Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Sophie Lorenzi

  • L’histoire de notre monde,
    Ce sont les 
    Mêmes pensées lancinantes, les
    Mêmes fantasmes vainqueurs, les
    Mêmes esprits raisonnés, avec la
    Même voracité.
    Ce sont les 
    Mêmes vanités, qui ont 
    Voulu raconter les
    Mêmes journées gâchées, par
    L’idée insensée, le
    Même espoir hostile,
    D’imaginer pouvoir
    Vaincre sans jamais s’arrêter.
    Ce sont les 
    Mêmes visages cirés aux
    Mêmes traits tendus qui
    Veulent être sauvés
    Avec la
    Même ferveur patiente.
    Il suffit que
    Ces beaux visages-là
    Rient puis se tordent,
    Ces visages
    Pleurent puis se lissent.
    Ces visages
    Craignent puis se ferment.
    Ces visages
    S’affirment,
    Résistent,
    S’apaisent, enfin.
    Et puis,
    L’histoire qui existe,
    Est celle
    Des caresses et du pardon,
    Du pas qui hésite et du pas qui avance,
    Du corps éveillé, des sens qui s’allument,
    Du goût des fruits et de l’odeur de menthe.
    La réalité est celle
    De la reconnaissance,
    Des fenêtres grandes ouvertes,
    Sur le monde qui est là. 

  • je veux jouer avec les fourmis qui s’activent les unes derrière les autres et je veux bloquer leur chemin et les regarder contourner le chemin et je veux enlever l’obstacle et je veux voir les fourmis former à nouveau une ligne droite et je veux sentir la chaleur des dalles de la terrasse sous mes pieds et la chaleur du soleil dans mon dos et je veux sentir l’odeur du soleil et je veux laisser les fourmis tranquille et je veux m’asseoir sur les dalles qui ont brûlé mes pieds et qui maintenant me brûlent les fesses et je veux regarder la journée d’été qui se termine et les arbres qui s’agitent doucement et je veux me dire que de cette façon ils s’endorment et je veux fermer les yeux pour m’imprégner des odeurs et des sons et je veux entendre les bruits dans la cuisine et je veux imaginer ceux qui sont là prendre les verres pour commencer la soirée et je veux entendre le bruit du verre qui raisonne quand les verres se frôlent et le bruit du frigidaire qu’on ouvre et je veux percevoir les moindres nuances des paroles qui se disent et ne pas les comprendre et je veux être le témoin caché des rires et je veux espérer entendre toujours ces bruits-là, ces bruits-là exactement, ceux de la vaisselle et des rires, et je veux habiter dans un endroit qui aura une grande cuisine et je veux que la table où l’on mange soit dans cette grande cuisine et je veux inviter là qui je veux et accueillir là tous ceux qui veulent venir et je veux le faire tous les soirs de ma vie et je ne veux pas être capable de me passer du bonheur que j’entends, assise sur mes dalles chaudes, et qui s’entendra aussi dans ma grande cuisine autour de ma grande table et je veux que cette image existe un jour exactement de cette manière-là parce que je sais déjà que ces bruits sont les bruits qui survivent à tout et qui seront toujours là et je veux qu’on se souvienne de moi comme la personne qui accueille et sort les assiettes et sort les verres et débouche les bouteilles et fait de grands repas qui durent jusqu’à ce que qu’on enfile les gilets parce que la nuit devient fraiche et je veux rester assise sur ma dalle et ne pas venir pour le repas et je veux que tout mon corps s’enveloppe de la joie de la soirée qui commence

  • Ça ne ressemble à rien, à rien du tout de tout le monde connu.
    Ce n’est pas une route,
    Non, pas une route, pas un chemin, encore moins un pont.
    C’est un endroit.
    Un endroit qui ne veut pas être trouvé,
    Alors personne ne vit là.
    Il n’y a pas pas de maisons, pas de jardins,
    Il n’y a pas d’écoles, pas de magasins, 
    Le temps ne s’écoule pas non plus là-bas,
    Les saisons n’y sont pas sages, elles ne tiennent pas en place,
    Elles ne suivent aucune des règles du monde connu.
    D’ailleurs,
    Rien là-bas ne suit les règles du monde connu.
    C’est un endroit envahi par les vents, toutes les sortes de vent, mais
    Il ne faudrait pas penser que cet endroit n’existe pas.
    Je sais qu’il est là, 
    Je sais qu’il vit, je l’entends, je l’écoute,
    J’attends qu’il me parle, de la manière dont parlent les endroits.
    Je sens des vibrations de joie qui sont mes journées du réveil au coucher,
    Je sens des vibrations de peur qui sont mes pensées du soir au matin,
    Pourtant,
    Je ne suis ni complètement mes joies, ni complètement mes peurs,
    Je suis une vibration, puis une autre, et parfois il en apparaît de nouvelles,
    Je suis ainsi remué, de tous les côtés à la fois,
    Je vis sans savoir où je vais tout en allant quelque part,
    Je ne sais pas qui je suis, mais
    Je sais que je suis quelqu’un.

  • Nous passions des nuits blanches 
    Tout le long du mois d’août,
    Il faisait chaud tout le temps.
    Nous restions à parler 
    Sans pouvoir s’arrêter,
    La fenêtre grande ouverte.
    Nous respirions à peine,
    Incapables de laisser 
    Une seule minute de vie 
    Nous échapper encore. 

    J’ai si bien reconnu 
    Cet élancement du cœur
    Qui réveille dans mon corps
    L’énergie nécessaire
    D’accepter la tristesse.
    Car la vie à nouveau
    Ajoute à mon chemin
    Une épreuve à franchir.
    Au bout d’une longue semaine,
    Mon père est mort hier. 

    Les jours qui ont suivi,
    Ces belles journées d’été,
    Avec mon amour en vie,
    Nous avons quitté le monde,
    Nous sommes restés chez nous.
    Enfermés et meurtris,
    Nous avons fait revivre,
    Toutes les peines du passé,
    Les incompréhensions,
    Les colères, les tromperies,
    Les agitations vaines
    De trop fortes émotions.

    Et pendant tout ce temps,
    La lente destruction,
    De l’intérieur du corps
    De mon père possédé. 
    Un mal brisait ses nerfs,
    Un mal qu’il m’a donné,
    Comme une partie de lui.
    Il se cache dans ma chair
    En attendant son heure,
    Un mal qui finira aussi
    Par briser mes nerfs à moi. 

    Pendant ces jours d’été,
    Nous avons compris ensemble,
    Que pour survivre ici,
    Il faudra résister,
    Ne pas briser les liens,
    Rassembler les courages,
    Et avec humilité,
    Vivre chaque expérience,
    Comme étant destinée.