Qu’est ce que c’est le rouge 
un point de chute dans un coin de la rétine 

Qu’est ce que c’est la violence
Le rouge écrasé

Qu’est ce que c’est la confiture
La douceur

Qu’est ce que c’est la douceur
Nos bouches en confiture

Qu’est ce que c’est le bleu
quand ils sont plusieurs
c’est la violence

Qu’est ce que c’est plusieurs 
les voitures dans la ville 
les baisers de maman
les enfants morts 

Qu’est ce que c’est un baiser
c’est la douceur

Qu’est ce que c’est l’absurde
c’est ça 
mélanger les myrtilles aux cendres des gens inconnus morts pour rien 
définir des horreurs avec des couleurs
mordre la poussière pour s’aimer 

Qu’est ce que c’est l’inconnu 
ce qu’on regarde de loin
parfois on saute dedans

Qu’est ce que c’est le regard
le rouge dans la rétine 
le rouge écrasé 
la violence

N’oublie pas.

Je raconte pour ne pas oublier. Ton regard de douceur qui se transforme en colère. Je raconte pour comprendre. Traversées par des rivières à ne plus savoir les éponger, tes deux orbites au milieu de la face soudain perdent leur couleur. L’orgueil et la survie emplissent ton visage, ton regard ne se tourne plus vers moi et mon regard ne voit que ça, l’absence du tien, l’indifférence, l’esquive. Evincer de ton champ de vision mon corps mon visage ma douleur mon suicide devient un labyrinthe infernal alors que nous sommes face à face parfois même encore dans le même lit. 

Je m’explique. J’ai aimé tes yeux qui se posent délicatement sur mes blessures, les enveloppent comme une couette plume d’oie pour l’hiver. Tes yeux qui soutiennent que tout va bien, que tout ira bien. Nos yeux tendres qui s’entremêlent. 

N’oublie pas les regards qui se racontent. 

Aujourd’hui tes yeux horrifiés, pétrifiés, carbonisés, tes yeux qui hurlent puis qui se taisent pour point final. Je cherche ceux d’avant la tempête, d’avant la violence, d’avant les coups dans le vide et sur ta peau. Je ne sais plus à travers quel regard je me vois, si c’est le mien ou le tien, ou le mien déformé par le tien ou le tien qui a englouti l’estime de soi ou le nôtre qui s’est noyé ; je ne sais plus où s’est enfui mon regard. 

Je me demande : si mon regard me regarde à travers ton regard, comment renaître ? Une autre question : comment s’affranchir de tes douleurs qui coulent sur mon épaule ?

laquelle de tes deux mains je dois ouvrir pour briser le silence ?

secrets scellés dans poings serrés
doigts potelés 
poigne féroce 
écrasait au milieu mes petits doigts

c’était écrit à l’encre de chine sur un petit carnet et je l’ai lu
il a 5 ans, il dit – 
bientôt je ne parlerai plus, ma voix sera dans ma main

dans les familles
souterraines les histoires
pas de houle
dangereuses les vagues 
calme plat

un jour, je vais te raconter
briser le silence pour réparer mon coeur

Ses doigts dans mes doigts
son sourire qui entrechoque mes dents souriantes 
son sexe dans ma bouche
ses blessures sur mon épaule
son venin dans mon sang
mes caresses 
à côté de la plaque
Ses grosses larmes mouillent mes cheveux
il dit – je pleurerai toute ma vie dans tes bras
alors je dis – je ne serai pas là toute ta vie

Il croit 
que l’amour
c’est moi 
mais je sais que lui 
c’est le démon 

Sa tempête dans ma vie
ma tempête dans sa tête 
le lit sans dessus dessous 

Il dit – on règle pas les problèmes en baisant 
et je demande où ils sont les problèmes 
et comment on les règle alors
et depuis quand il veut les régler 
lui avec ses gros bras 
sa grosse bouderie 
ses grands principes tout à l’envers
son honnêteté 
qui n’a jamais dépassé la théorie de la chose.
Alors sa bouche de mensonges 
qu’il faudrait détruire là tout de suite 
dans ce lit ou même en dehors 
en dehors sûrement 

On règle pas les problèmes en baisant – il dit

Il se prend pour qui ce gars à poil 
ce gars ridicule 
les yeux débordants d’égo 
d’orgueil 
de moisissure 
de merde liquide et purulente 
cet enfant de 10 ans qui pleure contre moi
qui n’a jamais réglé aucun problème 
même pas 
une capote
qui craque 
c’est l’enfant non désiré 
lui même 
qui copule comme un singe 
répugnant d’irrespect 
de bave
et de mots hachés qui ne trouvent aucun sens

Le lit est sale 
l’atmosphère fuyante 
ça pue le cul à plein nez 
ça pue la déchéance 

La chambre est plongée d’obscur 
le silence est noir lui aussi
son cœur carbonisé 
mon corps tétanisé 

Je dis un rire 
un rire 
qui tombe 
à plat 
dans une bouche vide 
Un rire 
mon rire 
qui ne trouve 
qu’un écho 
misérable 

Je sais que ce rire 
mon rire 
devrait prendre ses jambes à son cou
ses bras à sa bouche
ses mains à son bide 

Et courir 

Être déjà loin. 

