Mes mains pleines de rien

Tu me dis : n’apporte rien !

C’est impossible, rien.

Oh ! Même trois fois rien

C’est déjà quelque chose.

Tu vas encore râler.

Que faire de tes riens ?

Tu es libre

Tu en mets sur la table

Sur un mur du métro

Sur la casquette d’un flic

C’est pas compliqué

Et ça peut faire plaisir !

Tu ne regretteras rien,

Rien des jours qui trépassent,Rien de mes mains pleines de riens.

Qu’en pensez-vous ?

Je pense que je pense à toi.
Et toi, est-ce que tu penserais par hasard que je pense trop à toi !
Si tu penses vraiment ce que tu penses et ce que je pense, c’est que tu penses à moi.
Et moi j’ai tendance à penser que tu penses que je pense trop à toi et que tu penses trop à moi.
Plus généralement je pense que les autres pensent que je pense à je ne sais quoi. Et là, je pense à leur retourner le compliment.
Parfois je pense que je ne suis pas en train de penser, et je me trompe moi-même, et je pense que je trompe mon monde car ce monde se trompe en pensant que je suis en train de penser. Ça me fait penser que pendant que je pense je suis. Et quand je ne pense pas j’en déduis dans une manière de faux syllogisme que je n’existe pas, même si dans les pensées des autres j’existe encore.
Ce n’est pas ma faute si je trompe mon monde quand je ne pense pas. Bref il faudrait que je pense à toujours penser, car ainsi je serais l’être pensant qui pense à penser.
Qu’en penses-tu, Toi à qui je m’efforce de ne pas penser ?
Et vous qu’en pensez-vous ?

Course

Nom féminin. D’abord « corse » 1205, puis « course» 1553

J’aurais gratonné gentiment avec toi à Bleau. Je me demanderais comment je t’informerai de mon fantasme d’escalader en solo, la face nord de l’Eiger par la voie Heckmair. Tu opposerais, angoissée, des tonnes d’arguments à ce projet de course mythique. Tu m’exposerais tes réticences : le risque mortel, l’absence de guide, la solitude, les intempéries, le bivouac éventuel dans la paroi, la lourdeur de l’équipement. J’insisterais, je me connais, et te dirais que c’est mon ardent désir, d’autant que j’ai à mon actif des sommets himalayens. Je noterais la pâleur de ton visage aussi blanc que neige.

Le lendemain tu me raconterais ton cauchemar nocturne où tu aurais vu mon corps chuter pendant 1500 mètres sur les rochers. Alors je te répondrais pour vaincre ta résistance, que j’engagerais un guide suisse et rechercherais un compagnon de cordée extrêmement entrainé pour cette course.

PORTANT

Je me serais égaré au Bon Marché devant un portant en acier chromé en forme de dinosaure. Attiré par son design et la beauté des habits présentés, j’aurais pris une photo. Ce faisant j’aurais charmé la vendeuse affectée à ce stand qui m’aurait tutoyé familièrement, l’œil souriant. J’en aurais fait immédiatement autant. Tu m’aurais fait remarquer à juste titre que je n’avais pas le droit de photographier cette œuvre d’art. Immédiatement je t’aurais proposé de poser pour moi. Tu aurais alors pris mon bras familièrement comme pour me manifester le début de notre histoire. J’aurais bien voulu te demander ton numéro de téléphone, mais tu m’aurais devancé.

C’est pourtant important les portants

REVE

Je t’aurais donné rendez-vous sous l’horloge de la gare à vingt heures et je t’aurais attendue, attendue, tu ne serais jamais venue, comme dit la chanson. Tu m’aurais donc oublié et tu aurais décidé de me larguer. Très-très tard je serais rentré, harassé. Et, ô miracle tu m’aurais téléphoné. J’aurais alors osé te demander si tu pourrais rappliquer. Et ce rêve inaccessible, je l’aurais réalisé !

Rêve

Tu es un rêve redouté

Qui  révèle une terne réalité.

Tu es un rêve obsessionnel

Qui exagère toujours et encore.

Tu es le rêve envié

Qui permet de m’évader.

Tu rêves de ce  jardin luxuriant

Qui ne permet pas de  cueillir le fruit défendu.

Tu te rêves, port marin peint par  Claude Lorrain

Qui accueille un galion chargé d’or à ras-bord.

Tu rêves de  ce quai de gare de banlieue triste

Qui  ne voit   jamais s’arrêter ce train-fantôme.

Tu  rêves d’être un chien lapon dans la neige

Qui talonne les sabots des rennes en troupeaux.

Tu es trappeur du Grand Nord arctique

Qui troque ses peaux contre de l’alcool de contrebande.

Tu rêves d’être ce journaliste dans un salon

Qui soufflette un ministre  au milieu des officiels.

Tu rêves d’être le héros victorieux

Qui affronte les forces obscures.

Tu rêves minuscule moustachu, de chaparder ce  gruyère

Qui est accroché sur ce piège à mâchoires en bois clair.

Tu rêves de dériver sur ce fleuve sombre

Qui te conduit lentement vers ce palais désert.

Tu rêves d’accueillir Jacques Chirac

Qui vient diner d’un plat de cochonnaille.

Tu te demandes  éveillé, si tu peux vivre au-delà de tes rêves ?