Ca commence par un baiser 

chaste, presque fraternel

tu te recules, tu me regardes

tu reviens, tu t’accroches

tu t’en vas je te rattrappe

ta bouche s’entrouvre un peu

laisse entrer ma langue 

plus loin

on ne se touche pas

le temps que nos bouches se reconnaissent

je lèche doucement tes lèvres

en bas en haut je sais

de ma joue à mon cou tes doigts

descendent pendant que ma langue s’enroule un peu plus 

à la tienne tes doigts 

jouent de moi comme d’un instrument

passent dessus dessous tes doigts

écartent s’éloignent

savent mieux que moi

quoi faire comment pourquoi

je suis toujours surprise

par l’éclair vif comme un coup d’épée dans toute cette eau

au milieu des vagues longues et lentes

vite tu dis monte viens

je monte tu glisses

glisse est ton mot

et la vague gonfle jusqu’à la gorge

chaque cellule existe pour les autres

le rythme est à moi mais parfois tes doigts

impriment sur mes hanches

quelque chose de plus dense

commence à résonner je ralentis

j’aime te sentir à peine j’aime

que le mouvement soit si lent presque inexistant

chaque cellule se cristallise se tend

comme un flocon, un diamant 

je me rapproche

tu sais tu mets tes doigts

dans ma bouche

et délicatement touches 

mes tétons comme des boutons

ça devient aigu lancinant

les eaux montent

les cristaux se multiplient derrière mes yeux

autour de moi tu sais parfois

tu dis mon nom et parfois pas

parfois tu me regardes tu me souris tu dit l’amour et l’abandon

tu t’enfonces au fond de mes yeux

tu fonds à l’intérieur de moi

tu n’existes plus

un tsunami rose violet, translucide

submerge et absorbe à la fois un cri 

transperce les étendues désertes

et le plaisir est la seule chose qui reste

avec tes doigts.

Grâce aux bienfaits d’une saine curiosité

Alimentés par l’envie constante d’apprendre, l’esprit et les yeux s’éveillent enfin, avides de nouvelles perspectives. Les mains caressent sans cesse de nouveaux supports, saisissent de nouvelles matières, neuves ou inventées, ridées ou florissantes, et s’agrippent de plus en plus fort à l’essentiel, tandis que s’approche une mort certaine, un lâcher-prise impose alors son évidence.
Rien ne dure. Toujours se réinventer. Le cerveau se réveille neuf chaque matin, prêt à enterrer les cellules mortes de la veille, dans une joie d’observer ce qui vient après. Les changements deviennent sources d’un bonheur que la curiosité appelle et nos sens profonds dans l’âme et le corps, découvrent à chaque seconde l’instant merveilleux qui se renouvelle sans cesse.

A la New Tate Gallery
Devant un écran
Fascinée
Des airs de vieux tableau
Des teintes Flamandes
Un mur sombre, une nappe claire
L’ivoire d’une coupe
A la base à peine ébréchée
Une pyramide de pêches duveteuses gorgées de soleil
Rondes et pleines
Le grenat intense des prunes
Le tombé d’une grappe de raisin
Une corne d’abondance
Silencieusement
Le grain pourpre du raisin se couvre de gris,
La peau de pêche se flétrit, se plisse
Les fruits se fondent l’un dans l’autre
Les couleurs se ternissent, se verdissent
Les mousses grisâtres se dressent peu à peu
Gonflent de jus, s’épanouissent de moisissures
Apogée de festin intérieur
Puis le repli,
La nécrose des courbes
Jusqu’à blanchir,
Devenir suie
L’ivoire se couvre
Un nouveau Pompéi
L’irruption terminée
Après la pluie de cendres
L’empreinte en creux
Des formes sur un compotier
Silence
Tombe le rideau noir de l’écran
5-4-3-2-1
Apparaît à nouveau
Sur le mur sombre et la nappe blanche
La corne d’abondance

A la New Tate Gallery
Pixels de Nature Morte

Le Fixe devient Mouvement

Il commence à pleuvoir et c’est le ciel qui trébuche,
c’est un toit de mousses grises qui se fissure
et tombe ses rayures dans l’oblique du vent.
Il commence à pleuvoir et c’est le dos qu’ils cambrent
C’est le corps qui exulte à revers
Et se faufile sous l’arcade tendre des nuques.


Il pleut des perles, des cordes ou des hallebardes
Et c’est un monde qui court, oppresse, entraine
dans sa hâte les pas trop gourds pour une danse
Il pleut à verse, à flots, à grandes marées
Ce sont les yeux qui font rivage, les paupières qu’il faut taire
Dans le ressac acéré des larmes


Il tombe des cendres, des étoiles filantes
C’est ton ombre dans les flaques
Ton corps sous mes bottes
Il commence à pleuvoir et le ciel sourd et sévère vacille
Il disperse
Tes éclaboussures