Il était une fois une fillette qui toussait.
Elle toussait tant et si bien que de sa bouche sortaient fraises, framboises et autres groseilles.
Sa grand-mère, qui n’aimait pas le gaspillage, lui volait tous ses fruits si rouges pour en faire coulis et confitures.
À force de tousser ainsi la pauvrette était devenue translucide, toute tordue et maigre, si maigre que ses os perçaient souvent sa peau.
Sa mère l’emmena un jour chez le grand sorcier-guérisseur du village, qui en profita lui aussi pour lui piquer quelques-uns de ses fruits pour son usage pesonnel et lui conseilla de s’exiler loin, loin, là haut dans les montagnes.
La fillette dû donc partir, sous les huées des villageois et les moqueries des enfants de son école.
Elle pu emporter tout de même son petit panier rond et quelques méchants mouchoirs usés de s’y être tant mouchée.
Elle fut prise en stop par un routier qui, la voyant ainsi tousser, la largua en lisière de forêt (il détestait les fruits rouges).
Elle continua alors seule son chemin, traversa cette forêt et la vue des baies rouges des ifs la ragaillardit un peu.
Elle s’installa donc là, accueillie par les êtres de la forêt parmi lesquels elle grandit et se fortifia, préparant peu peu sa vengeance.
Elle apprit à faire les confitures puisqu’elle crachait tous les fruits rouges dont elle avait besoin, et elle ajouta dans sa marmite forces baies rouges d’ifs pour donner du goût.
Ayant fini par guérir de sa toux, elle se fabriqua un petit charreton, l’emplit de pots de confitures, et revint à son village les vendre sur le marché.
Personne ne reconnu cette belle jeune fille partie si malingre il y avait si longtemps.
Elle eut un succès fou, ses pots s’arrachèrent, elle les vendit jusqu’au dernier.
La gourmandise fit ainsi son œuvre, les fossoyeurs ne chômèrent pas, le prix du mètre-carré flamba dans le cimetière du village cette année là.
Catégorie / Marie-Hélène Choirat
Ce moment où tu ne dors plus tout-à-fait
Ce moment où tu n’es pas tout-à-fait réveillée
Les yeux clos pour conserver encore un peu tes rêves
Blottie dans la chaleur des couvertures
Contraste avec la fraîcheur de ta chambre
Cet entre-deux où tu es hors du temps
Tu retiens encore un peu de sommeil
Tu laisses le dehors s’éveiller et le petit jour pousser la nuit
Non, pas tout de suite, c’est si bon
Ton esprit vagabonde et s’active au ralenti
Ton corps s’alanguit pour savourer l’instant
Que tu fais durer encore et encore
Tu te demandes pourquoi, mais pourquoi donc faut-il se lever le matin
Tu sens ton cerveau se remettre en place, petit à petit,
Démêlant les pensées qui y arrivent en vrac, sans queue ni tête
Puis tout de même tu ouvres un œil, à demi, puis l’autre aussi
Et telle une chatte, tu étires tes membres encore tout engourdis
Tu sens ton corps émerger du sommeil, un peu à regret tout de même
Tu jettes un œil à ton réveil
Oui, il est temps
Courage
Dommage
La journée s’annonce belle
Le soleil filtre à travers les persiennes
Merci le jour
Merci la vie