Metapoème

Les mots dégorgent

Ils dégorgent sur des papiers de sons
Des antennes de sens 
Les odeurs plein les trous des pages

Racines montantes
Mes yeux s’accrochent entre deux lignes
Les barres d’espace en lecture

Simple et pur mystère que ce canevas 

Qu’est-ce qui les tient les mots,
qui les tient ensemble ?
Quel lien sommaire, invisible et coriace ?

Je vois la phrase comme un chapelet
Un chapelets d’œufs à naître 
Petits grains noirs
Posés sur une flaque blanche

Pacte tacite, indéfectible 

Puzzle noué 

Les mots ne se délitent que sous nos pupilles ouvertes 
Monde silencieux qui se met à parler
Dans le noir des pupilles
Les miennes aussi se diffractent
Cherchent les interstices plus que les pavés 

Je les observe bien grand, ces mots
Entre deux lames
Je vois la vie qui circule

Poèmes mis en culture 
Dans nos boîtes de pétri

Une vie grouillante et sage
Pleine de ces mots alignés 

Eux, ils frissonnent d’être lus
– Jambes d’impatience –
Mais se tiennent là, toujours, droits 
Unis dans la page
Fidèles à leur fonction

Microcosme mystérieux et babile
Immobile

Et si l’écriture n’étaient que ces liens « entre »

Ces petits fils de rien

Ces vides à nourrir

Les mots fonctionnels 
Comme des briques utiles

Et l’écriture, les ellipses 

La phrase, une ligne d’eau 

Entre deux mots
Deux nœuds 
Ce câble qui sauve de la noyade
Puissant

Seulement le squelette de l’écrit 
Plus que ça 
Le câblage 
La trame essentielle et incomplète 

Pour le reste, nos respirations 

Les vivantes courbures

poeSIe 14

J’entends le souffle des démons 

Ils nous asphyxient

Nous tétanisent 

De leurs annonces sépulcrales

Je me dis qu’il reste le bahut et la boge

Je me dis la puberté 

Et alors ?

Sous leurs capuches

Des forces beaucoup plus vives que tous leurs octets

Je me dis la nouvelle matière grise

Et encore ?

Ils textotent en boucle

Ils se débattent aussi dans le fake

Mais leur conscience est au cordeau 

Et donc ?

Je me dis qu’ils ont des esprits mordants

Que le chaud engourdit leurs frayeurs

Qu’ils retourneront les systèmes 

Et demain ?

Je me dis que dans leurs mondes

Les zébrures sont fleuries

Les digues cèdent 

Les ponts filent

Et aussi ?

Je me dis qu’avec eux on trouera tous les mépris 

On percutera le cupide

Les fabricants de la surchauffe générale

Le burn-out terrestre 

Je me dis

Que la rage de vie aussi se dégaine 

En prise de terre des forces tendres

Les jeunes torpillent le tout silicon

Les vieux replantent les vergers 

Retournement de la vallée 

Du côté face 

Côté vivant

Je me dis 

Remise en jeu 

J’utopise

Mais ils vigoureusent tant

Les chapeaux blancs des hackers

Allez 

Reset ?!

Luz de luna

Autrefois vivaient trois femmes dans la même forêt, sombre et marécageuse. La femme squelette, la guérisseuse nue et la peintre diabolique. La première cliquetait, la deuxième cueillait, la troisième transportait sa peine. Elles s’étaient toutes les trois isolées du monde, chassaient, pêchaient et buvaient l’eau à la dernière des sources. Leurs bouches avides dirigées vers le dernier filet d’eau pure aux alentours. Elles s’entraidaient. 

L’une des trois avait un tempérament à tuer les oiseaux. Elle était ivre de sa propre rage, une rage croissante depuis son plus jeune âge. Fort heureusement, elle soulageait ses colères à coup de pigments sur les rochers. Des peintures rageuses qui la laissaient exsangue pendant plusieurs jours mais qui, comme une saignée, la revitalisaient et l’attendrissaient. 

Un jour, pourtant, son énergie créatrice s’est tarie. La vie apprend que ce dont on ne prend pas soin dépérit. Elle restait sourde aux appels des deux autres femmes qui veillaient sur elle et la voyaient se dessécher. Elle perdit donc un matin le goût de la couleur et des gestes de peindre. Sans cette purge régulière, elle devenait folle. De rage et d’agonie. 

