Un job à temps plein de te faire disparaitre

te revoilà
mon tendre
mon cher creux
au fond du ventre
.
toujours je te retrouve
tu es toujours là
toi
au moins
.
nuit ou jour
je ne sais plus
petites heures incertaines
c’est le déni de ton absence qui me tient éveillée
.
impossible de me dire
que je t’ai perdu à jamais
je ne dormirai plus
trop peur de te retrouver dans mes rêves
et que tu ne sois plus là
à mon réveil
.
une telle brutalité
avant déjeuner
c’est inhumain

le voilà

ce cher
ce tendre
ce précieux
creux du manque
au fond de mon ventre
.
il n’y a plus que moi maintenant
je suis bien obligée de le nourrir
et puis avant ça
de le sentir
reconnaitre son existence
.

car tu es bel et bien
partie

.
tu ne seras plus là pour me sauver
pour me sermonner
me protéger de moi-même
de mes folies de noctambule
.
je peux faire l’école buissonnière
de notre amour
une chose pour laquelle
tu ne m’en voudras pas
.
après tout
l’oubli
ça se travaille
c’est un job à temps plein
de te faire disparaitre
lentement
t’arracher
à mon corps
.

je crois que ça s’appelle
faire table rase
tabula rasa
voilà mon seul projet
.
une fois vide
et blanche
comme la page
inscrire
sur ma peau
des marques
.
d’autres marques que les tiennes
d’autres cicatrices
avec d’autres encres
.
laisser une trace quelque part
pour la douleur
pour conjurer l’oubli
.
mon corps
cette page blanche
à recouvrir
d’autres mots que les tiens
une autre peau

Ap-préhension

Tu dis. Immobile. Je vieillis. 

Je dis l’eau qui fuit à l’angle de mon œil jusqu’à l’encoignure de mes lèvres. Comme la marée se pose et se retire. J’avale et je jaillis. Et la pompe continue. Et l’envers de tes paumes et l’automne dans ton cou et le lait sous les mailles.

J’ai la trace de ta taille collée entre l’index et le pouce. 

J’ai la marque de ton souffle sous le lobe de l’oreille. 

J’ai le grain de ta voix qui bat sur l’enclume. 

J’ai le reste de toi plaquer sur mon corps. 

J’écoute ce qui nous tient encore.

C’est ici que tout commence et c’est ici que tout finit, il te faudra te souvenir pour t’émerveiller encore de ce qui n’est plus.

Souviens-toi des couleurs et des sensations des quatre saisons, de l’automne à l’hiver, du printemps à l’été, des transformations de la nature, de tes petites mains qui fouillaient la terre pour y dénicher le ver de terre et des papillons qui volaient autour de toi et qui parfois se posaient sur ton épaule, tu les suivais en courant, le chien en faisait tout autant.

Souviens-toi de tes racines, souviens-toi de qui tu es, souviens-toi d’où tu viens.
Sois humble face à la grandeur de la nature,
Ne détruis pas, ne pollues pas, ne gaspille pas.
Tu n’es qu’un passager sur Terre.
Un infiniment petit d’un infiniment grand qui te respecte bien plus que tu ne le feras jamais.
Sois tolérant avec les autres et envers toi-même.
Sois indulgent, sois fier de toi et de tes choix, choisir c’est renoncer mais c’est aussi s’affirmer, quel que soit le chemin sinueux ou tout droit c’est celui qui te mènera à toi.

Si tu tombes relève toi, pleure et surtout n’aies pas honte de tes larmes, mais ne baisse jamais les bras. Des découragements tu en connaitras, les moments de joie tu les apprécieras comme une cerise sur le gâteau de la vie, saisis les embellies, profite de chaque instant comme si c’était le dernier, et n’abandonne jamais.

Parle à la Lune et aux étoiles. Elles te guideront. Si tu me lis je n’ai pas abandonné, je ne t’ai pas laissé, je ne t’ai pas trahi. Je suis juste partie plus loin, plus haut, plus beau mais je veille sur ce petit bout de toi qui est un petit bout de moi, sache que je suis là et je serai toujours là pour toi, à travers toi.

Regarde en toi, cherche dans ton cœur la réponse est là.
Je t’aime au-delà des mots, au-delà de la vie, au-delà de l’espace et du temps.
Je t’aime à l’infini …

Le seuil

Me voici au seuil. Des autres et de ma vie, à ce tranchant de l’âge qui fait tumulte. Depuis mon seuil, je vous contemple. Vous les autres, à d’autres seuils, seuils d’autres vies. Nous nous observons et l’inflexion de vos regards voudrait réconforter. Vos yeux signifient je comprends, du bout des paupières, de l’ancien seuil de ma vie traversé pour cette île où tout te paraît calme. En vérité, on oublie ce qui est désagréable, les sandwichs avalés trop vite pour mieux les faire descendre, les feux d’incendie qui retardent nos trains et les messages laissés sans réponse, on oublie qu’hier nous étions trop pressés de vivre.

Depuis mon seuil, je m’évertue à grandir et à rester petite. A porter cette envie de créer qui me dépasse, s’étend, s’épanche, et alors vous savez détourner le regard comme s’il y avait quelque chose d’indulgent à ne pas vouloir voir les autres faire leurs armes. Nous portons l’impatience des grandes révolutions. Nous nous évertuons. Je le sens dans mon ventre, sous mes cils et sur ma peau toujours marquée par l’acné. Je le sens quand je dors, quand je me réveille, les rêves à moitié dissipés et que je refuse de faire semblant de vouloir autre chose que ce que je veux, parce que je sais ce que je ne veux pas, me résigner.

