On m’a dit que les oiseaux sont des messagers de l’invisible, et qu’ils guérissent l’âme et le cœur.

Chez moi il y a des oiseaux, comme si je les avais placés intentionnellement, il y en a beaucoup des représentations d’oiseaux à l’intérieur de mon atelier, oui c’est là où je vis. Mais on ne les voit pas très bien ici, comme si c’était un territoire à part entière, ils sont comme cachés, on ne les voit pas au premier coup d’œil, ils sont comme des gardiens de l’harmonie.


La première fois que je dessine des oiseaux c’est l’hiver, comme s’il fallait partir très loin pour trouver des trésors, c’est le cœur de l’hiver un moment trop vide et trop plein à la fois. C’est un moment où je ne suis pas tout à fait moi-même à l’aise, comme si on me volait qui je suis vraiment, j’aime pourtant les guirlandes qui brillent, comme si elles pouvaient éclairer des espaces à l’intérieur de moi. Mais c’est tout.


Le vide et le plein du 28 décembre de l’année 2021 me font ranger m’asseoir déranger ressortir colorier créer, comme si je voulais renaitre à quelqu’endroit. Je ressors des cartes c’est un tas de cartes colorées illustrées en anglais et chinois, comme si elles avaient fait le tour du monde avant d’être chez moi, il y a tous les oiseaux—sauf quelques-uns que j’ai pu faire tirer au hasard, à mes amoureux de passage, comme si je savais qu’ils s’envoleraient.
L’un avait eu le duck canard —en chinois je ne sais pas, l’autre le rossignol nightingale, comme dans Roméo. Chez moi l’amour toujours de passage.

28 décembre 2021. Comme si l’année allait s’écrouler. Je prends les cartes une à une. Comme si j’avais des couleurs magiques armée de mes grosses pastels secs, je prends les traits uns à uns. Je trace sur la page je superpose. Les oiseaux apparaissent, et comme s’ils étaient tous vivants, singuliers, mille dans ma tête, enfin sur la page. J’aime.

chat
tu serais dans un corps poilu et doux, pas très grand et tu me ferais des câlins et moi je serais dans un corps humain-beaucoup moins poilu et je te regarderais miauler et faire tout ce que tu fais et je te donnerais à manger et quand tu aurais faim tu me mordrais

écriture
je serais dans mon corps et je noterai les mots qui me passent par la tête qui feraient des phrases qui feraient des histoires et toi tu me lirais

miracle
tu ferais des trucs qu’on t’a dit que tu ne serais jamais capable de faire et moi je les regarderais

tendresse
tu me prendrais dans tes bras et moi je te prendrais dans mes bras et on recommencerait jusqu’à ce qu’on en ait marre!

nudité
tu porterais des tissus cousus sur ton corps pour le couvrir et quand tu les enlèverais tu serais nue (et moi je te regarderais)

Le chemin m’a égaré
Mes pieds ont pali
Ma langue a rosi
Mes cheveux blondis
Mes ancêtres ont vu
Ma salive a coulé
Mes oreilles ont rétréci
Mes mains ont dansé, aussi
Le chemin m’a

(je t’aime comme l’eau douce)

Je t’aime avec mes amulettes
Mes robes et mes fresques
Je t’aime avec mes couleurs
Mes traits mes feuilles
Je t’aime avec mes assiettes
Mes serviettes
Mes couteaux
Je t’aime avec mon sol
Mes tapis
Mes murs
Je t’aime avec mes draps
Mes oreillers nos armures
Je t’aime avec ma salopette
Mes chaussures crantées
Mon vernis à ongles écaillé
Je t’aime avec mon après-shampoing
Ma serviette de piscine mes palmes
Je t’aime avec mon disque dur externe ma clé usb
Ma colle en stick

As-tu reçu mes baisers ?
Où te trouves-tu ?
Où ranges-tu tes slips ?
Comment vont tes ancêtres ?
Quel(s) âge(s) ont-ils ?
Où est le monde ?
Comment s’appelle ton chat ?
Quelle langue aime-t-il ?
Que faut-il faire
Pour danser ?