Elle voulut disparaître mais ne supportait pas de laisser ces deux forces de la nature, ces deux femmes libres devant l’adversité, continuer de danser de tout leur saoul. Elle ne pouvait pas imaginer relever la tête ni se soulager de son mal en les laissant en vie. La jalousie avait parlé. C’était décidé, elles devaient périr avec elle. Elle les emporterait dans son sillage funèbre. 

Elle peint alors, avec son propre sang vicié, deux vieux châles en traçant des signes ensorcelés. Des signes diaboliques qui absorbent les élans, terrassent les envies, noient les forces vives. 

Une fois offerts et portés sur les épaules, la transformation opéra comme prévu. Les deux femmes perdirent instantanément l’instinct qui d’habitude les accompagnait. Sous la lune, les deux châles s’agitaient. Une danse fiévreuse et trépidante, sans répis et sans fin. Sans plaisir et sans joie. Un rythme effréné qui laisse hors d’haleine.

Le corps habité et vide, jeté au sol, elles tressautaient sans conscience. Le mauvais sort, le toxique, allaient avoir raison de leur corps et esprit. Tête engourdie et diable au cœur, elles sombraient. Bien loin de leur Soi et de leurs tendres réparations qui les avaient accompagnées jusque là.

Elles étaient déjà presque perdues quand un rayon de lune les extirpa de leur sidération et par là même du maléfice. Un silence se fit. Enfin dans l’immobilité, elles suffoquaient les yeux exorbités. Comme une reprise d’air après une trop longue apnée. La conscience revint sur leur esprit brumeux. 

L’une reprit confiance en ses os, l’autre reprit confiance en sa peau. Leur socle fiable. La vie reprit ses droits et les joues des couleurs. Les signes de la mort ne s’y trompèrent pas et quittèrent les châles en voltigeant. Ils se posèrent alors sur le corps inerte de la troisième déjà froid.

La graine est nue.
Opaque.
Close.
Elle pèse peu.
Elle est plus que sèche.

Chaque graine paraît morte.
Matière inerte, sans même frémir.
Quantité de poids-plume qui pèse au sol.

Elles sont obscures.
Elles sont seules.
Elles sont patience.

Armure de terre brûlée.
Sans oxygène.
Sans sécrétion.

Ténèbres vides.

Puis la vie humide se pointe.
Elle explose la coque.
L’énergie concentrée éteinte s’échappe de la graine fendue.
Radicule, follicule, nervure.
Du grandissement Terre-Ciel.
Et ce simple pépin au centre.

Absorber. Libérer. Expanser.

Tout un champ dans cette graine.
Tout un tronc dans cette graine.

Même des sillons fatigués.
Même des zones ébréchées.
Même des déserts d’épines.

Sous ce fin tégument.
Dépouillé.
Tous les vergers.
Tous les géographes.
Toutes les botaniques.
Tous les plats du monde.
Toutes les herbes de feu.
Tous les chants d’oiseaux.
Tous les awalés.

De ce nœud tout sec.
De ce noyau de silence.
Réhydratation.

Et une croissance.
Un germe magnifique.
Et même toi.
Et nous.

Toujours,
même nos vies,
nos vies en sursie,
nos vies en suspens,
cachées sous l’épiderme,
attendent la saison des pluies.

Avoir, ou plutôt être

J’ai un corps qui bâille
Je balbutie
Les mots suspendus
Au bout des langues
D’autres cascadent 
Se télescopent

J’ai dans le cerveau
Expressions Emmêlées 
Syntaxe Floue
Syllabes Manquantes

J’ai le manque d’air
De sons suffoqués
De pensées muettes

J’ai les mains bavardes pour compenser

Sous la peau j’ai des éclats 
Echecs Consolés
Baisers Perdus
Secondes Immenses

Dans les carnets j’ai des fragments
Lettres Déchirées, 
Photos Jaunies, 
Vertiges en noir et blanc

