Deux fois par an, quand on passe une certaine latitude, tour à tour, la nuit remplit le jour puis le jour remplit la nuit.
C’est une histoire ancienne, on la raconte encore parfois au bord des lacs du Grand Nord dans ces forêts tapissées de myrtilles, qui sentent le pin.
Le Jour au Soleil Étincelant et la Nuit à La Lune Douce se partageaient alors le temps quotidien à parts égales, et les êtres du monde vaquaient à leurs occupations le jour et dormaient la nuit. Un matin alors que le soleil se levait, le Jour dit à la Nuit :
- Moi, Jour au Soleil Etincelant, je suis le plus bénéfique aux être de la Terre. Grâce à moi, les fleurs des prairies poussent, et les fruits sur les arbres des forêts mûrissent.
Grâce à moi, les beautés de ce monde sont visibles, les couleurs vibrent. Je suis et la chaleur et la douceur de vivre. Qui donc n’aime pas le jour sur cette Terre ? Qui n’aime vivre au Grand Jour ?
Qui a peur de moi ? Je suis, à coup sûr, de nous deux le plus indispensable au monde terrestre. »
La Nuit aussitôt répliqua :
- Moi, Nuit à la Lune Douce, je suis l’alter égo que tu ne peux pas voir, tout ébloui que tu es de ta propre lumière. Tu n’y peux rien, ainsi est fait Jour aveuglé par son orgueil et qui ne voit pas qu’à la lumière est nécessaire l’obscurité. Les êtres et les choses du monde se reposent sous mon toit et dans leurs constellations, mes étoiles aux reflets d’argent diffusent une lumière ancienne pleine de sagesse. Je suis l’abri des poètes et des poétesses, de celles et ceux qui voient dans l’invisible, l’ami des chouettes et des hiboux, et c’est sous mon regard attentif que les enfants du monde apprennent à
rêver. »
Mais le Jour n’était pas convaincu. La Nuit lui proposa que deux fois par an, chacun leur tour, l’un et l’autre occupent toutes les parts du temps. Les jours où le Jour occupait toutes les parts du temps ne changèrent pas les habitudes des êtres de la Terre : ils continuèrent à vaquer à leurs occupations et ils se protégèrent de la lumière pour dormir. Mais les jours où la Nuit occupait toutes les parts du temps, les humains inventèrent les fêtes pleines de magie, les sabbats de sorcières pleins de joie, la lueur des bougies et les fêtes du feu, et le monde accoucha des lucioles. Et le jour dut admettre que les beautés du jour étaient aussi indispensables que celles de la nuit.