Là, observant, dans l’ombre des reflets.
Ça ondule…
Rappelant la vanité dans un œil étrange.
Par-delà, aux horizons défaits,
agitations des agissements.
Que faire ? Que comprendre ?
Il y a tellement de choses qui s’agglutinent
jusqu’à s’entrelacer, s’enchâsser,
s’enchevêtrer, se chevaucher…
parfois même, se piétiner ou…
s’embrasser.

Car : ça ne prévient pas.
Ça ne parle pas.
Ça ne dit rien.
Non ; pas un mot.
Jamais.
Ça laisse en suspens.
Entre différents états.
Des sentiments ambivalents.
Entre joie pure … et amertume.
Une palette de nuances.
C’est vaste.

Un indescriptible
dont on ne revient jamais

… identique.

Quand on y pense…
Mais pourquoi y penser ?
Savons-nous au moins
à quoi cela ressemble ?
On ne le sait que de l’extérieur
car lorsqu’on y pénètre…

… d’ailleurs qui en est déjà revenu ?

Chaleur du midi,
écrasante.
Le soleil a décidé de s’installer sur la ville endormie.
Rues étroites baignées d’une lumière blanche,
crue.
La poussière flamboie dans l’air immobile.
Les bâtiments fondent sous la chaleur,
Le crépi s’écaille.
Effet d’abandon.

Odeurs de pain frais, de café. Une boulangerie voisine.
Là-bas le parfum âcre des poubelles,
débordantes.
Bourdonnement sourd au loin. Circulation. Bruit de volets
claquant contre les murs.
Battements de cœur dans cette ville vivante de sommeil.

Elle se dirige vers la place principale
Là une silhouette solitaire devant la vieille librairie.
Un homme, physique singulier,
perdu dans ses pensées.
Visage marqué par le temps, cheveux en désordre,
front large et plissé.
Une barbe broussailleuse dissimule son visage,
reflet de ses yeux fatigués.
Quelque chose attire dans son allure 
: aura de sagesse mêlée de mystère.

Démarche lente mais déterminée.
Canne qui semble être un soutien
symbole de son élégance
ou de sa magie.
Etrange personnage,
sans doute un bibliomane.
Curiosité irrépressible
: engager la conversation.

Elle lui demande timidement s’il est habitué de l’endroit
et l’importance du livre dans sa vie.
Il lui répond d’une voix grave,
comme nostalgique
que les livres sont ses seuls compagnons
qu’ils sont des clés de voûte soutenant l’édifice
de son existence.
Boussole des dédales
de sa propre conscience.

Surprise par sa réponse, elle poursuit
pourquoi choisir ce jour torride pour flâner
devant une librairie.
Réponse aussi énigmatique que son apparence
il avoue que les livres ont une étrange façon
de se révéler à lui
de le révéler à lui.

Peut-être qu’aujourd’hui
le destin lui reserverait une découverte
inattendue.
Intriguée par sa philosophie elle ose
un livre en particulier qui a marqué votre existence ?
Son regard se perd.
Un sourire énigmatique murmure
que chaque livre est une des clés de son âme.

Pupille sauvage

pupille sauvage
larmes ruisselantes & apostrophes

vécus

les rires s’engouffraient entre les connaissances intuitives

terriblement vaste
terriblement vaste

la pupille sauvage qui parle les autres mondes
lointain théâtre d’une résistance

mais qui révèle immédiatement la mélodie synesthésique
des métaphores d’un autre temps ?

liquide aérien sensible magnétique imaginaire impalpable
photographie sépia

où être ?
où être ?

engloutis de carapaces que le spectacle de l’esprit
ne traduit pas
ne traduit plus
les os maculés de questions et de réflexions-mots

il y a le vide
il y a le vaste
ce qui répond au fond au rien au tout au pas et puis
sans autre précision que celle d’une autre question
question-ne-ment
ainsi va la pensée
saura-t-elle nous tenir

contenir nos contours
contenir nos contours

en figures capables de vivre et ad-venir

pupille sauvage
plantée dans ce regard

PEUT-ETRE ne savons-nous pas explorer l’intuition
nous libérer du je sortir-de-soi EX-ISTENCE
peut-être n’entendons-nous pas l’art
(évidence articulant les inarticulés) EXIT-STANCE
rompre avec attitudes habitudes pré-conçus
& dans ce laisser-apparaître puissant : se glisser
peut-être sommes-nous enracinés dans des luttes
(corporelles sociales familiales) — ONTOLOGIQUES
que la pensée enserre la profondeur dans une logique
EGARANTE pensée celle qui ne sait cesser
la surprendre la suspendre et SENTIR
que la vie est plus simple qu’on ne le croit
que les fabulations des enfants sont vraies
(peut-être qu’elles le sont)
peut-être dort-on rêve-t-on
tout peut arriver dans le rêve on peut être autre
animal plante sensation émotion espace multiple …
peut-être est-ce cela le VRAI
les totalités portées par le rêve
l’art serait peut-être une forme du rêve
mouvement de l’un vers l’autre de l’Autre vers l’Un
FLUX PERCEE de la finitude vers l’infinitude
possibilités offertes par le vaste monde
peut-être ne pourra-t-on jamais mesurer l’étendue de tous nos
POSSIBLES
l’art serait la réalisation dans l’arrêt-germe
:action transcendante déploiement
d’un donner-à-entendre
mystères insondables de notre infinitude
art-lisière
PEUT-ETRE…

doigts du monde

j’accompagne l’horizon aux 
flancs des océans —
            : i n t e r v a l l e s    des montagnes 
       humides des ventres-brumes — 
je veille les repos sauvages 
les branches aux perles-bourgeons 
      c œ u r    —    v o y a g e 
   , pensée-paysage 
               de l’Instant-Souffle —
orgasme du bout des lèvres 
            buttant sur l’expression de la 
beauté de l’ I n f i n i — 
       mouvements imperceptibles 
des vibrations du Tout 
               :   p e r c e – v o i r
adossée aux horizons des mys-
tères     ;    je repose mes sens aux li-
sières des apparences 
         battements d’ailes — tressées 
des doigts du monde