Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.

Elle pénétra avec délice dans l’hôtel particulier pour visiter l’exposition.
L’atmosphère raffinée du lieu la ravissait. Elle avait hâte d’entrer dans les œuvres de ce peintre espagnol…comme dans une révélation… pensait-elle.
Oui sans conteste c’était le maitre de la lumière…et que de tendresse dans l’évocation de ces pêcheurs le soir et de ces petits enfants lumineux, pleins de vie au bord de la plage ! Les femmes aussi étaient magnifiées, dans la finesse de leurs traits, leur beauté maternelle. Elle glissait dans les teintes brillantes de la mer :vraiment sublimes, irréels, ces bleus de l’eau, l’écume étincelante, et souvent, l’orange du couchant dans les vagues ! Des vagues orange qui la transportait. Elle n’avait jamais vu tant de délicatesse mais aussi d’audace pour suggérer les paysages et la couleur de l’air.
Il a peint ses vagues en orange ? Tu as vu, disait une visiteuse, trop bizarre !… et sa fille malade là bas, disait une autre , elle est grise sur des coussins très blancs fondus dans la lumière du paysage en arrière plan !
Elle s’éloignait de ces réflexions qui la heurtaient. Oscar Wilde avait bien raison, l’art n’imitait pas la nature, mais c’est par lui que se créait notre vision du monde,… les brouillards avec Turner et Monet, les champs de coquelicots le soir avec Renoir, les étangs de nymphéas avec Monet encore. Et là, ces couleurs liquides de la mer, la grâce des silhouettes, l’évanescence des corps d’enfants dans l’eau, devenus eux mêmes liquidité, et cette matière palpable de la lumière, quel regard profond ! Klee aussi avait raison de dire que « l’art rend visible » !
Elle pensait à Proust cherchant fiévreusement dans les mots « l’équivalent spirituel » des sensations, à Rimbaud et à son projet d’une « langue de l’âme pour l’âme »…

C’était la même démarche en peinture pour dire le réel et l’émotion en nous.
Sublime ! disait un groupe de touristes sur le parvis de l’hôtel…Elle, repartait, un peu étourdie, la tête bourdonnante d’images et de secrets révélés.

La lumière s’est enfuie
dans le torse de l’arbre
l’argile sombre de la terre

La lumière s’est enfuie
sous la vague violente
la forêt des coraux

La lumière s’est enfuie
de l’arpège du vent
de l’aquarelle des fleurs

La lumière s’est enfuie
au fond du ciel obscur
et l’étoffe des nuages

La lumière s’est enfuie
de tes mains de ton front
de l’écharpe des rêves

La lumière s’est enfuie
de ta vie qui avance
du sourire des matins

la lumière s’est enfuie
mais peut elle renaître
sans l’éclair de ta joie

Si j’étais le vent, je cueillerais les parfums de la terre,
le cantique des oiseaux, le bruit d’écume de la mer
à l’approche de tes pas.

Si j’étais un nuage, je voguerais la nuit jusqu’aux étoiles
pour les poser en pluie dans le jardin, dans le murmure de l’aube
et sur tes rêves.

Si j’étais herbe haute, je frémirais au vent léger qui court les champs
et j’ouvrirais le bal avec les coquelicots, le bleu du ciel
Et la fougère de tes yeux.

Si j’étais un arbre, je vibrerais dans la lumière de tes mains
jusqu’aux racines, au feuillage berçant les premiers fruits
et la sève de mon corps.

Si j’étais une rivière, j’irais de pierre en pierre
traverser tes désirs jusqu’à la transparence
pour abreuver ta soif.

Si j’étais ce poème, j’écouterais ton souffle
tes longs regards et ton silence
qui débordent mes mots.

Miroir tendu
__________ sur la commode
dans le cadre d’or
la fenêtre où
__________ tremble l’eau
__________ __________ de la lumière
chemin d’odeurs
et ton visage
__________ en filigrane…

le jour baigne
ses heures
__________ et leur feuillage
sous la peau
brûle encore
la forêt d’un regard
__________ _____ la pervenche
du ciel
l’espace nu…

le temps bascule
à froisser incertain
__________ _____ les souvenirs
__________ __________ _____ et la prairie des mots
dans le silence
__________ __sous la neige
la chambre vacille
dans la blancheur des murs
__________ _____________ de la mémoire


où le vent s’assoupit…

Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
elle est pour moi vibration de la mère perdue
qui se sentait happée vers la fin de sa vie
par ces notes distillées,
comme les trois syllabes de son prénom.
Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
qui cheminait depuis l’enfance de son nom
et qu’elle comprenait à présent,
évidente certitude.
Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.

Peut être me parle-t-elle quelquefois,
dans ce chant qui mesure l’espace,
de ce séjour nouveau…

Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.

Miroir tendu
__________ sur la commode
dans le cadre d’or
la fenêtre où
__________ tremble l’eau
__________ __________ de la lumière
chemin d’odeurs
et ton visage
__________ en filigrane…

le jour baigne
ses heures
__________ et leur feuillage
sous la peau
brûle encore
la forêt d’un regard
__________ _____la pervenche
du ciel
l’espace nu…
le temps bascule
à froisser incertain
_______________ les souvenirs
et la prairie des mots
dans le silence
__________ __ sous la neige
la chambre vacille
dans la blancheur des murs
__________ __________ __ de la mémoire

où le vent s’assoupit…

Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
elle est pour moi vibration de la mère perdue
qui se sentait happée vers la fin de sa vie
par ces notes distillées,
comme les trois syllabes de son prénom.
Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
qui cheminait depuis l’enfance de son nom
et qu’elle comprenait à présent,
évidente certitude.
Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.

Peut être me parle-t-elle quelquefois,
dans ce chant qui mesure l’espace,
de ce séjour nouveau…

Je me dis que le vent chasse le flot des mauvais rêves,
que la lumière dissipe les ténèbres
Et après ?

Je me dis que la peur de vieillir et même de mourir
s’oublie avec le temps qui passe  et la joie d’exister
Et après ?

Je me dis que rien n’est plus vivant que l’amour les arbres et la mer
et que c’est la beauté qui nous rend invincible
Et après ?

Je me dis qu’il nous faut retrouver l’innocence
et la plénitude de l’enfance pour tout aimer du monde
Et après ?

Je me dis que la force de l’âme peut émerveiller de couleurs
la vie devenue œuvre d’art
Et après ?

Je me dis qu’il faut y  croire et renaitre chaque matin
au chant de la lumière, chercher la note juste
Et après ?

Je me dis que seul existe ce présent de l’automne
L’incendie du feuillage avant la noce blanche du printemps
Et après ?