Je marchais autour d’un carré
Fatigant
J’avais conscience d’être seule à parcourir ce cube
Tout le monde se tenait à des lianes
Courbes
Faciles et Sensuelles
Je me disais oui elle est sensuelle
Mes jambes sont bâtons noués
Je tire des lignes jusqu’à toi mais je ne sais pas quelle forme prendre
L’ascenseur dressait miroir entre elle et moi
Et montait et pourtant je descendais
Sous
Terre
Les lignes sont brouillées.
In the mood for love se dit les Silences du désir au Québec
Les silences nombreux plus nombreux forment une pièce entière
En ton nom
Tag / Aucune vie n'est ronde
L’amour serré dans mon poing comme la flamme qui vacillante scelle le macramé à mon poignet.
La confiance est une pièce de soie, j’espère toujours qu’elle s’enroule dans une étreinte, mouvante, délicate. Elle ne me quitte pas tout en restant étrangère. Je suis étonnée de ma relation à la confiance, lame de fond qui discute avec mon entourage, se sert de ma bouche et de mes mains, provoque la vie et ajuste le loup sur mes yeux parce que j’ai besoin de lunettes
pour filtrer les spectres nichés dans la lumière. On n’est pas exempt de violence quand tout
autour est fragile.
Fragile comme une voix qui se brise, dans le froncement diffus et éparse de ma robe péniblement recousue. La fragilité, le fil solide, infini tant que je ne me décide pas à le couper.
Insolite, libre.
À quand la liberté ? C’était quelle date déjà le rendez-vous?
Je caresse chaleureusement mes compagnes de route même si franchement je vois bien qu’elles m’évitent. Elles font des choses ensemble et ne me convient pas, et je me retrouve en tête à tête avec la maîtrise, la dernière connaissance, ou la première, ça dépend comment on regarde, le roc, la charnière, la poulie, la main ultime toujours tendue, ma boussole des sens contraires, le corset qui ne sert à rien d’autre que se moquer de l’air qui cherche mes poumons, et mes poumons appellent à l’air eux-aussi.
Alors que je tiens debout.
J’aime pas la honte. Elle a le sans-gêne des fascistes. Elle essaie âcre et sèche de s’inviter dans mon milieu, rôdeuse, ombre des bas-fond ; tueuse d’aspérités.
Nous sommes des petits papiers pliés remplis de mots et de poussière.
Soie patiente
La patience, comme un cocon immaculé, dont je déroule très lentement le fil soyeux,
Ce fil, parfois je le prends, souvent je le perds,
J’aime y flâner, en équilibre,
Il m’emmène si loin, sur des mètres et des mètres,
Je remonte doucement à son origine,
A cette énorme et insatiable chenille blanche,
A son inlassable gourmandise,
Qui fera du vert, le blanc,
De la feuille du mûrier,
Le satin, la soie, le velours éclatants,
J’en confectionnerai une robe à la couleur lente,
Et je m’envelopperai de ce précieux cadeau,
Donnée par celle qui maintenant est devenue imago.
j’aime le bord des gens qui les confond avec l’air et les prolonge jusqu’à l’autre et puis parfois la nuit il se laisse envelopper pour recueillir un silence
air-air
L’air est flou et gris et debout devant moi mais je ne le vois pas. Il a la forme et la vitesse d’un missile. L’air est grand et gras, l’air est un ogre qui nous avale, l’air nous grignote tout autour, il nous rétrécit. L’air est grandes dents, mordantes quand il fait froid. L’air est ongles pointus qui nous griffe, qui lacère la peau, qui la glace. L’air est aigu comme un cri. Il est pointu, raidi, direct comme un poing.
L’air est espacement, est enjambées. Il a enfilé ses bottes et nous parcourt, il avance à grande foulée, il flotte au dessus, nous surplombe de tous ses membres. L’air a de grandes jambes. L’air est caractériel, d’humeur changeante. Il ne sait jamais sur quel pied danser. On attend qu’il se radoucisse. Devant le soleil, il se tient coi, pris de langueur subite, il s’assouplit. Dans le vent d’hiver, l’air devient bras dur, bras armé. L’air trace à la scie sa route dans notre ossature, grince jusque dans notre cerveau. Il sait hurler entre nos oreilles, il sait siffler mieux que moi et râler, et gémir, et hurler à nouveau.