Des tumultes de toutes sortes 
Sous la surface 
De l’extérieur 
Lisse et plate

J’ai au creux des mains
roulis, espoirs, déconfitures 
Et failles émiettées 

Mais je vis
Riche de ces parcelles 

Parfois on croit être vivant 

On se croit perdu ou sauvé
On croit être fixe 
On croit à l’immobilité

On croit à la mort triste 
Au bonheur capricieux
A l’ordinaire méprisable 

On croit que les rêves soupirent de nuit

On croit les disputes graves
Les déceptions anodines

On croit nos théories vraies
Et on se croit illégitime 

On croit notre rire faible

On croit que les mots ne sortiront pas
On croit pouvoir dire jamais

On croit « Capturer l’instant »

On croit tout à fait simple de respirer, 
que nos poumons se vident assez, 
que nos diaphragmes font leur boulot
Que nos pieds ne sont rien

On croit qu’un corps doit nous suivre 
Fidèle et sans broncher
Un soldat pour la tête 
Envahissante et butée

On croit que les corps sont des enveloppes, 
Des emballages, 
Des sous-produits, 
Des véhicules,
Des objets de plus à entretenir, à réviser 
On les aimerait solides et fiables
Sans s’en occuper

On croit « avoir » un corps
Et c’est lui qui nous a

Alors « être » corps, 
Un corps à vivre
Un corps à croire
Je le perçois 
en polychrome
L’attend
L’espère 

Sous l’accordage 
Tête, 
Cœur, 
Souffle
De mes ébranlements 

J’observe autour 
tous les corps qui circulent
Vivants et debout

Pour être ensemble 
dans la cité 
Égaux et droits
dans le chaos
               Vivez vos corps

Improvisé

Chercher son eucalyptus 
S’y déposer 
Flanc, nuque, dos
Le sentir sans le voir

Corps a des yeux 

Le visage n’est pas le seul
Aussi voit la peau

Des fins capteurs 
Ils tâtonnent de vif

Attendre suite à venir effleure
Et puis par là 
Beau aussi

Des rythmes 
Suspend
Saccade du doux

Ouvert 
Grande brassée 
Ou fermé juste point

Fermé-transition
Fermé-repos
Fermé-résonne 

Repartir

Inverser gravité 
Rire poids

Ligereza

Avec sol avec moi avec air
Et même en grappe

Grappes de poids vivants
Comme gouttes sur feuilles

Dans cet espace 
Poids est force

Possibilité de bouge immense

Roule, flotte, glisse
Dépose 
Et vole

Je peux vole-murmure

Poids du corps en transfert
Il coule ici et ressort là 

Plus fluide qu’eau neuve
Plus dense que lave
Poids s’anime

Fils d’énergies 
S’expandent de nous

Attrapons 
Jetons
Couleurs de corps
Musiques de nous
Précis 

Thorax vibrants respirent du tout

Du momento simple

Il chante
Es coser y cantar

Petite lutte

Mes gestes transpirent la colère 

Je porte l’agressivité à bout de bras 
Comme un colis piégé 

Je l’évacue en urgence 
mais elle me dégouline entre les doigts

C’est incessant 
Un récipient percé
Une fuite en avant

Je me dresse pourtant de tout mon corps 
Je fais front
J’écope 

Dona Quichotta
moulinant toujours 

Je dois la porter au loin 
Sans qu’elle me coule sur les pieds 
Atteigne mes racines
Contamine mon sang
De tout ce nerveux

Sinon les tensions me dérapent 
Et je m’abime avec eux

Petite secouriste inutile
Devant tous ces corps-tornades

Alors je crie 
Juste à l’intérieur 
Je crie en silence les bruits du dehors
Et tout ce qui gronde dans leurs dedans

Comme je peux je veille

Leur corps est trop petit pour la contenir 
en faire quelque chose

Et ils n’ont pas choisi leurs drogues

Ils n’ont rien choisi 
Ni les états chaotiques du monde 
Ni ceux de leur petite sphère 

Des écrans sucrés vomissent toutes leurs frustrations
Des écrans trous noirs mangent les yeux tout autour

Ils forment une entité « hostile et fragile »
Difficile à protéger 

Il y a tout de même une ouverture
Très fine au milieu 
Dans toute cette dispersion-explosion