Bienvenue
Ma femme fatale
Mon enfant reine roi oiseau
Ma surprise mon insupportable
Ma craie jaune rouge et verte
Bienvenue
Ma princesse des bas-fonds
Ma terrificatrice
Mon choix d’amour d’oubli d’inceste
Bienvenue
Mes contradictions détresses sourires ogres
Bienvenue
Mes soiffes mes plaisirs
Ma peau nue le vide en moi fumant
Bienvenue
Mes oreilles branlantes hurlantes brulantes
Bienvenue
Ma fatalité
Bienvenue
Ma mère et mon père
Mes sœurs mortes dans l’œuf sans
Mes ancêtres de tous les ramages
Et les fruits des arbres oui, tous
Bienvenue
Bienvenue
Bienvenue
Bienvenue

Venez je saigne
Venez je commence tout juste à m’aimer
Venez je me cogne
Venez putain vous me manquez
Venez je m’habille en noir et noir
Venez je sais que vous m’sauverez
Venez je me ramasse à la pelle
Venez venez venez venez

Au revoir les petits oiseaux
Au revoir le chant des papillons sauvages
Au revoir les gais pinsons
Au revoir la rivière qui danse la dense danse du temps
Au revoir les croc mitaines
Au revoir les étoiles tant adorées
Au revoir les chameaux couleur camel du chameau à bosses-attend, combien yen a déjà
Au revoir la vie vive vida vita

Via de la soif joie roi
Et moi ?
Au revoir
Les choses toutes petites
Minuscules. Minuscules et
Magnifiques. Magnifiques
Toutes petites choses
Au revoir
Oh tiens ma peau
Tiens je te dis au revoir

Bienvenue à toi
La sorcière la femme
La pute la guenon
La mystique la guerrière
La modèle l’andalouse
L’immense la fourmi
La galeuse la pétasse
La dame l’enfance
L’animale
La poilue ailée griffeuse
La cracheuse coureuse rongeuse
La pointue rampeuse nageuse
La grimpeuse lécheuse songeuse
La bleue verte jaune rouge
La lundi mardi mercredi jeudi vendredi
Bienvenue à toi
Oh oui

Écoute
La voix des ancêtres
Écoute
Le dessous dedans sous terrain
Écoute les couleurs elles dansent
Écoute les lettres
Écoute la ponctuation
Écoute le bruit du silence
Écoute quand ça tait
Écoute les voix mutiques
Les instants élastiques
Les plantes sauvages
Écoute tes dents
Écoute ton ventre tes pieds
Tes chevilles
Les genoux que tu as

Écoute les
Écoute comme tu n’as jamais tendu
Pas tes oreilles pas tes mains
Pas tes yeux
Mais
TA PEAU

Le poème qui sauve

Le poème qui sauve

Casse les codes imposés
Détruis le temps
Ne réponds pas aux injonctions
Saute les barrières
Appelle le cœur
Danse danse danse
Sens toi
Sens ton corps en entier
Mouvant comme terre
Dense comme eau
Magique
Elémentaire
Juste là

Caresse l’espace
Accepte tout— les secondes
Trotteuses
Galopeuses
Marcheuses
Chaque instant bénis-le
De tous tes doigts
Tous tes poignets tes montres
Dorées parsemées de
Diamants
Les cadrans solaires
Qui t’offrent la connaissance
Et la chute
Du temps
Bénis-toi
Bénis-les
Bénis

Perds le fil de ta pensée
Plonge l’inconnu est immense et bleu
Comme
Aime tout ce qui se présente
Minuscules insectes petits fils de plombs ou grands soleils
Marche sur la route qui
S’appelle
JOIE
Puis
(le reste est à toi)

Regarde les coquillages les tiens
Ces offrandes
Immenses
Ouvre-leur des bras grands
Comme mille
Choisis de les honorer
Choisis l’amour de toi
A chaque instant
Choisis-les
Choisis-toi
A
Chaque
Ins-
tant

Je ne suis pas cette femme je suis toutes les femmes je suis moi
Je ne suis pas ma mère je ne suis pas ma grand-mère
Je suis toutes les grand-mères
De moi
Dedans moi
Je suis regardable regardée
Qui est regardée qui regarde qui me regarde
Qui me lit qui écrit
Qui pour faire le monde
Qui exige que je sois ceci ou cela qui s’assoit à son bureau qui se met nue qui s’expose qui
pose qui me dessine qui parle
Qui parle, putain
La femme qui écrit
Est
N’est pas
Est traversée
Se souvient
Ne croit pas écrire
Expérimente
Fait des petits pas
Sourit
La femme qui écrit ressent et doute et ressent et doute
Eclate
Resplendit
Se met nue
D’un coup comme ça
Sans explication
Cherche ses grand-mères
Leurs folies
Sa folie à elle
Et leur cœur qui bat
La femme qui écrit
Ecrit
Ça suffit, non ?
C’est comme ça
La femme qui écrit fait des rituels
Pratique la magie
Par peur
Que la vie ne suffise pas
Pour creuser dedans
Dessous
La femme qui écrit
Se perd un peu
S’impatiente beaucoup
La patience c’est le tout
La femme qui écrit
La femme qui écrit

La femme qui écrit