Ça ne ressemble à rien, à rien du tout de tout le monde connu.
Ce n’est pas une route,
Non, pas une route, pas un chemin, encore moins un pont.
C’est un endroit.
Un endroit qui ne veut pas être trouvé,
Alors personne ne vit là.
Il n’y a pas pas de maisons, pas de jardins,
Il n’y a pas d’écoles, pas de magasins,
Le temps ne s’écoule pas non plus là-bas,
Les saisons n’y sont pas sages, elles ne tiennent pas en place,
Elles ne suivent aucune des règles du monde connu.
D’ailleurs,
Rien là-bas ne suit les règles du monde connu.
C’est un endroit envahi par les vents, toutes les sortes de vent, mais
Il ne faudrait pas penser que cet endroit n’existe pas.
Je sais qu’il est là,
Je sais qu’il vit, je l’entends, je l’écoute,
J’attends qu’il me parle, de la manière dont parlent les endroits.
Je sens des vibrations de joie qui sont mes journées du réveil au coucher,
Je sens des vibrations de peur qui sont mes pensées du soir au matin,
Pourtant,
Je ne suis ni complètement mes joies, ni complètement mes peurs,
Je suis une vibration, puis une autre, et parfois il en apparaît de nouvelles,
Je suis ainsi remué, de tous les côtés à la fois,
Je vis sans savoir où je vais tout en allant quelque part,
Je ne sais pas qui je suis, mais
Je sais que je suis quelqu’un.
Catégorie / Sophie Lorenzi
Expériences
Nous passions des nuits blanches
Tout le long du mois d’août,
Il faisait chaud tout le temps.
Nous restions à parler
Sans pouvoir s’arrêter,
La fenêtre grande ouverte.
Nous respirions à peine,
Incapables de laisser
Une seule minute de vie
Nous échapper encore.
J’ai si bien reconnu
Cet élancement du cœur
Qui réveille dans mon corps
L’énergie nécessaire
D’accepter la tristesse.
Car la vie à nouveau
Ajoute à mon chemin
Une épreuve à franchir.
Au bout d’une longue semaine,
Mon père est mort hier.
Les jours qui ont suivi,
Ces belles journées d’été,
Avec mon amour en vie,
Nous avons quitté le monde,
Nous sommes restés chez nous.
Enfermés et meurtris,
Nous avons fait revivre,
Toutes les peines du passé,
Les incompréhensions,
Les colères, les tromperies,
Les agitations vaines
De trop fortes émotions.
Et pendant tout ce temps,
La lente destruction,
De l’intérieur du corps
De mon père possédé.
Un mal brisait ses nerfs,
Un mal qu’il m’a donné,
Comme une partie de lui.
Il se cache dans ma chair
En attendant son heure,
Un mal qui finira aussi
Par briser mes nerfs à moi.
Pendant ces jours d’été,
Nous avons compris ensemble,
Que pour survivre ici,
Il faudra résister,
Ne pas briser les liens,
Rassembler les courages,
Et avec humilité,
Vivre chaque expérience,
Comme étant destinée.