La quitter

Comme on quitte sa source devenue méconnaissable

Grise

Un pied dans l’abîme effrayant concocté par les dieux tutélaires.

La quitter

Et y laisser sa part la plus aimante

sa part d’enfance ô déchirement

Parce que trop de douleur sinon –

La quitter

Et ramasser la faute à pleines mains

Et partir revêtue de ce nouveau costume.

Moi la devenue claudicante

L’indigne. Courir

Ne pas se retourner

Parce que trop de nuit sinon 

trop d’engouffrement.

Ô vous chers soleils qui vous éteignez un à un

soyez doux et réconfortants !

Et toi mon âme tais-toi

Et toi mon âme contiens-toi

Dans mon dos Cerbère achève son sinistre travail.

C’est une maison.
Offerte à tous vents.

Sur le ciment, les cyprès viennent jeter leurs ombres tordues.

S’écrivent alors de longues lettres étranges silencieuses.

Qui en connaît le sens ?

Seuls les vieillards s’y invitent la nuit, ils s’allongent sur le gazon et retournent leurs paumes.

Cela fait bruire les feuilles.
Nul n’entend les histoires murmurées.

Les murs s’inclinent et les fenêtres disparaissent sur la pointe des pieds.
Les sangliers ne passent plus.

De la gouttière,
s’écoule une marée bleue.