Depuis mon seuil, j’aime votre seuil. Votre seuil qui dit patience, vos ridules d’expression et vos fronts marqués d’avoir trop parlé sans mots, rien qu’en levant les sourcils. J’aime votre seuil parce qu’il me donne de l’espoir. Vos visages ont assez vécu pour dire tout passe et le penser. Nous luttons pour un billet de train mal composté, les sandwichs descendus trop vite, nos amours mal dessinés, nous luttons pour nous connaître, nous luttons pour publier, nous luttons par vanité, par jeunesse. Vous souriez, parce que vous savez que tout passe. De seuil en seuil. Mais pas le désir.

J’ai une question

Il y a cette manière, ça doit avoir la forme d’une envie
Où il y a besoin de faire clignoter
Un objet
Un flipper
C’est un objet qu’on a envie de voir clignoter
On ne sait pas pourquoi, on s’en fout, c’est comme une série on a commencé alors

Les objets, certains, sont des talismans
Ils me suivent sur le quai de la gare

Je monte dans le train, je les laisse sur le quai, ils m’ont vu faire il n’y a pas de doute sur mes intentions, et vingt minutes après ils sirotent leur café nul sur la banquette en face de moi en lisant le journal, un vrai en papier, ils ont amené un copain

J’avais pensé, les objets, beaucoup, sont là pour nous épanouir
Pour nous aider,
A perdre moins de temps, à nous libérer, à nous construire, à se souvenir pour nous, à oublier, à faire de la place, à remplir l’espace, à nourrir, à enchaîner
Parce qu’il y a la suite

Parfois je fugue
J’ai un petit sac discret
Loyal
L’écosystème est déboussolé, une maison vide ne dit rien
J’aime bien
Personne ne gagne 
Ça ne dure pas

Je ne préviens pas et puis je suis rentrée
Je préfère
Un objet qui prend racine en attendant s’éteint

Mais ce flipper

Il y a cette envie vague souterraine
De parvenir à faire clignoter son corps tout entier
Tout le monde en a envie
Défi, jeu, chasse, amusement, échappée, mentir cinq minutes, remplir, rire, réussir, parvenir
À tout allumer

Fais attention à toi, qui ne sais pas être magnifique
Je te parle mal, ma douceur rouge est pudique
Je veux te dire : il y a des objets magiques, ce sont des gens

Petite bulle

Je suis là depuis tant de temps comme un vieux chêne creux. Je t’observe d’un œil pétillant comme un jour de fête.
Tu sautes à pieds joints sur les chemins de terre
Tu joues à cache-cache avec le soleil
Tu grimpes aux arbres pour te pendre à l’envers sur une branche. Ta jupe recouvre alors ta tête. Tu montres ainsi ta culotte au ciel.
Tu t’en fous
Tu n’es pas pudique
Tu as à peine conscience de ton corps
Tu es trop occupée à découvrir le monde
Tu me sautes au cou. Me serres presque jusqu’à l’étranglement.
Tu déposes des bisous baveux qui claquent au coin de mes joues.
Tu joues avec mes cheveux comme si j’étais une de tes poupées.
Tu es fraiche.
Tu crois en tout. Tu pleures pour un rien. Même pour un escargot écrasé.
Tu aimes tout le monde.
Tes amis imaginaires, tes nounours et tous ceux qui gravitent autour de toi.
Tu es belle comme la rosée.
Tu éclos chaque matin
Tu n’as pas peur de demain
Tu connais tout juste le mot hier
Tu vis au jour le jour.
Tu croques les heures
Tu glisses sur les minutes
Avec ton innocence et ta candeur.
Mes yeux se ferment de vieillesse
Tu me réveilles avec la cloche de tes rires
Tu es l’église de mon existence.
Tu es vide d’expérience
Tu es pleine d’imagination
Tu es un tout
Tout petit d’homme
Tout doucement
Tout en toi s’éveille
Alors qu’en moi, tout meurt.

là où je vais tu peux venir aussi
là où je vais on peut tous aller
aller à l’ouverture à la porosité
à se remplir dans les creux
à se déverser en vagues successives vers
à se répandre en ondes concentriques
en ondes radio et lumière
en voix diverses parfois subversives
et ce n’est pas grave
et toi aussi tu peux te disperser
dans tous les axes sans gps
tous les azimuths tous les désordres
du monde tous les horizons
se diffuser sans se répertorier
loin des censures et des souffles inversés
des courants contraires
la force qu’il faut tu peux la puiser
en toi-même ou dans les autres
cela te tire vers l’avant pour mieux traverser
sans regarder mais voir ce qui s’écoute
toucher ce qui s’entend
c’est l’invisible qui te tire le mieux
qui te vit cette source vibrante
en toi ce feu ces flots ondulatoires
toi aussi tu te laisseras dévorer et recracher
par les visages par les énigmes
qui nous devancent sans frapper à la porte
n’avertissent pas mais surgissent à l’improviste
et c’est là dans ce cœur battant des effets de surprise
que tu trouveras de quoi chérir de quoi chanter
toi aussi