Le livre m’a connaissance de la
douleur
Le robot m’a joué
Le couteau m’a brouillé
La fenêtre m’a chemin des
écoliers
Le stylo m’a n’être personne
Le café m’a dialogue au paradis
Le coussin m’a déstabilité
L’assiette m’a L’établi

Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Je t’aime avec tes cendres
Je t’aime avec ta couleur du
texte
Je t’aime avec ta valeur
militante
Je t’aime avec tes escaliers
Je t’aime avec tes marges
Je t’aime avec tes espaces
verts
Je t’aime avec tes bordures de
merde

Prends-tu tes antidépresseurs ?
Connais-tu tes paires ?
Que peux-tu me dire des propos
de l’araignée mise au mur ?
Sais-tu les origines tragique
de l’érudition ?
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?

As-tu posé réclamation auprès
du gouverneur de La rosée ?
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?
Que sais-tu de la vie
clandestine ?
Le livre m’a Connaissance de la
douleur
Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Prends-tu tes antidépresseurs ?

Le robot m’a joué
Je t’aime avec tes cendres
Connais-tu tes paires ?

Le couteau m’a brouillé
Je t’aime avec ta Couleur du
texte
Que peux-tu me dire des propos
de L’araignée mise au mur ?

La fenêtre m’a Chemin des
écoliers
Je t’aime avec ta valeur
militante
Sais-tu Les origines tragique
de l’érudition ?

Le stylo m’a N’être personne
Je t’aime avec tes escaliers
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?

Le café m’a Dialogue au paradis
Je t’aime avec tes marges
As-tu posé réclamation auprès
du Gouverneur de La rosée ?

Le coussin m’a déstabilité
Je t’aime avec tes espaces
verts
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?

L’assiette m’a L’établi
Je t’aime avec tes bordures de
merde
Que sais-tu de La vie
clandestine ?

Feu

J’avais la bouche
distillée
et la tempe
chronomètre
L’inertie des corps
et l’équilibre instable
Il y avait
des Andromèdes
et des Esters.

::::::

J’ai le coeur en
observance et
l’alliance thérapeutique
Effets secondaires sur
l’échelle de Beck
Nombre de prises je
Zest et je
troubleS
dans le Spectre.

::::::

Jamais plus d’hydroxyle
même précipité
jamais plus de pourrait
mieux
administré
jamais plus de protons
ni d’al-calins

Tableaux Maïakov

PREMIÈRE JOURNÉE
Il y a longtemps j’ai vu un bus.
C’est ma première journée. École primaire.
Beaucoup trop de monde, l’excitation.
Des pleurs aussi, beaucoup.
Chaque braillard accompagné par un parent mais les autres aussi.
J’entre dans la classe. Au fond, il y a un bus et il est jaune.
Maman reste à la porte. Je la regarde. Je ne la vois pas pleurer.
Moi, je vois mon bus.
C’est un putain de bus jaune. Il n’y a que lui et moi.


PERLE
Je ne sais plus à quel âge je pesais 34 kg.
La plus grosse perle naturelle connue pèse 34 kg.


DIRECTEUR
Je n’ai jamais arraché les ailes d’une mouche ni coupé la queue d’un lézard. 

Mais je dois avoir moins de dix ans, une activité de classe comme une autre m’occupe aujourd’hui, c’est bientôt la fête des mères et je touche de l’argile pour la première fois de ma vie. C’est agréable et doux.

Je suis à mon bureau en train de terminer et le maître me demande de le suivre. Nous allons chez le directeur, amène ton objet. Le directeur reste assis derrière son bureau. Il est lumineux son bureau et il me demande : pourquoi tu as fait un cercueil pour ta maman ?



LA RENCONTRE
Un mois après, j’en suis à la page 13. Trente jours pour treize pages.
Mais avant je suis seul.
Au lycée.
Trop de bruit en bas, dans la cour.
Le C.D.I est cabane perchée.
Il est là, sur la table. Je le prend. Un prof a du l’oublier en partant.
Je tourne la page de couverture. Comment je vois le monde.  

Ce n’est pas une question.

Plus du tout de la même façon depuis.



TRAIN DE NUIT
En Inde, il m’est arrivé de me faire pisser dessus, couchette du bas, simple morceau de bois, 3ème classe.

DELHI
À Delhi, j’ai vu
Un panneau
Dr. SABLOK
SEXOLOGIST


CAMPUS
Dans les années 90 je croise un vieux pote sur le campus de la fac. Pas vraiment un copain, un mec de ma cité, là-bas.
Il est en bagnole – j’ai même pas le permis.
Tu montes, on va faire un tour.
Fenêtre ouverte, coude à l’air.
Y’a de la chatte par ici
Y’a de la chatte par ici
Il arrêtait pas de répéter.



PYTHIE
Complètement pèté, un jour de Pâques à Delphes. J’ai abusé de ce vin résiné grec, le fourbe.
Le village fête pâques. Il y a des méchouis dans toutes les ruelles, du vin et des gens heureux qui mangent ensemble dans la rue. Je me suis arrêté à chaque coin, sans savoir dire non.
J’ai du mal à sortir les pièces de ma poche et à les glisser dans l’appareil.
J’appelle mes parents d’une cabine.
Ma mère dit qu’elle est allé consulter une voyante pour moi, pour savoir où j’étais depuis qu’ils n’ont plus de nouvelles.



