« Heureux les simples d’esprit… », mais maintenant je sais. Je sais que l’on me pensait incapable, inapte même à savoir. Qui du naïf ou du détenteur de l’information est l’irresponsable ? Pécher par omission.

Une maternité n’est jamais cachée, on ne peut pas être mère sans le savoir (à moins de mourir avant ou pendant).

Je suis père et je ne l’ai pas su ; le silence m’a décalé, vrille ma vie.

Et qui est la mère ? Fait-elle partie de ce « on » ? Et mon enfant ? Que sait-il et que peut-il sans père ?

Ma parole ne sera pas entendue puisque je suis en dehors de la réalité.
Chercher, qui, quoi, où.
Dénoncer, défoncer, me défoncer
Devenir un réel irresponsable, un réel incapable de
Leur donner raison et perdre la mienne
M’échapper

Avant cela, j’écris.
J’écris car que faire d’autre

Vite un passeur de feu pour apaiser la brûlure

Un trou dans le crâne pour libérer la pression

Déhonter ma vie
Me déresponsabiliser
Je ne sais plus
Je suis à court
D’idées, d’encre
De papier
D’envie
De vie.

Je ne sais plus
Je n’en peux plus
Chuis fatigué
Chuis crevé