C’est ça là 
C’est leur regard-spirale
leur regard-comète 

Ils peuvent encore s’éclairer 

Derrière 
leurs gestes maladroits
leur bonhomme-têtard 
leurs genoux raides 
leur cerveau chargé
toute leur attention qui s’échappe sans fin vers ces pacotilles fourbes
et aussi tout ce que les masques ont mangé des sourires-paroles

Les étincelles persistent

Toujours

Et c’est exactement pour ça qu’on reste

On ne lâche pas l’affaire
On tient la barre
On se fait contour 

Je reste 
et je trace 
je lis et je relie

Parce que dans ma poche
Même fatiguée 
J’aurai toujours des allumettes à craquer

Et leurs yeux si vivants

De lichen à écume 

J’ai toujours été terrienne. Je ne me souviens pas depuis quand mais déjà enfant, j’aimais gratter la terre. Je courais sentir l’humus, scruter la mousse, y plonger les doigts. Je soulevais le lichen pour retrouver l’écorce noire sous les tâches blanches, grises, oranges. 

Jeune, j’observais les courbes des montagnes qui défilaient sous mes yeux. J’étais fascinée par ces strates modelées par les failles des temps anciens.

Un ancrage de toutes les terres, les pieds sur les roches, les éléments en habits. 

                         Ma tête rivière, 

                              œil en feu, 

                           front de brise. 

Toutes ces mouvances comme des reliefs vivants sur ma peau.

Et puis c’est arrivé. 

Un matin brumeux, des picotements réveillèrent le bas de mes jambes. Le dessus de mes mains devint rêche. La surface de mon dos se durcit et des aspérités le recouvrirent. Effarés, mes pas portèrent mon corps titubant jusqu’au seuil de la cabane. J’aspirai l’air nouveau dans mes poumons. Après quelques respirations, j’assistai sans voix à la vision de mon corps qui s’affaissait. Je me retrouvai bientôt sans comprendre le visage contre le sol.

Comme mus par une force étrange, mes membres endoloris se traînèrent, happés par la ligne à la hauteur de mes yeux. Je sentai l’iode par mes narines dilatées. Le sable glissait sous mon ventre arrondi.

Le premier contact fut étonnant. Le frais d’abord. Une sensation nouvelle avec cette première coulée de mousse sous mon thorax, ma peau raide frémissante contre l’écume. Je progressai pas après pas,  hypnotisée par les appels de cette lisière mobile. L’eau entoura mes contours et je perdis la gravité. Mon corps flotta. Il oscilla puis bascula. Je me mis à fendre l’eau. Je me propulsai comme une comète, j’avançai en grandes spires. Je me retournai d’un coup de nageoire et survolai sous la surface mon ancien ciel éclairé.

Je découvrais ma nouvelle aisance sous ce corps raide. 

J’apprivoisais doucement mon corps marin, le soleil sur les écailles. 

Je me pensais seule. 

En contre bas, caché dans les herbes végétales et animales, tout un peuple vivait. Je reconnus les habitants des alentours, disparus depuis longtemps. Mes congénères que je croyais perdus étaient là, sous mes yeux, entre les rochers. Leurs formes marines ne m’empêchaient pas de reconnaître leurs visages familiers.

Vérité organique

Ils avançaient les yeux fermés, leurs antennes déployées. 

Les corps-paysages disposés dans l’espace. Les corps-voyageurs encore immobiles. Ils s’étaient mis en marche. Un pas après l’autre. Leur radar en action.

Je cherchais aussi de toutes mes oreilles, de toute ma peau leurs présences toutes proches. 

Des corps verticaux posés sur le sol qui modifient la qualité de l’air tout autour. Comme une dépressurisation. Comme un rocher détournant le flux de l’eau. 

Chacun avec leur fréquence. 

Mes pieds poursuivaient leur trajet, autonomes. Ils faisaient confiance à leurs orteils déliés.

Le contact viendra surprenant et attendu.

Je me laisse venir jusqu’à l’impact, brusque ou moelleux. Unique.