DANS LES YEUX
Loïc Demey, JE, D’UN ACCIDENT OU D’AMOUR

Ceci est
un
citron

Si vous vous vous arrêtez
ici et que vous ne
craquez pas devant ce
bijoux de la littérature
nationale mondiale
je vous jette du jus
de citron (caché sous
le comptoir à la caisse)
dans les yeux.

Lu dans la librairie Rive Gauche.



PROCÉDURE
De Christian Boltanski je retiens qu’on peut conserver la mémoire d’un dispositif ou d’un objet en conservant la procédure qui a permis de le produire.
Je retiens aussi que documenter la vie d’êtres disparus c’est entretenir une conversation avec eux.

Liberty

Je vois ces balles jaunes
Liberty
Ping-pong, Ping-pong 
Liberty
D’un jour où 
La poésie a ricoché
Liberty
Dans les ruelles perdues
Liberty
De l’âme humaine
Au carré,
Ping-pong 
Liberty
À Damas
Au Caire
Au cube
Liberty
Mais ici
Osef
Émile
Même si
Au cube lui-aussi
J’entends au loin 
Ping-pong, Ping-pong 
Dans les ruelles pentues 
Je vois des armes et des hyènes 
À l’affût comme perdues 
En haut des 
Ping-pong, Ping-pong 
Et la poésie sauvera le monde
Liberty.

Détail

« Et puis quoi, encore ? »

Je vais écrire pour que ma tête cesse. Mon esprit boucle sans cesse sur ce « Et puis quoi encore ? ». 

Il faut que ça cesse. 

Les mots, je les comprends un par un, mais la phrase, non, je la comprends pas. Ça me heurte, ça me boule au ventre, ça me crispe. 

« Ça me crispe », c’est trop crispy. Ça me heurte et me tourneboule ; elle me tourne en boule cette phrase, elle me tourne en boucle.

Tête d’autiste. Ça se voit pas, mais je me répète. Ça se voit pas, mais ça se repère – pour qui a l’œil. Les détails, c’est ma came. Ma façon, c’est la filature, en mode obsessionnelle.

Mais pourquoi il a dit ça ? Qu’est-ce qu’il ne comprend pas, putain ? Pourquoi on habite pas la même bulle ? Pourquoi c’est violent ? Pourquoi ça tourne-en-boucle ? Pourquoi ça fait mal ? Où est-ce que ça te fait mal ? Ça te fait mâle aussi, avoue ?

Putain le lourd ! Là tu juges, tu comprends rien. On parle pas la même langue, c’est ça ? Pourquoi est-ce qu’on parle pas la même langue ?

Et ça se passe comment dans ta tête à toi ? 

Ça se passe comment dans ton cerveau d’autiste ? 

Ça se passe en boucle.

 Ça se passe au détail.

C’est comme.

C’est comme.

C’est comme une cristallisation. Ça prend du temps, mais ça s’arrête pas à moins que tu coupes la source. 

Tu prends un détail, tu prends, tu prends, tu prends un milieu, un milieu riche, toi, tu es dans ce milieu. Tu satures. Le milieu est saturé. Tu mets du sel dans de l’eau chaude, tu satures l’eau de sel, comme à l’école quand on était gosses.

Après.

 C’est un détail, ça change tout, tout va s’organiser autour du détail que tu plonge dans le milieu. 

Tu plonges un trombone dans l’eau salée, saturée de sel dissout.

Tu perturbes le milieu avec ton détail.

Va prendre l’air cinq heures ou cinq jours. Comme à l’école, pose la soucoupe sur le radiateur. 

Tu vas prendre l’air pour qu’il ne reste plus que toi et la cristallisation du milieu sur ton détail.

Le cristal se forme autour du trombone que tu as mis dans l’eau. Quand l’eau s’évapore de prendre l’air au soleil, ça trombone dans ta tête. 

Même en classe, sur le radiateur, ça marche. 

Tu vas prendre l’air ; tu grossis avec ton détail. Ça cristallise autour de ton détail, tu es toujours dans ton milieu, mais la seule chose qui t’intéresse, c’est ton cristal. 

Ton détail est devenu cristal, tu peux le présenter. Il a grossi, il est présentable. C’est plus un détail ; y’a plus de milieu. Y’a plus d’eau dans la soucoupe. Tout le monde a oublié qu’il y avait de l’eau avant.

« Et puis quoi, encore ? », ça me perturbe, j’en fais ma perturbation et ça trombone dans ma tête, ça ne cesse pas de tromboner.

– Et ton cristal ?

Gentil

Je suis gentil
Je suis gentil
Je crois que je suis gentil
Les autres disent de moi – il est gentil
Je crois les autres ils disent que je suis gentil
Je n’ai jamais rien fait pour être gentil c’est comme ça depuis tout petit.
À l’école j’ai prêté ma Cléopâtre – tu es gentil
À l’école j’ai laissé mes voisins copier – tu as intérêt à être gentil
Dans la cité je donnais mon ballon aux petits pour qu’ils jouent – t’es un gentil.
Dans la cité les grands me disaient de faire ceci – t’as sacrément intérêt à être gentil
À la fac je ne parlais pas fort et je souriais quand je rencontrais – t’es un gentil toi aussi
À la fac je rangeais les plateaux repas des copains Oh oui j’ai intérêt à être gentil
Après j’ai lu qu’un vieux Président laisser tomber papier froissé lorsqu’il recevait ses Premiers histoire de voir s’ils étaient assez gentils pour se courber
Sauf ma mère qui m’a dit – ton père lui c’est un vrai gentil.