Ses doigts dans mes doigts
son sourire qui entrechoque mes dents souriantes 
son sexe dans ma bouche
ses blessures sur mon épaule
son venin dans mon sang
mes caresses 
à côté de la plaque
Ses grosses larmes mouillent mes cheveux
il dit – je pleurerai toute ma vie dans tes bras
alors je dis – je ne serai pas là toute ta vie

Il croit 
que l’amour
c’est moi 
mais je sais que lui 
c’est le démon 

Sa tempête dans ma vie
ma tempête dans sa tête 
le lit sans dessus dessous 
Il dit – on règle pas les problèmes en baisant 
et je demande où ils sont les problèmes 
et comment on les règle alors
et depuis quand il veut les régler 
lui avec ses gros bras 
sa grosse bouderie 
ses grands principes tout à l’envers
son honnêteté 
qui n’a jamais dépassé la théorie de la chose.
Alors sa bouche de mensonges 
qu’il faudrait détruire là tout de suite 
dans ce lit ou même en dehors 
en dehors sûrement 
On règle pas les problèmes en baisant – il dit

Il se prend pour qui ce gars à poil 

ce gars ridicule 
les yeux débordants d’égo 
d’orgueil 
de moisissure 
de merde liquide et purulente 
cet enfant de 10 ans qui pleure contre moi
qui n’a jamais réglé aucun problème 
même pas 
une capote
qui craque 
c’est l’enfant non désiré 
lui même 
qui copule comme un singe 
répugnant d’irrespect 
de bave
et de mots hachés qui ne trouvent aucun sens

Le lit est sale 
l’atmosphère fuyante 
ça pue le cul à plein nez 
ça pue la déchéance 

La chambre est plongée d’obscur 
le silence est noir lui aussi
son coeur carbonisé 
mon corps tétanisé 

Je dis un rire 
un rire 
qui tombe 
à plat 
dans une bouche vide 
Un rire 
mon rire 
qui ne trouve 
qu’un écho 
misérable 

Je sais que ce rire 
mon rire 
devrait prendre ses jambes à son cou
ses bras à sa bouche
ses mains à son bide 

Et courir 

Être déjà loin. 

Ce corps
            qui ne respire pas
            qui ne tient pas debout
            qui ne fait pas de bruit
            qui n’accueille pas les tendresses


Ce corps de non-droit
Ce corps de non-lieu
Ce corps de non-amour
Ce corps de non-merci
Ce corps de non-oui
            noir-blanc
            obscur-clair
sans interrupteur 
sans nuance

Ce corps sans vie sans essence sans odeur
            pas de bouche pour sourire
            pas de mains pour caresser
                        soi ou un autre
            pas de cheveux pour le vent
            pas de jambes pour les collants
            pas de pommettes pour piquer le blush Dior de maman
            pas de blagues de façade
            pas de bonjour de politesse
            pas de discussions qui fleurissent
            pas d’amours qui fanent
            pas de fleurs
                        pas de pas ni en avant ni en arrière

            pas de doigts pour la rencontre des sexes
            pas de sexe pour la rencontre des doigts
                        pas de désir pas de sensation
                                                            aucune possibilité d’étreindre


Ce corps non-existant qui hurle
            qui ne peut pas hurler
Ce corps non-aimé qui voudrait s’aimanter
            qui ne peut pas aimer
Ce corps vide
            qui n’existe pas
            qui ne peut pas se remplir
            qui ne peut pas se vider

ce corps – mon corps

                                                                        mort-né ou bien né mort.
                                                                        né mort ou bien mort-vivant.
                                                                        ou peut-être vivant mort écrasé par le poids de 
                                                                                    ce corps – mon corps
                                                                                                ton corps 
                                                                                                vos corps

Elle –
taciturne dans le coin tout au fond.
On disait d’elle – elle n’a pas la langue dans sa poche
et depuis qu’il lui a dit – je me suis toujours senti seul avec toi,
son coeur est sourd.

L’avalanche en plein dans le corps,
elle n’entend plus la neige tomber.

Certaines blessures sont enfouies, celles dont on se souvient
comme un rayon de soleil en hiver, sur la brise endormie du matin,
celles dont elle s’accommode.
Et puis il y a les blessures béantes qui suintent sous sa peau intacte ;
brûlantes dans chaque recoin,
elles n’épargnent aucun sourire.
Il y a aussi celles 
freinant la vie sans vergogne, 
qui soudain se laissent panser par des promesses,
choyer par l’irrésistible abri de l’amour ;
soudain se laissent épauler par un brin de lumière,
un élan de folie,
un demi centimètre d’espoir.

Certaines blessures arrachent et recollent,
d’autres
éteignent les goûts et les couleurs.