L’air a alors une si grande bouche, à nous hacher en deux, comme mer gelée.
cent formes
au passage du temps usé (long cylindre étroit sans début ni fin) des ombres dissoutes (miettes de pain éparses sur la peau formica) se meuvent en silence (une cuvette à l’émail d’eau claire) peut-être murmurent (une traite d’oblique grise, la pluie derrière la fenêtre) peut-être appellent (cercles concentriques agrandissent la pierre jetée dans l’eau) bougent et frémissent (rectangles et plis verticaux des rideaux sous les anneaux de bois). Je connais une grande attrition de fatigue (si mince le trait de la ligne puis le point le point tout rond le point seul au bout) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (ses petites billes amères me montaient et descendaient dans l’estomac) ni celui de la conversation (des étoiles imbriquées comme des engrenages à tout rompre), je ne sais pas si c’est la vie (une vague de vent ébouriffe les herbes s’échouent contre les pierres) ou bien si c’est la mort (un raclement de gorge la première pelletée de terre.)
au passage du temps filé (la griffe d’une plume sur le goudron) des ombres dissoutes (un flocon sur le bout de la langue) se meuvent en silence (taches noires sur le voile du vieux miroir) peut-être murmurent (marches du colimaçon, escalier étroit, poussière des pas) peut-être appellent (cône vibrant s’élargit se réduit comme un soufflet d’accordéon) bougent et frémissent (blanc froissé du papier à cigarette entre les doigts). Je connais une grande attrition de fatigue (l’épais gluant sucre au fond de la tasse) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les têtes jacassent en sorties de messe) ni celui de la conversation (une page tourne une page tourne une…), je ne sais pas si c’est la vie (la cascade gaie d’une chanson à sa fenêtre) ou bien si c’est la mort (deux mains serrées dans leur geste d’araignée.)
au passage du temps dépassé (les deux dents rouillées de la fourche) des ombres dissoutes (une feuille de papier calque) se meuvent en silence (l’échiquier sous l’abat-jour vert) peut-être murmurent ( le seau contre la pierre du puit) peut-être appellent (les crocs du boucher aux s sanglants), bougent et frémissent (dentelle d’ombre dansée du feu). Je connais une grande attrition de fatigue (la couverture rabattue au pied du lit) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (l’anneau du train fantôme et ces visages hurleurs) ni celui de la conversation (une table allonge l’autour des silhouettes fausses) je ne sais pas si c’est la vie (une chaussure miniature suspendue sous le rétroviseur) ou bien si c’est la mort (une croix contre le bleu.)
au passage du temps repassé (le rond café lisse la tasse) des ombres dissoutes (le flou coton dans la poubelle) se meuvent en silence (les allées des bibliothèques) peut-être murmurent (deux lèvres glissent contre la peau) peut-être appellent (mouchoirs agités comme des fanions), bougent et frémissent (la casserole grise dépite le feu). Je connais une grande attrition de fatigue (le fer noir des quais de gare) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les cris de l’école débordent sur le trottoir) ni celui de la conversation (une photo de carte postale aux bons baisers) je ne sais pas si c’est la vie (la poigne de l’eau glacée) ou bien si c’est la mort (un sol de marbre.)
au passage du temps mangé (les vignettes dans les albums) des ombres dissoutes (le rectangle déchiré, une porte ?) se meuvent en silence (la main du chiffon de poussière) peut-être murmurent (la chaise de paille sous la treille ) peut-être appellent (des grains de blé roulent la paume), bougent et frémissent (une étoile filante, l’accroc évaporé). Je connais une grande attrition de fatigue (le noir absolu sous la coquille-paupière) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (la torsade des fumées, le remous des klaxons) ni celui de la conversation (le dur du mur le froid du dos) je ne sais pas si c’est la vie (les coups du tambour dans la poitrine) ou bien la mort (une voix d’eau s’écoule de moi.)