J’explore les contours de ces formes, ces lisières, ces lignes de crête de tous ces paysages-corps. Découvrir leurs matières, leurs densités, les zones-socles dynamiques et y déposer une partie de soi. Un poids à l’aplomb qui s’allège, traverse la masse et plonge vers la terre. Le sol est jonché de ces fils à plomb précaires d’un entre-deux poids.

J’actionne mes membres, je cherche une surface pour le flanc, pour y imprimer ma trace comme dans le creux mousseux d’un arbre. Deux masses organiques apposées,  comme détachées des corps, des corps qui se compactent, leurs deux poids qui s’annulent. 

N’être plus qu’une matière, 
une structure de fibres musculaires. Apaisant assemblage, 
une seule forme composite. 
Sans poids mais tonique. 
Je suis une masse perchée entre deux omoplates. 
Nous sommes des tissus mêlés. 

Une danse surplace en équilibre. 

Dans cet instabilité noueuse, on réajuste, on maintient en place l’édifice organique.

Mobiles charnels dans le vent de nos ratures.

Etonnante faculté des corps vivants, humains, plantes, animaux à enjouer les espaces, à se mettre en mouvement dans la fixité, à voyager même autour d’un point fixe. 

Les parties en contact, flottantes de jointures, dialoguent médusées. Leurs regards éteints laissent passer la lumière.

Sous nos ciels bas, émergent des sculptures éphémères respirantes dans la masse active. 
S’y dessinent des tressaillements pour survoler un monde. 
Des tentatives pour agrandir le champ.

La femme-artiste est invisible
Elle n’a jamais existé
Elle est toujours l’ombre d’Un

Nul n’a perçu
la puissance de son travail
l’intelligence de sa pensée
la force 
des transformations 
qui l’habitent
qu’elle façonne 
de toutes ses mains

Derrière la muse, 
la confidente,
l’impresario, 
elle disparaît, 
aspirée, 
vidée,
phagocitée

Visionnaire, novatrice, 
elle est reléguée 
dans le tiroir 
du néant : plus rien 
qu’inspiratrice 

Elle est anonyme
En contre-point
à moitié folle
de toute sa chair 
                A la merci 

Personne n’a pris
le pouls 
de sa vitalité
Personne n’a célébré 
son art 
intérieur 

Et son feu s’est éteint

Convention versus conviction

Son œuvre 
pillée, 
détruite, 
annihilée 

                  & puis

La femme-artiste s’est relevée 

Poussée 
De terre
Dessus, dessous
Là et au-delà

Il est temps

J’ai récolté les cendres 
des œuvres effacées, 
recouvertes, 
détournées

Je les ai jetées 
sur les prémices 
du monde attendu

J’ai dû gratter,
creuser,
trouver 
      des bribes, des murmures, des soupirs

Comme les restes 
de fresques 
sous la couche de cire
à Pompéi

Patience d’archéologue 
petits fragments 
à épousseter 

J’ai fêté chaque nouveau nom 

Des noms
extirpés du poiseux oubli

Aujourd »hui 
elles arrivent 
jusqu’à nous

Histoires de couple 
vampirisantes

Parcours féminins 
levés au grand jour

Sonia, Berthe, Dora, Jo Hopper 
et tant d’autres

Ces peintresses de l’ombre
Le pinceau en travers de la gorge
L’appareil photo muet

J’imagine 
un impressionnisme : mixte
un surréalisme : mixte
un cubisme : mixte
Formes, couleurs, sujets, visions 
à jamais inconnus
Cela ne fut, n’existera pas

Je sens en moi
le goût rance 
devant les œuvres exposées 

J’attends maintenant 
       j’exige
un voile de sensible
    sur toutes choses

Du Ying et du Yang
injectés de force
pour tous les rapaces 

Tous les rapaces
étouffés 
par leur testostérone 
gargarisés
par leur aura 
et leur pouvoir de conquérants 

Je reprends mon souffle

Heureusement
leurs voix nous parviennent enfin
timidement

Elles traversent 
le mur de la domination

Tendons 
l’oreille, la main, le cœur
Enterrons 
le pouvoir du toxique
Elisons 
le délicat 

Comme moteur commun
L’attraction-impulsion
La réciprocité 

Homme & Femme

Dans un même creuset
Fusion des forces de l’hu-main

Du tendre flamboyant