Je choisis la colère. Je m’en saisis, maintenant, et je m’y loge, et je vais partir avec, et vous la verrez passer, ma colère, et vous allez tous bien la sentir passer. Elle va tous bien vous pourrir, ma colère.
Elle va tous bien vous casser. Elle va tous vous aspirer. Ce sera pire qu’un vautour, pire qu’un Rafale. Personne ne pourra jurer, quand je serai passé devant vous dans ma colère, qu’il tient encore debout, qu’il n’est pas en train de s’effondrer. Vous croirez pouvoir vous en sortir indemnes, de ma colère, mais dans son sillage chaud, dans les relents turbides de ma colère, vous ne pourrez pas être sûrs que vous n’êtes pas déjà complètement disloqués, démembrés, en morceaux, incapables de reprendre pied, de retrouver l’équilibre.
Ma colère, ce sera une colère comme un trou et un appel d’air, comme une dépression, comme un typhon, un tourbillon, comme un gouffre. Une colère sourde qui fera rayonner la peur en vous, une colère froide qui sera une sidération, qui vous rendra fébriles, figés, impuissants, incapables d’agir, inaptes, confus. Une colère à fragmentation lente, qui puisera dans vos inquiétudes, et vos mensonges, et vos silences, et vos hontes, et vos hypocrisies.
Je volerai de colère de jour comme de nuit au-dessus de vos têtes étourdies. Mon essence et mon moteur et mes ailes et mes serres. Pour toujours, je saurai pourquoi je hais qui j’ai chéri, pourquoi je suis parti, pourquoi je me suis logé dans la colère, et pourquoi je fondrai toujours sur vous. Je vous plongerai dans un état constant d’hébétude, dans un constant état d’incertitude. Et quand vous me croirez calmé, peut-être parti, quand vous croirez que peut-être c’est le temps du pardon et de l’oubli, alors ce sera le moment où le souffle brûlant de ma colère viendra vous mordre et vous griffer le cou, et raviver vos plaies, et raviver la stupeur, et vous saurez que le poison de ma colère infuse encore et toujours en vous, et que jamais, ma colère, ne vous laissera tranquilles.